‹ L'art en photographieChapitre 38 sur 55 · C. Eau distillée 100 cm · texte numérisé non relu

C. Eau distillée 100 cm

Bromure de potassium 10 grammes,

D. Eau chaude ayant bouilli 100 cm3.

Carbonate de potasse 15 grammes.

Carbonate de soude 31,5 —

Ces solutions faites, le bain de développement sera composé dans les proportions suivantes :

Eau froide ayant bouilli Quantité suffisante.

Solution A , 90 cm3.

Solution B 30 —

Solution C 3à5 —

Solution D 3 à 15 —

Pour augmenter la durée d'action, on peut prendre le maximum de G et le minimum de D; pour la diminuer, prendre le minimum de G et le maximum de D. Je me sers couramment du maximum de C et de 9 centimètres cubes de D. — Pour des épreuves en belle lumière, on a dans l'espace de temps que j'ai indiqué plus haut, le maximum d'intensité.

Au demeurant, voici certaines règles sur lesquelles doivent se baser le développement lent.

Une pratique constante du développement à l'acide pyrogallique m'a démontré que 0,3 grammes d'acide pyrogallique sont nécessaires, mais suffisants, pour arriver à révéler nor-

LE DÉVELOPPEMENT ARTISTIQUE

malement, à bonne intensité, une image 13 X 18. C'est le minimum de la quantité qu'il faille employer.

Afin que le bain ne tache pas les doigts en jaunissant trop vite, on retarde sa coloration par une assez forte addition de sulfite. Cette action retardatrice est encore augmentée par une addition faible de l'alcali employé.

Sujets à grandes oppositions : Le soleil dans le champ du tableau.

En outre, en ajoutant du bromure l'action retardatrice est encore augmentée et, en plus, on empêche la montée du voile, partant on conserve la pureté des blancs.

Pour une plaque 13 X 18 on combinera donc un développatcur au minimum de force composé selon la formule ci-dessous :

Eau froide ayant bouilli Quantité suffisante.

Solution A 14 cm;i.

Solution B 6 —

Solution G 1 —

Solution D 3 —

On obtiendra ainsi une grande transparence dans les noirs, un grand éclat dans les blancs, et une parfaite harmonie dans l'ensemble, ce qui est, somme toute, le desideratum à réaliser.

Or, si nous considérons que dix-huit plaques 6,5 X 9 correspondent, comme surface sensible, à celle donnée par quatre plaques et demie 13 X 18, nous pourrons combiner notre bain lent minimum pour un chargement complet de photo-jumelle 6,5 X 9 en multipliant par 4,5 les quantités précédentes ; soit donc :

Eau froide ayant bouilli Quantité suffisante.

Solution A 63 cm3.

Solution B 27 —

Solution C 4,5 —

Solution D 13,5 —

D'autre part, si nous considérons que pour conserver toutes les qualités ci-dessus énoncées de transparence dans les noirs, de clarté dans les blancs et d'harmonie dans l'ensemble, on ne doit pas sensiblement dépasser 0,5 grammes d'acide pyrogallique pour une plaque 13 X 18, on pourra établir un bain à peu près maximum avec les quantités :

Eau froide ayant bouilli Quantité suffisante.

Solution A 105 cm3.

Solution B 45 —

Solution G 7,2 —

Solution D 22,5 —

Toutefois, dans le cas du développement simultané de dix-huit plaques en cuvette verticale, la quantité d'eau étant très grande, on peut, sans inconvénient, forcer encore ce maximum et porter à 3 grammes la quantité totale d'acide pyrogallique employé. Dans ces conditions, on aurait comme bain, que je considère comme un maximum :

Eau froide ayant bouilli Quantité suffisante.

Solution A 140 cm3.

Solution B 60 —

Solution C 10 —

Solution D 30 —

LE DÉVELOPPEMENT ARTISTIQUE

Donc, vous pourrez modifier, comme vous l'entendrez, votre bain, tout en vous tenant dans les limites extrêmes que je viens de vous donner.

Avant chaque opération, la cuvette et ses paniers d'immersion devront être lavés, essuyés et frottés avec beaucoup de soin, et vous emplirez, jusqu'à 3 centimètres du bord supérieur, la cuvette, ne contenant pas les paniers, avec de Veau froide ayant bouilli.

S'il s'agit d'un développement de plaques 6,5 X 9, on continuera la préparation du bain de développement en versant dans la cuvette 90 cm3 de la solution A, en employant par exemple la première constitution de la formule indiquée. Remuer avec un agitateur de verre pour obtenir un parfait mélange.

Verser ensuite 30 cm3 de la solution B. Remuer avec l'agitateur. Introduire dans le bain 6 cm3 de la solution G. Remuer avec l'agitateur. Compléter avec 9 cm3 de la solution D. Remuer avec l'agitateur pendant quelques minutes.

J'appelle tout particulièrement votre attention sur ces agitations successives du bain avant l'introduction d'un nouveau constituant. Il importe que le mélange des différents produits soit rigoureusement fait. Les plaques qu'on immergera dans le bain se trouveront ainsi régulièrement attaquées.

S'il s'agit de plaques de 4,3 X 6, la cuvette étant plus petite, les constituants devront être introduits, toujours en nous servant du même exemple de formule, dans les proportions suivantes : Solution A 60 cm3 ; solution B 20 cm3 ; solution C 4 cm3; solution D 6 cm3.

