VII
artistique. L'école d’Égine n’a qu’un éclat passager, dans la première moitié du v° siècle, et disparaît avec les malheurs politiques de l’île. Le Péloponnèse voit fleurir, il est vrai, lPécole d’Argos, qu’illustrent Hagéladas, ses disciples immédiats, puis Polyclète et ses successeurs, et qui maintient du commencement à la fin la tradition inaugurée au vie siècle par Polymédès. Mais la direction artistique que les Ioniens avait eue jusqu’à la fin du vie siècle leur échappe, et passe maintenant à Athènes. Dès le vie siècle, avec le « siècle de Pisistrate », celle-ci prépare son expansion commerciale et politique, de pair avec sa domination esthétique. Le ve siècle les réalise toutes deux. Dans le court espace de temps qui sépare le lendemain des grandes batailles médiques (ligue de Délos, 477) de la paix de 449, Athènes devient la maîtresse incontestée d’un immense empire maritime, et la jalouse Sparte, occupée de sa politique continentale, ne lui conteste pas cette domination. En paix avec la Perse, ayant réparé les ruines de linvasion, de nouveau prospère, et disposant du trésor des alliés transféré en 450, parcourant les mers avec sa flotte de commerce que protège la flotte militaire, Athènes est aussi la capitale intellectuelle et artistique de la Grèce. Elle voit affluer dans ses murs les hommes les plus illustres d’alors dans tous les domaines. Attirés par les grands projets artistiques de Périclès, les artistes venus du reste de la Grèce s’y mêlent aux artistes attiques, et Agoracrite de Paros, d’autres encore, débarqués des cités de l'empire athénien, y reçoivent les enseignements de Phidias. Maintenant Athènes répand au loin le renom de son art; elle construit en plein Péloponnèse ses édifices inspirés du Parthénon, dont l’architecte, Ictinos, après 420, élève le temple de Phigalie; elle influence les artistes ioniens qui travaillent pour les dynastes de Lycie et de Carie; elle fait partout accepter le style de Phidias et de ses élèves. Ce rôle de métropole artistique, elle le conserve jusqu’à la fin de la Grèce; même après que les centres de la production artistique se seront déplacés
avec l’époque hellénistique, elle garde le glorieux renom d’une ville où le génie grec s’est révélé dans ses formes les plus typiques et les plus durables. La guerre néfaste du Péloponnèse (431-404) n’entrave que peu cette brillante floraison attique de la seconde moitié du v° siècle, et lon travaille à Athènes dans les moments d’accalmie de la paix de Nicias, en 421 (Érechtheion vers 420 ; Corés de l’Érechtheion, vers 415) à l’expédition de Sicile (415-413). Les belles victoires du temple d'Athéna Nikè sont sculptées au lendemain des succès éphémères d’Alcibiade dans l’Hellespont (408), et peu avant la chute d'Athènes (404). Maïs les conséquences spirituelles de cette guerre qui a ruiné la Grèce sont sensibles dans l’art du 1v® siècle.