‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 64 sur 124 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Comment l’artiste va-t-il réaliser ses pensées P Au lendemain des invasions doriennes, il a retrouvé la barbarie native de la technique ; il a tout à apprendre à nouveau. La matière lui impose d’étranges conventions, celles des arts à leurs débuts, dont il doit se débarrasser petit à petit, à mesure qu’il devient plus habile. Il doit éduquer sa vision, établir une exacte correspondance entre elle qui perçoit, sa main quitravaille, la matière qui réagit. Il doit résoudre les problèmes de l’anatomie, de la draperie, des attitudes, du raccourci, de la perspective, du modelé, de la composition. Cette conquête s’opère progressivement; chaque âge apporte quelque progrès. Cette étude des recherches techniques, qui rendent possible la réalisation de l’idéal esthétique, forme un chapitre essentiel de l’histoire de l’art grec; à voir comment l'artiste a enfin plié à ses désirs la matière d’abord rebelle et victorieuse, quelles ont été ses préoccupations plastiques et picturales, on comprend déjà les traits caractéristiques du génie hellénique, qu’on notera isolément plus loin.

Le Grec ne reçoit pas de l’étranger cette éducation; il doit l’acquérir par ses propres moyens. Bientôt il dépasse ses devanciers et ses contemporains, et il ouvre à l’art la large voie du progrès. Il aborde des problèmes qui avaient tout au plus effleuré les esprits jusqu’à lui, ceux des attitudes, des rythmes, de la musculature au repos et en mouvement, de

la draperie, des principes de la composition, du raccourci, de la perspective, etc. Acquisitions qui paraissent aujourd’hui banales, mais qui constituaient alors autant de nouveautés. l’art moderne, qui en profite, en est redevable à ces maîtres qui, par de lents essais, incités par leur sens du réel et leur sentiment esthétique, en ont définitivement donné la solution.

Quels sont ces problèmes ?

1° Constituer les branches de l’art ; dans chacune d’elles préciser les formes, les thèmes typiques, qui seront les moules de la pensée.

20 Choisir les matériaux qu’on mettra en œuvre, ét qui seront les supports de la pensée.

30 Apprendre la grammaire de Part, avec incorrection, puis avec perfection ; savoir comment transcrire le corps humain et ses mille détails, la draperie qui le couvre, et sa vie propre ; constituer la syntaxe, c’est-à-dire s’élever du détail à la coordination des parties, en vue d’une synthèse esthétique, et scruter les rythmes, la symmetria, l'harmonie, la composition, les modifications de la réalité par le mouvement et l’atmosphère, etc.

Vers 450-445 (date du Doryphore de Polyclète et de plusieurs œuvres célèbres de Phidias : Athéna Lemnia, vers 450; Athéna Promachos, vers 448), ce travail de patiente recherche est terminé. Les quelques naïvetés qui persistaient encore dans la période des précurseurs (début du v® siècle) ont disparu. Il ne reste qu’à donner une solution définitive aux problèmes du modelé pictural, de la perspective linéaire et aérienne, et à introduire des nuances témoignant d’un idéal modifié. Les grands artistes de la seconde moitié du v® siècle n’ont qu’à assouplir ces connaissances, leur enlever ce qu’elles ont de trop neuf encore, les rendre en quelque sorte instinctives, naturelles; ceux du iv siècle et des temps hellénistiques, ne peuvent apporter que de légères modifications,

sans rien créer d’essentiel.

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