‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 70 sur 124 · LX VIII. — (2) LXXVIII-IX · texte numérisé non relu

LX VIII. — (2) LXXVIII-IX

(3) Môrius, Die Darslellung des silzenden Menschen in der antiken Kunst. Diss. Marburg, 1921 ; cf. AA, 1921, 36, p. 266.

(4) LXXIX, p. #45. — (5) LXXXIV, t. VIII, p. 634.

Tels sont les quelques types statuaires que l'artiste réalise des origines à la fin du vif siècle. Cette monotonie même lui est utile. En ne dispersant pas encore son effort sur les attitudes et les mouvements que la frontalité lui interdit, il reporte son attention sur d’autres problèmes, ceux de l'anatomie et de la draperie, dont la compréhension, si inexacte soit-elle encore, lui permettra plus tard de réaliser des formes humaines justes dans leur ensemble comme dans leur détail. Ce fut un bien pour lui que cette limitation, car il sut s’en délivrer précisément au moment où, au début du v* siècle, elle allait devenir pour lui une entrave, où, sa main et sa vision s'étant assürées, ayant corrigé par de lentes retouches les erreurs de jadis, il était capable de passer à une autre recherche.

Suivant qu’il s’agit de ronde bosse ou de dessin, les attitudes sont plus ou moins libres et justes; le dessin est en avance sur ja plastique, parce qu’il n’a pas à vaincre les mêmes difficultés techniques. Il est en effet plus facile de tracer sur une surface plane des attitudes hardies que de les rendre en volume dans la matière indocile. Si les imagiers du Dipylon ne connaissent encore que d’inertes idoles aux bras collés contre le corps, aux jambes jointes, le peintre de vases sait déjà animer ses bonshommes, tout naïfs qu’ils soient, introduire en eux le mouvement. Le relief participe à cette avance du dessin qui se poursuit durant tout l’art grec et qui est surtout sensible dans la période de formation, soit jusqu’à la fin du vi siècle environ. Alors que le peintre sur les flancs de ses vases, et le sculpteur sur ses reliefs, composent des scènes animées, de violents combats, des enchevêtrements de corps, le statuaire, qui conçoit sa statue de face, en demeure toujours aux vieux schémas, où le corps est figé dans l’immobilité absolue.

Malgré la liberté plus grande dont il dispose, le dessinateur est soumis lui aussi à certaines conventions universelles, qui empêchent lPexacte reproduction de la réalité. La projection des volumes sur un plan, dans la variété de leurs aspects,

détermine des raccourcis. L'artiste est encore incapable de les résoudre (1). De plus, son esprit se refuse à les admettre. Ce qu’il veut rendre, ce n’est pas la réalité accidentellement déformée par les attitudes, le milieu, l’atmosphère, mais telle qu’elle existe vraiment, dans tous ses éléments constitutifs. Dans un mouvement, telle partie peut être dissimulée par ‘une autre, avoir ses dimensions réduites, la poitrine de profil devient plus étroite que de face et ne montre pas ses deux pectoraux, l’œil de profil se rapetisse. On ne veut pas perpétuer ces illusions momentanées; chaque partie doit au contraire être traduite dans son aspect le plus caractéristique, celui où elle se présente avec la plus grande clarté, dans ses plus grandes dimensions. Le corps vu de face détermine des raccourcis difficiles, par exemple ceux du nez, des pieds. S’il est au contraire placé de profil, le visage paraît bien distinct, et la silhouette générale accuse la cambrure des reins, la saillie des fesses, les contours sinueux des jambes. L'image est plus claire, son exécution est plus facile. C’est pourquoi, sur . les rèliefs et sur les peintures jusqu’à la fin du vi siècle, les personnages, à part de rares exceptions dénotant des tentatives hardies mais encore incorrectes, sont tournés de profil et défilent devant le spectateur.

Cependant, dans cette silhouette, certains détails doivent être rendus de face, toujours pour qu’ils soient plus compréhensibles et pour éviter le raccourci, tels l’œil grand ouvert en amande, la poitrine avec ses deux pectoraux. L'ensemble est donc une mosaïque d’éléments vus sous des aspects différents, les uns de profil, les autres de face, mélange irréel que l’on retrouve dans tous les arts inexpérimentés et qui s’applique à toutes les formes animées ou non. L'artiste de l'Égypte et de l'Orient a maintenu jusqu’à la fin cette convention, et n’a tenté que de timides essais pour s’en libérer ; l'artiste

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