AVANT-PROPOS XI
plus ou moins large, le plaïsir du spectacle, — plaisir proprement esthétique.
Ce terme— plaisir esthétique — que certains emplotentpour out plaisir de jeu, nous croyons qu’il convient de le réserver pour la jouissance contemplative; il nous semble méme qu’il est préférable den restreindre l'emploi à cette jouissance contemplative qui est liée aux arts. Ne vaut-il pas mieux, en effet, distinguer l’émotion qui naît des jeux du cirque, des combats de gladiateurs, des courses de taureaux, de celle qui naît dün spectacle d'art? La réalité du sang qui coule — par un Jeu cruel — et l'illusion de souffrances du drame produisent des plaisirs du même genre, mais de qualité différente.
Distinguons donc nettement les arts; ef, parmi les arts, distinguons encore les majeurs et les mineurs, autrement dit les arts occasionnels, ou décoratifs, et les arts par destinalion.
L'objet propre de Part, c’est, au moyen de techniques, — qui sont les arts, — par des éléments divers, empruntés au réel et diversement combinés dans Pespace ou dans le temps (1), ou bien à la fois dans l’espace et le temps, de donner aux sens et aux facultés supérieures le plaisir esthétique. Ce qui procure cette sorte de plaisir, c’est le bear: l'art a pour but de le fabriquer; il aménage, dans l’ordre le plus élevé du jeu, des sources permanentes de jouissance.
L'art est à double face : il utilise le trop-plein de ceux qui ont les sens les plus développés, les facultés les plus riches, qui sont, pourrait-on dire, gonflés de sève et qui jouissent par un acte créateur; il l’utilise pour la jouissance contemplative de ceux qui ont les mêmes aplitudes, les mêmes besoins, à un degré moindre, qui ne pourraient, qui ne sauraient sans les premiers soulager leur étre insatisfait. Il y a l'artiste, l’œuvre
(1) Th. Ribot distingue les arts dans le repos ‘ef les arts dans le mouvement, x