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Ces doses peuvent être augmentées si l'on désire se servir des mêmes bains pour plusieurs plaques. Dans l'espèce la chose se peut sans inconvénient.

Cela fait, vous prenez 5 cm3 du bain A et dans un autre récipient 5 cm3 du bain B. Vous mettrez en B ce que vous avez prélevé de A et en A ce que vous avez prélevé de B.

Vous plongez alors votre plaque en A. Avec une pose exacte les grandes masses de lumière ne tardent pas à apparaître. Vous retirez alors la plaque et la plongez, sans la laver, dans B. Les grandes lumières apparaîtront vite mais ne pourront devenir opaques à cause de la petite quantité de A contenue dans la gélatine. Vous laisserez le phototype en B jusqu'à l'obtention complète de tous les détails de l'image. Si alors, en la regardant par transparence, elle ne vous paraît pas assez intense vous la replongerez en A jusqu'à l'arrivée de l'intensité nécessaire.

On peut, avec ce procédé, arriver presque sûrement à l'effet désiré en évitant toute trace de voile.

Le phototype manque-t-il de pose? ce qui est toujours le cas de l'instantanéité, la quantité de révélateur contenu dans la gélatine ne suffit pas à l'activité de B. On replonge alors la plaque quelques minutes dans A et on la remet ensuite dans B. Cette opération peut se répéter plusieurs fois, jusqu'à l'obtention complète des détails dans les ombres. La plaque est-elle trop surexposée? La légère quantité de B qui se trouve dans A est suffisante pour que le phototype se développe tout seul dans ce premier bain.

Ainsi, quelles que soient les conditions d'exposition, un débutant peut, assez aisément, avec cette méthode de développement à deux cuvettes, obtenir une révélation artistique de l'image latente, et n'avoir jamais de voile quand il a soin surtout de recouvrir ses cuvettes avec un carton.

Mais si ces méthodes sont excellentes dans tous les cas, ma pratique journalière m'a démontré qu'il en est encore une qui les surpasse au point de vue spécial de l'instantanéité.

Il n'y a pas à le nier, la photographie instantanée est entrée victorieusement dans nos mœurs. Elle et la bicyclette sont, à l'heure présente, les deux grandes séductrices qui nous ont subjugués et nous subjuguent. A tout prendre,

LE DÉVELOPPEMENT ARTISTIQUE

je n'y vois pas grand mal. Bien au contraire, si l'on veut se soumettre intelligemment à leur joug. Bon nombre de motifs artistiques et presque tous les grands effets de lumière, les plus artistiques de tous les motifs, ne se prennent bien qu'avec l'instantanéité. Pourtant, je l'avoue, j'ai dit et écrit souvent que l'épreuve instantanée devient impropre à l'art par la difficulté où nous nous trouvons de la développer de telle façon qu'elle se montre harmonieuse dans son ensemble. Si donc, clans Fétat actuel des outils que nous possédons, nous arrivons à récupérer cette harmonie, l'instantanéité nous donnera des résultats vraiment artistiques de premier ordre. Or, toutes les expériences que j'ai faites d'une façon continue, pendant deux ans, m'ont amené à conclure qu'un développement lent, très lent même des instantanées, nous conduit à l'harmonie de l'épreuve.

Depuis longtemps déjà je me suis nettement convaincu, à propos des posées qu'un développement lent, très lent, est, en tous points, préférable à un développement rapide. C'était une indication. Elle a été suggérée à d'autres esprits. En Allemagne, en effet, le Dr Meydenbauer constatait qu'en laissant agir un révélateur très dilué pendant plusieurs heures, sur une plaque très nettement sous-exposée, il obtenait de la sorte beaucoup plus de détails dans les ombres qu'en employant un révélateur concentré, ou tout au moins à dose reconnue normale. Le Dr Neuhauss confirmait ces résultats. Tous les deux opéraient avec l'acide pyrogallique, qui est et reste au demeurant le plus parfait des révélateurs que nous possédions. '

En France, notre regretté commandant Fourtier, dont j'ai tenu toujours en haute estime les travaux photographiques, reconnut la vérité de ces faits en faisant usage de l'hydroquinone. Un révélateur dont on s'est engoué, bien à tort cependant. Les plus sincères n'hésitent pas à le reconnaître aujourd'hui; et pour ce qui est du développement lent, je déclare ne pas être de l'avis de M. Fourtier et j'ajoute que riiydroquinone reste le révélateur le moins propre à ce genre de procédé.

