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sule hellénique, les îles et les côtes d'Asie Mineure; ils ont été
précédés par les Achéens qui, à plus d’une reprise, se sont implantés en Crète et dans le Péloponnèse, et ont constitué la période
ultime de la civilisation égéenne, dite
mycénienne. Lesdifférences que l’on trouve déjà dans l’art égéen sont la conséquence de ces différences ethniques. Conçu sur le modèle du palais de l’Orient asiatique, avec son plan irrégulier, ses salles nombreuses, le palais crétoiss’oppose au mégaron troyen et péloponnésien. originaire du Nord, petit et logique, qui trouve son type parfait à Mycènes età Tirynthe (fig. 11) (1). L’Asie et l'Europe s'affrontent déjà en une même unité, comme plus tard les nouveaux venus
Fig. 11. — Mégaron de ‘Firyuthe,
… doriens, ayant définitivement rufîné la culture égéenne, s'op-
posent aux Îoniens, tout en constituant avec eux une seule nation.
L'esprit dorien se révèle dans lParchi- tecture (2). Assurément le temple « dorique» (fig. 12) n’est pas sa création, pas plus que la cathédrale « gothique » n’est celle des Goths, les Doriens en ayant trouvé les éléments constitutits tout préparés lors de leur venue et les ayant acceptés. Le temple dorique (p£. VI) est en eflet la copie presque intégrale du mégaron mycénien dont il reproduit le plan (3) plus long que large, la disposition intérieure des nefs séparées par des colonnes (fig. 11), la disposition extérieure des colonnes in
(1) XXXVIL, p. 48, 103. — (2)XXXVI-XLV.
(3) XXXVL, p. 87; XXX VI, p. 7.
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Fig. 12. — Plan du Parthénon.
antis en façade, la forme des colonnes et de leur chapiteau, les partieshautes avec triglyphes, métopes (1), peut-être même la couverture à double rampant (2). Comme le mégaron, le premier temple est construit en bois et en terre cuite. La principale différence consiste dans la destination. Le palais, OST qui contenait déjà les objets du culte, , ° devient tout naturellement, dans une société qui n’est plus monarchique; la demeure du dieu, et c’est sur l’emplacement des mégarons mycéniens que s'élèvent les temples les plus anciens de Tirynthe, de Mycènes, de lAcropole d’Athènes, de Troie, d’autres localités encore. Petit à petit, le plan primitif se complique par ladjonction extérieure de colonnes, et aboutit au type périptère, qui trouvait peut-être déjà des antécédents dans la Grèce préhellénique (3). Mais si l'édifice n’est pas créé par les Doriens, il est bien « dorique » par son esprit, et pendant longtemps il est le seul type architectural de la Grèce continentale, avant que l’ordre ionique ne s’y soit implanté; il s’oppose à ce dernier, comme le mégaron mycénien s’oppose au palais crétois. Ses caractères sont ceux qu’on retrouve dans les autres formes d’art péloponnésiennes.
Fig. 14. eg Projet primitif Le dlét din t :
de l'Érechtheion. nai PNR ae Po or précis et homogène, plus complexe, comme l'était celui des palais crétois. L’Érechtheion (420-407), laissé asymétrique (fig. 13) alors qu’il devait vraisemblablement être symétrique (fig. 14) dans le projet primitif inachevé (4),
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Fig. 13. — Plan de lPÉrechtheion.
(1) XLI-IIT, XLV — (2) XX XVII, p. 52.
(3) XX XVII, p.87; THEUER, Der griechisch-dorische Peripteraltempel. Ein Beïtrag zur antiken Proportlionslehre, Berlin, 1918.
(4) Contre cette hypothèse de DÜrPFELD, WELLER, AJA, XXV, 1921, p.130; RODENWALDT, Veue Jahrbücher, 1921, p. 1; DORPFELD, Jbid., p. 433.
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comporte plusieurs cellas juxtaposées, à des niveaux différents, des saillants, et le petit temple d’Athéna Niké est tout autre. Il y a plus de variété possible. Au contraire, l’édifice dorique obéit à un plan rigide dans son ensemble, et les variantes légères ne portent que sur des détails qui n’affectent pas la structure générale, disposition intérieure des colonnes, ou leur nombre autour de la cella. C’estun tout unique dont les parties essentielles sont immédiatement reconnaissables, et se déduisent logiquement les unes des autres.
