XL
vi° siècle, comme aussi avec l’ancien art égéen (1). !l retrouve sur terre d'Asie des qualités qui ne s’étaient jamais perdues et qui, grâce à üune technique plus savante, vont s’exprimer avec une nouvelle précision : réalisme aigu, mouvement violent et exubérant, sentiment de la nature, vérité historique. La période hellénistique,a-t-on dit justement (Willamowitz-Moellendorf), « ne fut, dans sa façon d’être, qu’une continuation de Pionisme ».
L’art archaïsant (2) copie les œuvres idu vif siècle, qui lui plaisent non seulement par leur antiquité, mais par le maniérisme de leurs gestes et de leurs sourires, les plis savants et conventionnels de la draperie ;;les formes et le style chers aux Ioniens persistent en lui.
L’ionisme est donc un des éléments de Part grec qui dure plus ou moins net jusqu’à la fin de celui-ci. Expression de la race aimable de la Grèce d'Asie, il répond en tout temps aussi à certains tempéraments artistiques, à certaines périodes, éprises avant tout de grâce, de délicatesse, ou de réalisme et de pittoresque. Il a sans doute ses défauts; il sacrifie trop au détail, à la parure, au luxe des ornements, à la miñnutie de la chevelure et de la draperie ; il esquive la musculature étudiée ‘et les corps sont trop souvent empâtés et boutfis; 11 tombe parfois dans le maniérisme et la mièvrerie; il est prolixe, sans la concision dorienne. En se mettant à son école, la Grèce entière a su cependant choisir ce qui pouvait lui être profitable et repousser les excès. L’art grec lui doit beaucoup : des formes, des sujets, des procédés nouveaux transmis de l’Orient, l'emploi du marbre et du bronze et la connaissance judicieuse de leurs proprietés, de leurs techniques, l’étude esthétique de la draperie, la comprehension de la beauté humaine et surtout de celle de la femme, le sentiment de la grâce, de la volupté, de la douceur, le goût du réalisme qui lutte heureusement
(1) VE, t. IN, p. 61, 107. — (2) L'XEE, t. II, p, 643; XCII.
contre la tendance trop schématique et abstraite de la Grèce continentale.
Sans dénier la grande action exercée par l’Ionie sur l’art et l'esprit grecs, on ne saurait méconnaître que d’autres influences se sont fait sentir, qu’elles étaient nécessaires pour contrebalancer celle-ci, et pour donner à l’art grec l’harmonie d’un exact équilibre. Toute thèse exclusive étant fausse, parce qu’elle ne tient pas compte de la complexité des phénomènes, il est exagéré de reconnaître dans tout l’archaïsme du vif siècle la marque exclusive du génie ionien; le « panionisme » (1) est une erreur, au même titre que le « panbabylonisme », le « panélamisme », le « mirage égéen », jadis le « mirage indou » ou « oriental ». La part des Ioniens est suffisamment belle pour qu’il ne soit pas nécessaire de l’outrer.