‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 59 sur 124 · L'ART ATTIQUE VA · texte numérisé non relu

L'ART ATTIQUE VA

prime les lèvres et serre la mâchoire de l'Héraklès ou du Persée. » Ce qui frappe dans les reliefs iôniens d’Assos, malgré la sauvagerie de la scène, c’est la moallesse, le caractère superficiel des corps. « Tout autre se révèle la nature des sculpteurs attiques contemporains : ils ont plus de sève et de vitalité, plus de -fermeté dans la main, une façon plus franche de marcher à leur but ; et même leur visible préférence pour les constructions solides et les fortes charpentes, pour la robustesse plutôt que pour la finesse des formes, conduirait à croire qu’ils sont, malgré les affinités de race, moins rapprochés des [oniens que des Doriens (1). »

La peinture de vases révèle même dualisme. L’Ionie exerce son action de bonne heure sur elle; elle lui apprend le décor végétal, les zones d’animaux, surtout la préoccupation de la narration mythologique. Mais d’autres qualités sont péloponnésiennes : symétrie, groupements antithétiques, préférence de plus en plus exclusive pour la forme humaine, amour du corps nu et musclé, sobriété et clarté, parfois jusqu’à la sécheresse. Les vases à figures noires du vie siècle, le cratère d'Ergotimos et de Clitias (2), les œuvres plus récentes d’Amasis et d'Exékias témoignent nettement de ces tendances, aussi bien dans la couleur que dans les formes (3). Cest à l’école de la race dorienne « que les [oniens de FAttique ont conquis cet équilibre, cette saine mesure qui est devenue une partie si savoureuse de leur génie » (Pottier).

La peinture de vases à figures noires, se dégageant des fécondes influences étrangères, ioniennes, corinthiennes, affirme de plus en plus son originalité. La sculpture suit une voie analogue. Elle reçoit de lPlonie de précieux enseignements. Cette action, timide encore vers 560, devient prépondérante sous le gouvernement de Pisistrate et de ses fils, dont la politique est tournée vers les îles et vers le continent asiatique,

(1) LECHAT, LX XVIII, p. 136. — (2) CXLIVW, t. X, p. 137. (8) CXLV, t. II, p. 612 sq.

et elle atteint son apogée entre 540 et 510, pour perdre toute force active vers 500. C’est à cette période qu’appartiennent les souriantes Corés de l’Acropole, les unes taillées par des artistes ioniens, les autres imitées par des sculpteurs indigènes. L’artattique esttransformé; ila appris des Ioniens la science du travail du marbre, son modelé souple et doux, le rendu de la draperie, l’élégance, la grâce et le charme, qui adoucissent la saveur encore un peu âpre de latticisme primitif (1).

Mais, à partir de 500 environ, l'artiste attique tourne ses re- Fig. 16. — Profil fuyant, sur un vase gards vers les ateliers péloponionien du vi° 8. nésiens, dont laction se mani-

Ê feste en sculpture comme en

céramique (vases à figures rouges d’Euphronios et de Douris). J gagne à ces leçons de nouvelles qualités. 11 apprend des Doriens à apprécier mieux que jadis le bronze pour reproduire le corps humain, surtout celui de l’athlète ; il renonce à la minutie, au souci exagéré des détails, à une élégance parfois affectée, pour la sobriété, la simplicité des draperies et de la chevelure : il abandonne le sourire devenu stéréotypé pour Fig. 17. -— Profil «hellénique», sur donner aux visages une expresun lécythe du milieu du v°s. sion grave, celle qui paraît dans la sculpture péloponnésienne dès

les plus anciens temps ; il redresse le front fuyant des têtes ioniennes (fig. /6) pour aboutir à la verticalité du profil

(1) LXXVIN, LEXIX.

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