‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 66 sur 124 · XI RU · texte numérisé non relu

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(1) Ci-dessus, p. 152,

cipe de la colonnade et de l’entablement dorique ou ionique.

Les autres réalisations de l’architecture (1), tombes ou constructions utilitaires, remparts, acqueducs, ports, moins typiques, ne retiennent pas notre attention.

Le temple dorique offre des champs à décorer: le triangle du fronton, le rectangle des métopes appellent tout d’abord la peinture (métopes en terre cuite de Thermos, vi® siècle), puis le relief et la ronde bosse. Ils posent des problèmes nouveaux à l’artiste, qui ne peut chercher ses modèles dans les arts orientaux ou préhelléniques ignorant cette ornementation, bien que le principe de l’alternance des métopes et des triglyphes soit connu des Égéens. Et l’on verra à quelles solutions il aboutit après quelques tâtonnements (2). Sur ces champs, comme sur la frise empruntée, elle, à l'Orient, il va raconter les exploits divins et héroïques, glorifier la religion et la cité.

Les Égéens et encore les Grecs de l’époque géométrique ignorent la statue en ronde bosse et ne connaissent que des figurines. Vers le vu siècle seulement apparaissent les premières représentations humaines et animales en grandes dimensions, qui vont désormaiss e multiplier. L'artiste est-il influencé par la vue des statues égyptiennes P L'innovation était peutêtre nécessitée par les conditions mêmes de la vie sociale. Le dieu anthropomorphe doit en effet résider dans son temple ; de même que sa demeure est analogue à celle des humains, son effigie doit être conçue au moins à l’échelle des mortels. L’habitude de consacrer les images des vainqueurs aux jeux nationaux, d’élever sur la tombe les portraits des défunts, oblige aussi lartiste à grandir leurs dimensions.

La statue a de multiples destinations. Dieux et héros sont placés dans la cella du temple, dans le vide des frontons, ou s'élèvent en plein air. Sur les tombes (3), c’est le mort, ou

(1) XXIII sq. — (2) Cf. plus loin, p. 288. — (3) LXIII. VUE: Pi 13

un symbole allégorique, lion, sirène. Les mortels s’offrent en ex-voto à la divinité où commémorent quelque événement officiel célébré par la cité. Plus tard, ce sont des statues décoratives dans les demeures et les jardins. Autant d'occasions pour l'artiste de créer. |

Mais l’on continue aussi à modeler les figurines (1) en matières diverses, argile ou bronze, qui, à moins de frais, s’acquittent des mêmes devoirs : figurines d’offrandes dans les sanctuaires, figurines déposées dans les tombes, figurines du culte domestique, et, tardivement, figurines décoratives. Œuvres de l’art industriel, elles conservent cependant le clair reflet du grand art et celui-ci s’affirme même mieux dans les charmantes statuettes de Tanagra et de Myrina que dans les tardives copies de marbre. Ne sont-elles pas, si humble qu’en soit la matière, des originaux qui gardent intacte la pensée du modeleur ?

Métopes, frises, frontons, stèles funéraires, ex-voto officiels et privés, en-têtes de décrets, autant de surfaces à décorer. Si les unes présentent immuables leur rectangle, leur triangle, leur bandeau, les autres ont des formes qui évoluent avec le temps et qui offrent plus de variété à Partiste. Sur la dalle étroite et haute qu’est la stèle ionienne du vi® siècle, on ne peut guère inscrire qu’un seul personnage, debout, de profil. Au v® siècle, on préfère une stèle plus large que termine un fronton avec acrotères; sur ce champ moins restreint les attitudes sont plus nombreuses et les personnages se multiplient. Au 1v8 siècle, le décor architectural prend plus d’importanc e le fronton s’avance, des antes limitent les côtés, et la stèle a l'apparence d’un naïskos, à l’intérieur duquel les personnages se détachent en haut-relief, presque en ronde bosse. Les grands maîtres ne dédaignent pas de sculpter ces œuvres industrielles, et la belle stèle d’Aristonautès (musée d'Athènes, première

(1) CV sq.

moitié du 1v® siècle) pourrait être de la main même de Scopas (1).

La grande peinture (2) qu’illustrent Polygnote, Micon, Panainos, Zeuxis, Apelle, Parrhasios, bien d’autres encore, n’a laissé d’elle aucun vestige, et nous ne Pentrevoyons qu’au travers des œuvres de l’art industriel, stèles peintes, ex-voto de terre cuite, décor de tombes, et surtout peintures de vases (3). Faite à la fresque, à la détrempe, parfois à l’encaustique, son rôle est surtout architectural ; elle orne les murs des édifices tout d’abord religieux et publics, avant de contribuer à l’ornementation des demeures privées, vers la fin du vê siècle, et avant de se détacher des parois pour être traitée en tableaux de chevalet (1v® siècle).

