L'ART ATTIQUE
«hellénique » (fig. 17), déjà cherchée dans les vieilles œuvres péloponnésiennes ; il acquiert en technique un rendu plus précis des détails du corps humain, yeux, musculature (1).
Alors l'artiste attique va fusionner en un ensemble harmo, nieux et original ses qualités natives à celles qu’il doit aux Ioniens et aux Doriens. Grâce, élégance, douceur exagérée d’un côté, force trop dure et trop tendue de l’autre, s’atténuent en une grâce qui ne tombe pas dans l’effectation, en une douceur qui n’est pas de la mollesse, en une force qui évite la rudesse. Ces qualités, l’atticisme les montre dès la première moitié du ve siècle et il les conserve pendant toute son existence. Ce sont, avec les différences dues aux temps, aux tempéraments, celles de Phidias, de Praxitèle. Tantôt les traits ioniens, tantôt les traits doriens prédominent, suivant les individus et leur éducation, et l’on peut distinguer, évoluant simultanément, un courant attico-ionien auquel se rattachent Calamis, Callimaque, un courant attico-dorien, auquel se rattache Phidias. Mais ce ne sont que des nuances qui se fondent dans l’ensemble (2).
Par cette conciliation de caractères divers, par d’heureuses circunstances politiques aussi, Athènes acquiert la prépondérance. Sa flotte marchande, protégée par la flotte militaire, exporte au loin ses produits céramiques. Les Corinthiens, endormis dans la routine, n’ont pas compris l’immense progrès que réalisait l’invention attique de la figure rouge à la fin du vi* siècle; ils voient décliner leur industrie, évincée sur les marchés par les vases attiques, dans le premier quart du v° siècle ; et c’est une des raisons de l’hostilité entre Athènes et Corinthe, qui va faire éclater la guerre du Péloponnèse.
Dès la première moitié du v° siècle, ile renom artistique d'Athènes grandit. Dans la seconde moitié de ce siècle, elle est le centre intellectuel et artistique de la Grèce, qui attire
(1) LXXVIII, p. 384. — (2) Ibid., p.351.
de toutes parts les artistes. L’Ionie n’existe plus comme centre indépendant; quelques-uns de ses artistes continuent à pratiquer leur art dans la Grèce d'Asie, en particulier pour les dynastes lyciens et cariens, mais ils subissent l'influence des maîtres attiques, reflètent le style de Phidias, et beaucoup viennent à Athènes. Le Péloponnèse lui-même, qui possède la florissante école argienne, voit Polyclète adoucir son style trop sévère au contact de l’art phidiaque. Une pléiade d’artistes athéniens fait rayonner le renom de leur cité, travaillent dans le Péloponnèse, à Phigalie, à Olympie, dans les iles, en Asie Mineure. Partout les œuvres proprement attiques, ou inspirées par elles, célèbrent la gloire de la ville que Périclès proposait justement en admiration au monde.
Sans doute, dès le ive siècle, les distinctions entre les diverses écoles d’art s'atténuent par une pénétration plus forte qu’autrefois; sans doute aussi, avec les monarchies hellénistiques, d’autres centres d’art font concurrence à Athènes et l’emportent sur elle, dont la veine créatrice est tarie, et qui vit sur son passé glorieux. Mais l’art attique, par son sentiment de juste mesure, est préservé des excès hellénistiques, du pathétique et de la musculature exagérés, sensibles dans les œuvres des écoles d’Asie Mineure. Les Attiques demeurent jusqu’à la fin fidèles à l’ancien idéal, qui a produit les chefsd'œuvre de Phidias et de Praxitèle, et ils en apprennent l'admiration aux Romains.