‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 85 sur 124 · L'ÉVOLUTION DE L'IDÉAL · texte numérisé non relu

L'ÉVOLUTION DE L'IDÉAL

Jamais une création ne disparaît entièrement ; désuète et démodée, elle peut être reléguée dans les rangs inférieurs de Part et de la société, mais elle n’en persiste pas moins. L'art grec offre de cela de nombreux exemplescaractéristiques. Dans la peinture de vases, le procédé de la figure noire est détrôné vers la fin du vif siècle par celui de la figure rouge ; s’il perd dès lorssa valeurartistique, sisonrival réalise les progrèsnouveaux, s’il déchoit socialement, employé pour des vases de peu de valeur, s’il est une survivance rituelle dans les amphores panathénaïques, il vit cependant à peu près aussi longtemps que la figure rouge, jusque vers l’époque d'Alexandre, où figure noire et figure rougeâtre sont toutes deux supplantées par la céramique à relief (1). | |

Dans la plastique, le style archaïque du vit siècle n’est pas supprimé par les progrès et par l'idéal du v® siècle. Encore vers 413, un des sculpteurs de l’'Érechtheion taille le dos d’une des Corés absolument comme l’aurait fait un de ses prédécesseurs plus vieux de cent ans (2), et l’art archaïsant (3), en honneur à l’époque gréco-romaine, remonte par une suite ininterrompue de chaînons à soninspirateur,le vi®siècle. Une immense lignée de sculpteurs prolonge pendant des centaines d’années les créations et le style de Phidias, de Polyclète, de Praxitèle, de Lysippe, de Scopas, et ces maîtres vivent dans leurs imitateurs.

En descendant le cours du temps, l’art devient de plus en plus complexe et varié, et l’on trouve à un moment donné la coexistence de tous les efforts antérieurs. Aux nremiers siècles avant et après Jésus-Christ, les uns s’inspirent du réalisme hellénistique et des écoles de Pergame et de Rhodes, d’autres préfèrent la douceur de la tradition praxitélienne, d’autres les types athlétiques à limitation de Polyclète et de Lysippe, d’autres encore cherchent leurs modèles dans un passé plus ancien,

(1) CXLV, t. Il. p. 647sq. — (2) LXXVII, p 497. — (3) XCII.

dans le classicisme du v® siècle et dans l’archaïsme du vif

Il y a parfois de véritables renaissances. Elles sont d’ordre technique : le vn® et le vif siècle connaissaient la céramique à reliefs que la céramique peinte supplanta rapidement. Mais au déclin de cette dernière, à la fin du 1v° siècle, la vieille technique revient en faveur, et la céramique à reliefs est la caractéristique de l’époque hellénistique (1). Elles sont esthétiques : la renaissance néo-attique, archaïsante, remet à la mode un idéal périmé. |

D’autre part, on constate à un moment donné la timide annonce d’une formule d’art qui fleurira plus tard. En plein idéalisme du v® siècle, le réalisme revendique son droit à l'existence. Il inspire certains détails des frontons d’'Olympie et quelques maîtres lui cèdent plus que d’autres, Pythagoras, Myron, Lykios, Styppax. Il se manifeste surtout dans la peinture de vases plus libre que la sculpture, et dans les types de rang social inférieur (2). Tous ces essais préparent la voie. Si le 1v® siècle voit le réalisme s'imposer au grand art, y introduire le portrait et la passion, c’est que ces traits sont déjà en germe dans les arts mineurs du v® siècle.

(1) CourBY, op. [. — (2) Ci-dessus, p. 95 sq.

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