Ces diverses formes de l’art sont en étroite relation les unes avec les autres, et toutes reflètent les caractères généraux de l'esthétique grecque. Les unes peuvent progresser d’une marche plus rapide ; la peinture et le dessin sont en avance sur la ronde bosse et, dès l’époque du Dipylon géométrique, ‘alors que les sculpteurs taillent leurs grossières figurines d’ivoire, les peintres savent déjà ordonner des scènes complexes sur les grands vases. Cette avance se maintient pendant tout l’art grec. Les peintres et les dessinateurs de vases inaugurent des recherches, créent des motifs, emploient des procédés techniques qui sont ultérieurement adoptés par les sculpteurs ‘et les bronziers; ce sont eux aussi qui essaient les premiers le raccourci, la perspective, le modelé, le clair-obscur, enfin qui introduisent dans l’art la vision réaliste des choses.

D’une branche à l’autre, il y a toujours pénétration. Sculpteurs et peintres s’'empruntent mutuellement. [’art industriel, celui des fabricants de stèles et d’ex-voto, des modeleurs de figurines, des peintres de vases, suit à distance les enseignements de la fresque et de la sculpture. Il est nécessaire de

(1) LXIV ; LXII, t. I, p. 255, 381 ; IL, p. 145, 372. — (2) CXV 8q. (3) CXXIZX sq.

comprendre ces actions réciproques, comme aussi de constater les rapports qui unissent les artistes aux littérateurs. Un même esprit circule à travers toutes les productions de la pensée grecque.

L'artiste donne-t-il la préférence à l’une ou l’autre de ces formes P Si importante que soit la peinture, la sculpture (1) l'emporte sur elle. Les surfaces accordées à-la première sont peu nombreuses et exiguës. Ce sont celles des sanctuaires, des édifices publics, salles de réunion (Lesché de Cnide, à Delphes, décorée par Polygnote), stoas (Pœcile d'Athènes, peint par Polygnote, Micon et Panainos); puis, quand Part s’est laïcisé, celles des demeures privées (décor de la maison d’Alcibiade par Agatharchos à la fin du v® siècle); ce sont encore celles des stèles et des caveaux funéraires, abandonnées aux industriels. Sous le ciel clément de la Grèce, où l’on vit en plein air, il n’y a pas grand intérêt à enrichir et à égayer les constructions par des peintures. De plus, celles-ci sont éphémères, ce qui est un défaut aux yeux des Grecs qui cherchent la durée de l’œuvre d’art. Parmi les stèles funéraires, celles qui sont peintessont raresen comparaison de celles quisontsculptées. Il semble même qu’une évolution substitue progressivement la sculpture à la peinture. Siles vieilles métopes de Thermos (vi£s.) sont encore en terre cuite peinte, ce que nécessite l’entablement en bois, le temple de pierre ultérieur adopte les métopes de pierre lisses ou sculptées. Tout autres sont les ressources de la sculpture. Elle a sa place partout. Les statues et les réliefs s’incorporent à l’édifice comme la peinture, et ce sont les décors des frontons, des métopes et des frises. Mais ils se dressent aussi en foule à l’air libre, dans le temenos, sur les places publiques, et ils ne nécessitent nulle précaution, car ils ont. par leur matière la durée. À cesconditions matérielles s’ajoutent des causes plus profondes. Dans les pays septentrionaux, l’atmosphère est vaporeuse, les lignes s’estompent, les couleurs

(1) LVIII sq.

sont vives et variées, les changements de temps et de lumière imposent une gamme de teintes, des plus sombres aux plus claires. Sous la lumière éclatante du midi, dans son atmosphère limpide, les lignes des objets se détachent avec une surprenante netteté, les collines et les montagnes paraissent découpées ; en revanche, il y a peu de couleurs ; la mer est d’un bleu profond, mais les détails du sol se confondent en une teinte uniforme. Le midi est lumineux, mais n’est pas coloré. Subissant l’influence du pays, le Grec devait donc être instinctivement porté à préférer la ligne à la couleur, la sculpture à la peinture. La sculpture répond aussi mieux à la mentalité grecque, rationaliste, car la ligne, qui est une abstraction, est plus intellectuelle que la couleur, celle-ci touchant plus les sens que esprit. C’est pourquoi la peinture elle-même est chez les Grecs linéaire ; elle est un dessin colorié aux contours très nets et précis, au trait très pur ; c’est une peinture de sculpteurs et non de coloristes. Le trait, voilà ce que recherche le peintre comme le but suprême de l’art; n'est-elle pas caractéristique, la rivalité de Protogène et d’Apelle, s’ingéniant à tracer chacun la ligne la plus ténue P Pendant longtemps,ce ne sont que des teintes plates, car le modelé et le clair-obscur sont des acquisitions récentes. :

Par ses qualités spécifiques, la matière exerce une grande influence sur l’œuvre. En choisissant celle qu’il travaillera de préférence, l'artiste grec révèle sa pensée esthétique. Une lente évolution lui fait quitter les matières tendres pour celles qui sont plus dures. Sa main encore incertaine demande d’abord au bois les statues et les temples. La pierre paraît ensuite; le calcaire facile à travailler est employé dans les édifices doriques dès le vn® siècle comme dans les sculptures les plus anciennes de l’Acropole d'Athènes (fin du vu et début du vi® siècle) (1). Par ses défectuosités, sa texture peu

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