Même précision dans l’art figuré. Au contraire de l’Ionie, on aime les champs restreints et limités où l’on inscrit un sujet souvent aussi concis que la parole laconique, et le principe de la métope rectangulaire (1) paraît préférable pour cette raison à celui de la frise continue (fig. 15). Le décor des frontons triangulaires est essentiellement dorien lui aussi. Les Iloniens se contentent souvent d’une ossature approximative et sans consistance, les Grecs continentaux ont un souci plus scrupuleux de l’exactitude et serrent" la vérité humaine de plus près. Leurs œuvres les plus anciennes, malgré leurs gaucheries, frappent déjà par ce désir. Pour cette raison peut-être, les Corinthiens introduisent les premiers dans la peinture de vases le procédé de l’incision, rapidement imité par leurs rivaux, qui permet de détailler par
Fig. 15. — Vase rhodien de style géométrique. Décor en métopes.
(1) XLI-XLIIT, XLV.
le burin les traits intérieurs de la musculature, au lieu de ne laisser qu’une silhouette opaque ou dy réserver quelques espaces au pinceau (1).
La symétrie, le rythme, l’équilibre, Palternance, le groupement antithétique, voilà ce que les Péloponnésiens opposent aux loniens. Ceux-ci font courir sur les zones animaux et personnages à la suite les uns des autres, dans le même sens, sans qu’il n’y ait d'autre raison à l’arrêt de ce défilé que les limites de la surface à décorer; il n’y a pas nécessairement de commencement, de milieu, de fin. Les Péloponnésiens préfèrent un sujet central autour duquel la composition s’équilibre, principe qui paraît être d’origine européenne, contrairement au principe oriental de la zone. Les plus anciens monuments de la peinture, les vases géométriques du Dipylon attique témoignent déjà de cette tendance. Les céramistes de Corinthe et d'Athènes peuvent, sous l’influence orientale et ionienne, adopter la zone circulaire, mais ils la conçoivent parfois autrement : des animaux, des groupes de personnages s’y opposent à d’autres, et la file se divise en parties symétriques qui en rompent la continuité monotone. Chaque métope alterne sa surface lisse ou sculptée avec les lignes verticales des triglyphes voisins. Dans les frontons, une fois la période des tâtonnements passée, dès la fin du vi siècle, une rigoureuse symétrie : oblige chaque figure d’une aile à trouver dans l’autre aile son exacte correspondance, et la composition est partagée en deux par un motif médian.
Le nombre dirige l’art dorien : alternance des triglyphes et des métopes au-dessus de lParchitrave, balancement des figures dans la composition des vases et des frontons, opposition des figures isolées ou groupements binaires, ternaires, ce sont les effets d’une conception mathématique de l'art, de préoccupations d'ordre géométrique.
(1) CXLIV, t. IX, p. 436; CXL V, t. IL, p. 429, 437.
Cet esprit est abstrait. Le brillant naturalisme des Égéens, leur amour des fleurs, de la faune terrestre et marine, du pittoresque, de la vie sous toutes ses formes, tout cela disparaît, et les foniens en conservent :&uls le souvenir atténué. Les Doriens lui substituent une vision géométrique et abstraite de la réalité. La céramique qu’on trouve partout dans la Grèce du xi® au vin siècle et dont le Dipylon d'Athènes offre les types les plus évolués, est dite « géométrique » (1), parce que son décor consiste presque exclusivement en combinaisons de lignes; le végétal y est rare, il apparaît toujours stylisé, presque méconnaïssable. La Grèce continental conserve ce caractère pendant des siècles; si Plonie traite parfois le végétal avec pittoresque, les vases de Corinthe, de Chalcis, d’Attique le schématisent, laltèrent toujours dans un sens décoratif. Le temple dorique n’est qu’un composé de pures lignes géométriques, d’où toute forme vivante est bannie, sauf dans les parties réservées au décor, frontons, métopes, acrotères. Point ou peu d’enjolivements empruntés à la flore, palmettes ou volutes qui laissent encore deviner le palmier et le lotus, comme dans l'ordre ionique.
Moins de souplesse aussi dans ces lignes. Les courbes, aimées de l’art égéen, sans doute parce qu’elles sont plus près de la réalité, disparaissent presque totalement au profit des lignes droites et rigides. Les Îoniens témoignent dans la draperie du désir d'en briser luniformité, par de menus plis obliques, entrecroisés; les Doriens conçoivent la draperie géométriquement, et la jupe des femmes en péplos dorien forme des plis droits et parallèles comme les cannelures d’une colonne.
