CUS
Cette musculature est ramenée à ses grandes divisions; elle est traitée par larges plans, un peu géométriques. Elle ne prétend pas rendre tous les détails; selon l'idéal de ce temps, elle synthétise et généralise. Mais les transitions d’un plan à un autre ont encore quelque dureté; le Doryphore et les autres éphèbes de Polyclète en sont des exemples.
La convention n’est cependant pas encore entièrement éliminée avec le v® siècle. Aux chevelures longues tombant en nappes dans le dos, détachant de chaque côté de la poitrine quelques boucles symétriques, ont succédé pour les hommes, parfois pour les femmes, des chevelures milongues et courtes. Elles sont sobres et simples, sans les enjolivements et les minuties du FA Hecsr non plus incisées, Fig. 42. — Métope du trésor des mais modelées. Toutefois, elles Athéniens. Delphes. n’ont pas encore le pittoresque et la variété de la vie ; leurs boucles sont trop schématiques, coquilles d’escargots encadrant le visage sur plusieurs rangs, spirales comme les copeaux d’un menuisier, volutes, courtes mèches identiques les unes aux autres ; elles couvrent la tête trop régulièrement ; leur masse ne s’adapte pas au crâne avec naturel et elle semble parfois être une calotte rapportée (Tyrannoctones) ; elles sont trop régulières, trop bien peignées. Les anciens louaient Pythagoras de Rhegion d’avoir déjà rendu les cheveux avec plus de réalisme qu autrefois (1) ; Phidias donne plus de souplesse que Polyclète aux mèches courtes, embroussaillées, d’un modelé déjà pictural. Cependant la che-
(1) CLXIV, p. 41.
velure conserve pendant tout le v° siècle, comme la musculature, un caractère monumental et architectonique.
Héritant de son prédécesseur la connaissance exacte des détails anatomiques, l'artiste du 1v° siècle n’a plus d’erreurs à redresser, mais il peut concevoir autrement la traduction esthétique du corps humain, y apporter des nuances, de la variété. Jusqu’alors l’athlète préoccupe surtout le sculpteur, etcet idéal modifie même les autres types. L'artiste du 1v° siècle s’intéresse davantage aux différences des sexes, des âges, des milieux : il cherche à rendre la délicatesse, la grâce, la volupté des chairs de femmes, d'adolescents, d’enfants, et l’idéal féminin amollit même le corps viril (Apollino, Sauroctone). Il veut adoucir la trop grande sécheresse du modelé mathématique et ornemental; il a des transitions plus habiles et nombreuses éntre les plans du corps statuaire. Pour y parvenir, il utilise plus que son prédécesseur les ressources de la peinture qui, dès la fin du v® siècle, se préoccupe de modelé, de clair-obscur, de lumières et d’ombres, d’atmosphère. Les sculpteurs ont désormais une vision picturale. Avant elle, on montre la charpente humaine telle qu’elle est, dans l’exactitude de son anatomie généralisée ; au 1v° siècle, en atténuant les brusques passages d’un plan à un autre, en faisant jouer la lumière et les ombres sur les saillies et dans les creux du modelé, on la montre telle qu’elle paraît être, dans ses variations accidentelles. On veut plus de réalisme, d’imprévu. La chevelure n’offre plus ses boucles précises semblables les unes aux autres, symétriques, à chacune desquelles l'artiste fait un sort. Elle est irrégulière, des boucles folles, de grandeur inégale, se chevauchent (Apoxyomenos de Lysippe) (1), descendent çà et là sur le front et lecou, en désordre. La masse capillaire se creuse profondément pour retenir l’ombre et l’opposer aux reflets des. parties saillantes. Les chevelures traitées par Praxitèle (Hermès d'Olympie, Eu-
(1) CLX,, fig. 6.