L'ART ATTIQUE
L’Attique s’adonne de bonne heure aux arts, et l’époque « géométrique » annonce ses succès futurs (1). Le décor géométrique, instinctif à tous les peuples primitifs et remis en honneur ou apporté par les envahisseurs, y est érigéen véritable système esthétique. Au vire siècle, les grands vases du Dipylon étonnent non seulement par les difficultés matérielles que résout leur cuisson, mais aussi par le souci d’une composition nullement arbitraire, régie par un principe bien arrêté. On ne saurait méconnaitre cette qualité, malgré la naïveté du dessin encore barbare et conventionnel. L'industrie céramique, en étroite relation avec la prospérité économique, demeure une des branches principales de la production (2); elle aboutit, après les séries protoattiques, aîttico-corinthiennes, qui acceptent l'influence orientale, au beau style attique des vases à figures noires (vi® siècle) ; puis Pavènement de la figure rouge (fin du vif siècle) annonce les chefsd'œuvre céramiques du v® siècle. Déjà se révèlent clairement les qualités de dessin propres aux Attiques. Par la bienfacture de la technique, par les qualités de style, par le soutien efficace du commerce florissant, la céramique attique impose graduellement ses produits sur les marchés grecs et étrangers (3), et élimine au cours du vie siècle ses rivaux, tels les Corinthiens, dont la belle époque est passée et dont la fabrication des vases peints doit cesser vers 480-460.
(1) LXXXIV, t. VII, p. 1603 PouLsen, Die Dipylongrâber und die Dipy-
lonvasen.
(2) CXZXIX 5q. — (3) CXLIX.
L'architecture « dorique » n’offre pas en Attique de formes spéciales ; ses monuments antérieurs à 480 ont disparu, ruinés par linvasion perse. Mais leur décor en partie conservé, les statues et les reliefs votifs et funéraires, retrouvés dans les décombres, permettent de saisir dès les origines les traits caractéristiques que le génie attique montre dans la sculpture et que confirment les données de la céramique.
On a dit parfois que Part attique se confond dans sa première période avec Part dorien et peut être opposé avec lui en un seul bloc à celui de la Grèce d’Asie. Pas plus qu’on n’admet la thèse du panionisme, qui annihile les caractères proprement péloponnésiens, on ne saurait accepter cette confusion, Les œuvres les plus anciennes de la sculpture (1) —on ne mentionne que pour mémoire les grossières idoles du Dipylon — frontons en pierre tendre de PAcrople (fin du vue et début du vif siècle), premières statues en marbre (deuxième quart du vi siècle), diffèrent des œuvres ioniennes et péloponnésiennes tout en leur ressemblant; dès ses débuts, Part attique occupe un juste milieu entre ces tendances extrêmes; il allie le désir de grâce et l’élégance des uns à la recherche de force et de précision des autres, On ne saurait mieux faire, pour les caractériser, que de citer les paroles d’un très fin connaisseur de la sculpture attique primitive : « Rapprochés des métopes de Sélinonte, les personnages des vieux frontons de VAcropole, même les plus monstrueux, paraissent presque élégants; du moins la vigueur de leurs corps nus n’a pas cet excès de lourdeur et de raideur qui distingue leurs contemporains de Sicile. Et quelle différence dans lexpression des physionomies! Les visages du triple Typhon respirent ’aménité ct tout ensemble la joie de vivre et un désir de plaire ; ils ont le regard clair et un léger sourire heureux; ils sont fort éloignés de Pair d’inflexible sévérité qui durcit les yeux, com.