Si Part ionien est abondant, prolixe, aime la parure, le luxe, parfois le clinquant, la Grèce continentale a un remarquable désir de simplicité et de sobriété. Elle dédaigne tout
(1) CXLIV, t. VII: CXLV, t. I. p. 212.
ce qui n’est pas nécessaire, réduit l’accessoire au strict minimum. Le temple dorique paraît nu, en comparaison du temple
ionique; l’un multiplie les moulures des bases, enroule gra-
cieusement les volutes des chapiteaux, cisèle des bandes de rais de cœur, de perles, de palmettes, couvre de reliefs les parties disponibles; l’autre ne recourt qu’aux lignes pures et à leurs combinaisons harmonieuses. La peinture de vases continentale renonce pour la première fois, dans les ateliers de Corinthe (1), à la surcharge ornementale qui couvre le champ
comme d’un réseau, à cette &« horreur du vide » primitive,
maintenue par limitation des tapis et des broderies orientales. On comnience à comprendre que la beauté n’est pas dans la complication, maïs dans la simplicité, et le sujet s’enlève seul sur le fond nu. Quelques vases du cycle ionien (Rhodes, second style) (2) dénotent vraisemblablement par ce trait une influence venue de l’ouest. Dans la sculpture, point decolifichets, de chevelure fouillée et refouillée, de bijoux abondants, de petits plis minutieux et nombreux, mais de grandes masses, une draperie dont les plissements ne sont d’abord pas . indiqués ou à peine. Le fin costume ionien est un luxueux chatoiement de couleurs et de broderies, il détermine une abondance de lignes qui se coupent et se recoupent, propres à inspirer le sculpteur; le péplos dorien, vêtement national, est une chemise très simple, d’une laine qui se prête mal à ces détails, et qui tombe droit (3). |
Les Ioniens sont épris de grâce et de délicatesse; les continentaux cherchent la force. Les proportions du canon ionien peuvent être trapues à limitation de l'Assyrie, mais les chairs sont molles et sans consistance, bouffies. Voici au contraire des corps solidement charpentés, avec des os puissants, des muscles fermes, des chairs dures au toucher. Ce caractère s’exagère même et tend à la brutalité. Héraklès et Persée sur les
(1) CXLV, t. IX, p. 614; CXLV, t. II, p. 450. (2)CXLIV, t, IX, p. 428. — (3) CCI, CCIT, CCIV.
métopes de Sélinonte (1), les Kouroi de Polymédès d’Argos, sont des athlètes de foire. Cette force est tendue, prête à l’action, comme celle des Doriens toujours sur la défensive en terre sujette. Les visages ne sourient pas, les bouches rectilignes, en coup de sabre, sont maussades, alors que les Ioniens éclairent les traits d’un sourire.
Épris de vigueur, les continentaux aiment le corps masculin, tel que la gymnastique le façonne rudement. L’athlète, dans sa nudité musclée, leur plaît plus que la femme aux chairs délicates, et que la draperie, où les-Ioniens montreut précisément leurs qualités opposées.
Ils préfèrent aussi le bronze. Sa couleur sombre s’adapte mieux que le marbre clair et doux au corps masculin bruni par le grand air de la palestre ; cette matière leur paraît plus virile, dégage mieux la silhouette dans ses grandes lignes sobres, sans arrêter l’œil à de menus détails que la polychromie du marbre contribue à souligner. Les grands artistes péloponnésiens sont tous des bronziers, et l’école argivosicyonienne fait de cette matière sa spécialité.
Ces traits que l’on relève dès l’archaïsme se perpétuent en terre dorienne à travers toute l’histoire de l’art grec. Polymédès d’Argos se continue dans Hagéladas et ses disciples, puis dans Polyclète, dont les athlètes ont la même forte carrure, la même tête aplatie que les vieux Kouroi. Ceseratoujours, dans ces ateliers, la préférence pour le bronze, amour du corps masculin et de sa charpente solide, la tendance à la sobriété, à la simplicité, la recherche du nombre, qui détermine l'étude du rythme chère au v® siècle. Toujours aussi l’art péloponnésien conservera, tant qu’il ne l’aura pas adoucie au contact de l’art ionien ou attique, de la dureté, de la sévérité trop austère, du schématisme, encore sensibles dans la statuaire de Polyciète et de ses élèves. L’art ionien risque de
(1) LXXXKIV, t. VII, p. 487, 488.
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