‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 61 sur 124 · LES ÉCOLES LOCALES · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES LOCALES

Ces trois grandes divisions ethniques se subdivisent à leur tour en groupements plus restreirts. Ce sont les ateliers, les écoles, dont les caractères diffèrent suivant les localités, et qui marquent de leur empreinte plus ou moins originale les produits des arts industriels et de la sculpture.

Leur rôle est surtout important dans l’archaïsme. Avec le v° siècle l'artiste, libéré de la gêne des vieilles conventions, exprime son individualité ; mais avant, ce qui l'emporte, c’est la tradition d’atelier, ce sont les procédés de technique et de style qui, dans un même milieu, se transmettent de père en fils, de maître à élève, et qui constituent une discipline traditionnelle. Dans Part ionien du vif siècle, on discerne les ateliers céramiques des Cyclades, de Rhodes, de Naucratis, de Cyrène; les ateliers de sculpture de Chios, de Milet, de Samos ; dans l’art péloponnésien, les céramiques de Corinthe, d’Argos, de Sicyone, et les écoles de sculpture d’Argos, de Laconie, d’Égine, Sous les traits communs aux groupements ethniques, l’érudit cherche à préciser les détails plus parti culiers qui séparent entre elles ces écoles locales. L’art ionien insulaire révèle d’autres qualités que celui de la côte d’Asie :

il aime dans la statuaire les proportions élancées, peut-être, héritées des Égéens, tandis que celui d’Asie préfère les pro portions courtes sous l’influence orientale.

On hésite souvent, devant des œuvres de provenance incer taine, à les attribuer à un centre plus qu’à un autre. En efñlet, les écoles ont entre elles de fréquentes relations et possédent

dès le vif siècle déjà une sorte de dialecte commun. Certains érudits contestent pour cette raison l’existence d’écoles régionales, arguant des nombreuses collaborations entre artistes ‘attiques, éginètes, péloponnésiens ; ils prétendent qu’il n’y a pas lieu de discerner dans la sculpture de la première moitié du v£ siècle des écoles argienne, sicyonienne, éginétique, possédant des traits distinctifs, qu’au contraire il y a une remarquable uniformité ide style, une unification générale (1), Assurément, on a eu tort de multiplier à lexcès les groupements régionaux, de créer méme certaines écoles factices, d’après des critères erronés, provenance, qualité de la matière, détails de style, qu’un examen plus attentif a condamnées à disparaître (école de Naxos au vif siècle, fondée sur l'emploi du marbre naxien; école de la Grèce du Nord), d'admettre d’étranges combinaisons géographiques (école argivo-corinthosicyonienne) et de chercher des nuances subtiles qui n’existent souvent que dans l’esprit des archéologues (2). Ces deux points de vue sont excessifs, mais on ne résout pas les difficultés en supprimant la réalité des groupements locaux. L'idéal des Éginètes n’est pas celui des Attiques, et si le Péloponnèse oriente dans une autre voie la sculpture attique au début du v® siècle, il ne paraît cependant pas possible de confondre l’éphèbe de kigourio (3), œuvre des successeurs de largien Hagéladas, avec l’éphèbe 698 de lAcropole, conçu peut-être par Critios l'Athénien (4). L'école d’Argos ne montre-t-elle pas du reste une remarquable continuité de style, depuis Polymédès (vi® siècle) jusqu’aux disciples de PolyclèteP

Ce qui est vrai, c’est que le rôle distinct des écoles régionales décroît avec le temps. Le travail d’unification déjà commencé au vi® siècle se poursuit dans la première moitié du v® siècle et rend les différences de moins en moins sensibles ; dans la seconde moitié de ce siècle, on ne distingue

(1) LXXILI, p. 23 sq. — (2) VI, t. I, p. 418. (8) LXII, t. I, p. 322. — (4) LX XVIII, p. 452.

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