C'était plus qu'il n'en fallait cependant pour me décider à tenter des essais vers lesquels mon expérience et une secrète intuition me poussaient déjà. Et ces essais je les ai

tentés non seulement avec tous les révélateurs connus, mais encore en combinant entre eux certains de ces révélateurs. Je vous dirai tout de suite que ceux qui se prêtent le mieux à ce genre de travail, sont : l'acide pyrogallique, le chlorhydrate de diamidophénol ou amidol, et aussi la pyrocatéchine de synthèse. Gomme révélateurs mélangés nous avons l'acide pyrogallique allié à l'iconogène, puis, dans une plus faible mesure, l'iconogène avec l'hydroquinone, la pyrocatéchine de synthèse avec l'hydroquinone ou le paramido-

Cuvette verticale pour le développement lent.

phénol. Je dis plus faible mesure, car les développements dans lesquels entre l'hydroquinone ne peuvent dépasser un certain degré de lenteur sans laisser à l'opérateur les craintes'de l'obtention du fameux voile jaune de l'hydroquinone, absolument impropre à tout bon tirage

Mais pourquoi cette lenteur dans le bain, alors qu'il est admis généralement que dans le développement des instantanées on doit remédier au manque d'action de la lumière par une augmentation d'action du révélateur? D'abord, parce qu'un bain lent, de môme que cela a lieu dans la gravure à l'eau-forte, donne plus de douceur et de finesse à l'image. Ensuite parce que dans le développement des instantanées un voile tend toujours à se montrer sur la plaque et à s'y montrer d'autant plus intense que la pose a été plus courte, d'autant plus vive que le révélateur est plus concentré. L'image est à peine dessinée sur la surface sen-

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sible que ce voile la recouvre aussitôt, qu'on ne suit plus sa venue, qu'on fixe alors et que l'image finale insuffisamment profonde, manque de détails dans les ombres et présente, en môme temps qu'une faiblesse générale, un très grand heurté entre les ombres et les lumières.

Sujets à grandes oppositions : effet de neige.

Ce voile est connu sous le nom de voile de sous-exposition. Il est produit par une certaine quantité de rayons lumineux, traversant l'objectif, diffusés dans la chambre noire après en avoir frappé les parois. Si l'on emploie un obturateur à ouverture centrale, il se trouve encore augmenté par la diffraction produite par le minimum d'ouverture qui a lieu au départ et à l'arrivée, produisant ainsi un

éclairage dont l'image ne bénéficie pas. Dans la photographie au poser, l'action du faisceau impressionnant devient assez grande pour primer, jusqu'à les annihiler, ces effets de diffusion et de diffraction.

Voilà vraiment de bonnes raisons militant en faveur du développement lent. Seulement nous développons d'ordinaire avec des cuvettes horizontales. Or si, opérant de la sorte, nous prolongeons notre développement pendant des heures et des heures, nous garderons infailliblement sur la plaque des dépôts gênants, à moins de nous livrer à des balancements de cuvettes qu'il faudra automatiques pour n'être pas écœurants. D'autre part , si chaque plaque nous demande des heures pour nous montrer son image complète, c'est à renoncer, je le reconnais, à développer ainsi des épreuves instantanées, que, par leur facilité d'obtention, nous prenons par douzaines et par douzaines.

