XII AVANT-PROPOS
artistique; ei il y a l’amaieur dart, la contemplation esthétique. L'opposition doit être neltement exprimée par les termes.
Mais l’art, à l’origine, n’était jamais dégagé de lutrle : il s’y surajoultait. L’homme a commencé, comme artiste, par orner les objets nécessaires, embellir le décor d’une vie qui échappait au besoin rigoureux.
Nous croyons que notre excellent collaborateur W. Deonna, qui a beaucoup réfléchi sur la nalure et les origines de l’art, a tout à la fois tort et raison quand 1l tend à identifier les inventions techniques, la civilisation générale, ef l’art proprement dit, quand il confond ou unit des « arts » pratiques e! des arts esthéliques dans une « archéologie » comprise en un sens démesurément large. Le mot art, — originellement combinaison, — qui a donné artisan et arliste, aurait dû donner artiel ef artistique. Selon nous il ne faut pas dire, xl n’y a pas avantage à dire : « Créateur, façonnant la matrère naturelle, que ce soit celle des techniques les plus pratiques ou celle des beaux-arts, l’homme est un artiste, un auteur d'art... Le moment où rl s’est libéré de la servitude de la nature pour réagir sur la matière, est une dale importante dans l’hisloire de l’humanité : celle de l’invention de Part (1). » Sans doute Part s’est appliqué d’abord, il continue à s'appliquer aux produits de lindustrie humaine : il n’y en a pas moins une différence intime, radicale, parmi les inventions des hommes, entre celles qui sont destinées à accroître leurs commodités de vie et celles qui font jouer quelqu’une de leurs facultés — ou plusieurs.
Les volumes précédents nous l’ont montré : l’homme, dès que les conditions de son existence le lui ont permis, a diffusé les possibilités de jouissance autour de lui, pour puiser cons-
(1) W. DEONNA, L’Archéologie, son domaine, son but (Bibl. de Phil. scient. 1922), p. 71; cf. pp. 75-76.
AVANT-PROPOS XIIT
lamment à celle source toujours prête. Les objets d'utilité peuvent posséder une valeur d'agrément: « Dans les temps primilifs, où la dure nécessité de la lutte pour l’existence domine tout, cette valeur spéciale est à peine remarquée. Maïs peu à peu, lorsque sont venus les succès dans cette lutte pour la vte, lorsque l’homme a des loisirs, il commence à y faire attention. Il remarque que le moyen de combat, qui n’avait d’abord pour lut que la valeur d'un moyen de nutrition ou d'une arme, est aussi une chose agréable indépendamment de son utilité (1). » Tous les objets utiles, peu à peu, il les a rehaussés de ce qui pouvait en faire des instruments de jouissance.
Il a commencé peut-être par son corps, — suivant, d’ailleurs, l'exemple des vivants inférieurs qui connaissent le luxe et les prestiges de la parure. L'animal mâle cherche à conquérir la femelle par des couleurs, des sons, des odeurs : il y a là, dans la puissance du désir, un épanouissement de vie, un effort de beauté (2). Chez l’homme, costume, armes, ustensiles, mobilier, demeure : tout s’est paré, tout est devenu « objet d'art » (3). Le domaine des arts dits mineurs, ou décoratifs, ou appliqués, — et que nous définissons arts occasitonnels, — est immense. L’architecture, — née de l'arbre et de la grotte, — qui est considérée comme un art majeur, sans doute à cause des développements qu’elle a reçus et des éléments divers qu’elle embrasse, garde néanmoins son carac-
(1) EBBINGHAUS, ouvr. cilé, p. 283.
(2) Voir-Espinas, Les Sociétés animales ; K. GROOS, ouvr. cilé; R1B07T, Psychologie des sentiments, ZZ, X, le sentiment esthétique {p. 344, nole 2, il cite des lignes suggestives de Th. Gaulier : « Le sauvage qui se taioue, se barbouille de roùge ou de bleu, se passe une arête de poisson dans le nez, obéit à un senliment confus de la beaulé ») ; P. LAGOMBE, Introduction à PHistoire littéraire, p. 17.
(3) « Aulour des arts de l’ameublement et du costume se dérouie le cor. lège brillant et sans cesse accru de leurs auxiliaires, l’orfèvrer.e, ta bijoulerie, la joaillerie, l’ématillerie, la carrosserie — pour l’ornement des voitures, ces petites maisons mobiles, — l’armurerie, les arts de la terre eï du feu, les arts textiles. » P. LorQUuET, L’Art et l'Histoire, p. 90. Voir tout le chapitre sur les Arts mineurs.