11 faut donc abandonner la cuvette horizontale et prendre un autre mode opératoire pour rendre pratique le développement lent. Rien de plus simple. Il suffit de substituer à la cuvette horizontale une cuvette verticale. Par la disposition même de la verticalité et la grande quantité de liquide qu'elle exige, nous pourrons y immerger simultanément plusieure plaques. De plus, l'insipide balancement nécessaire avec la cuvette horizontale n'existera plus. En effet, par suite des différences de densité qu'il prendra en agissant, le liquide se trouvera dans un mouvement constant de montée et de descente, et il se formera ainsi un brassage continuel et automatique.

On trouve bien dans le commerce des cuvettes verticales destinées au lavage ou même au fixage des phototypes. Je me hâte d'ajouter qu'elles sont tout à fait impropres au développement. D'abord, parce que les plaques n'ont pas entre elles un espace suffisant pour un bon brassage et qu'ensuite ces mêmes plaques ne sont pas assez éloignées du fond pour n'être pas influencées par les résidus chimiques provenant du développement.

Toutefois , pour permettre d'appliquer ce mode de procéder aux photo-jumelles Carpentier si fort employées dans la photographie instantanée, le Comptoir général de Photo-

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graphie a construit, sur mes indications, des cuvettes verticales propres à un bon travail.

Elles se composent, en principe, de deux cuves en carton durci, noir, et de paniers d'immersion en ébonite également noirs. La plus petite cuve C (voir page 292) contient le bain de développement. La plus grande D, recouverte de toile, sert de couvercle à la petite. Les paniers P *, P2 sont munis de rainures verticales dans lesquelles on glisse les plaques. Pour des 4,5 X 6 ou des 6,5 X 9 ces rainures sont séparées, les unes des autres, par une distance de 1 centimètre environ. Ces paniers sont munis, à leurs angles supérieurs et inférieurs, de petits bâtonnets d'ébonite, car il est à remarquer qu'il n'entre pas la moindre parcelle de métal dans la construction de ces cuvettes. Grâce à ces bâtonnets, les plaques se trouvent surélevées du fond d'environ 3 centimètres, et le liquide du bain peut les dépasser d'une couche égale aussi à 3 centimètres. Pour les 6,5 x 9, chaque panier présente neuf rainures; et six pour les 4,5x9. Donc, dans le premier cas, on peut développer dix-huit plaques à la fois. Or, si nous mettons, je suppose une heure et demie à effectuer le développement, vous voyez que cela correspond à une durée de cinq minutes par plaque. Ce qui, revient à dire que le développement lent est en somme très rapide.

Avec un peu de pratique, une connaissance de la température au moment du développement, de l'action réductrice du révélateur employé, de la rapidité des plaques et de l'éclairage du motif on peut combiner son bain de telle sorte qu'il mette une nuit à agir, et l'on peut ainsi dormir tranquille... tout en travaillant. Je vous conseille cependant de ne pas débuter, par cet extrême, dans la pratique du développement lent. Ignorants de toutes les conditions que je viens d'émettre, vous marcheriez infailliblement vers des insuccès dont le plus commun serait une môtallisation complète de vos plaques. A tout prendre, d'ailleurs, si la lenteur est bonne, une lenteur par trop grande n'est pas meilleure, ou du moins jusqu'à présent ne me semble pas telle. Réglez votre bain pour qu'il marche, en été, entre une heure et demie ou deux heures et demie. En hiver, ce même bain, si vous ne le chauffez pas, vous mènera entre quatre et cinq heures.

Pour ne pas vous laisser indécis entre un trop grand choix de formules, je vous en indiquerai seulement une, celle d'ailleurs dont je me sers pour ainsi dire couramment.

Pyrosulfite carbonate. — Vous faites préalablement les solutions suivantes :

A. Eau chaude bouillante et ayant bouilli. 1,000 cm3. Sulfite de soude anhydre 150 grammes.

Laisser refroidir et filtrer soigneusement.

B. Solution A froide 100 cm3.

Acide pyrogallique 5 grammes.

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