Le bain étant ainsi constitué, on y plongera successivement les paniers d'immersion. On prendra ensuite, une à une, les plaques exposées, en ayant soin de les frotter vigoureusement avec le tampon de velours et de les blaireauter ensuite. Elles seront introduites, une à une, dans les rainures des paniers, et on imprimera successivement à chaque panier un petit mouvement de va-et-vient de bas en haut, pour détacher les bulles d'air qui auraient pu se former sur la surface des plaques.

Il est d'une bonne pratique que les plaques soient mises toutes dans le même sens, c'est-à-dire que la face gela-

tinée de l'une se trouve en regard de la face verre de l'autre.

La cuvette est ensuite revêtue de son couvercle, et l'on peut sortir du laboratoire et vaquer à d'autres occupations.

Des épreuves prises en été par un beau soleil, dans le plein du jour, atteindront leur maximum d'intensité dans un espace de temps variant entre deux heures et demie et Irois heures et demie, suivant les différents degrés actiniques des tons qui se trouvent dans le motif.

Des épreuves prises dans les mêmes conditions, en hiver, et développées à la température ambiante pourront exiger une immersion de quatre à cinq heures pour arriver au même résultat.

Dans les deux cas, la durée d'action du bain sera réduite d'au moins moitié si l'on emploie la dernière constitution de la formule, celle indiquée comme maximum.

Les épreuves pourraient, à la très grande rigueur, être laissées ainsi dans le bain pendant l'espace de temps indiqué. Toutefois, par des considérations de température, le brassage automatique du liquide pourrait se faire irrégulièrement au grand dam des épreuves qui présenteraient des stries. Aussi est-il préférable, une demi-heure après l'immersion totale, ou un quart d'heure dans le cas de la formule au maximum, de rentrer dans le laboratoire, de découvrir la cuvette et de retourner les plaques, en mettant en bas le côté primitivement en haut.

Suivant l'émulsion, même avec des plaques de même marque, l'image ne se présente pas toujours de la même façon: tantôt on ne la voit plus sur la surface gélatinée, et il faut suivre sa venue au dos de la plaque, où elle se montre de plus en plus nettement ; tantôt on la suit tout le temps de l'opération sur la surface gélatinée et l'on ne voit rien ou presque rien au dos. Dans tous les cas elle peut, pour ainsi dire, être suivie continuellement par transparence. Toutefois, lorsque le dos de la plaque sera uniformément gris et que les arêtes apparaîtront comme noircies, on doit, si l'on n'a pu suivre l'image d'une façon ou de l'autre, considérer le développement comme poussé à fond.

Il y a lieu de procéder aux opérations de l'achèvement du phototype, c'est-à-dire au fixage et à l'alunage.

LE DÉVELOPPEMENT ARTISTIQUE

Le mieux est de faire également ces opérations dans des cuvettes verticales. A leur défaut on peut se servir de cuvettes horizontales divisées en compartiments.

L'achèvement d'un phototype, dans les meilleurs conditions possibles pour la durée, la douceur, la pureté et l'éclat de l'image demande deux bains de fixage successifs et un bain d'alunage. Le premier bain de fixage débromure la plaque. Le second enlève l'hyposulfîte double d'argent qui a pu se former dans le premier et qui est une des causes de détérioration ultérieure. De plus, il continue à fond la débromuration et dégage les grands noirs de tout empâtement. Le bain d'alun réduit l'hyposulfîte dans une certaine mesure, éclaircit les grands blancs, enlève les légers voiles et tanne suffisamment la gélatine pour qu'on puisse se dispenser de vernir le phototype pour le protéger contre l'humidité. Il est bon de noter cependant que le bain d'alun rendrait très difficile, le cas échéant, les opérations consistant à renforcer ou à affaiblir le phototype.

Le premier bain de fixage se fait avec une solution aqueuse d'hyposulfite de soucie à 25 pour 100. Le second bain de fixage s'obtient en faisant une solution aqueuse d'hyposulfite de soude à 20 pour 100 à laquelle on ajoute 5 cm3 de bisulfite liquide pur par chaque 100 cm3 de la solution.

Le bain d'alun se compose d'une solution aqueuse d'alun de potasse à 6 pour 100, additionnée de 3 cm3 d'acide acétique cristallisable pour chaque 100 cm3 de la solution.

La plaque retirée du développement est rincée sous le robinet et mise dans le premier bain de fixage. Dans les grandes chaleurs, pour éviter un décollement possible, ce rinçage peut être remplacé par une immersion de cinq minutes dans de l'eau bien froide.

Sitôt que la grande couche laiteuse du dos a disparu, la débromuration est achevée. On remarquera qu'il reste presque toujours, au dos, une légère teinte opalescente qui persiste, bien que la débromuration soit complète. Elle -n'influe en rien sur la transparence du phototype. Alors la plaque est reprise et plongée sans lavage dans le second bain d'hyposulfite. Un lavage entre les deux bains aurait pour effet de rendre insoluble l'hyposulfîte d'argent formé dans la couche par le passage dans le premier bain. Il faut laisser la plaque

dans ce bain dix minutes au moins. Elle peut y être laissée davantage sans inconvénient, l'hyposulfite n'attaquant l'argent réduit par le révélateur qu'après plusieurs heures d'immersion. Après ce second fixage, la plaque est lavée et plongée pendant une dizaine de minutes dans le bain d'alun. S'il y avait, en été, trace de décollement, on pourrait diminuer la quantité d'acide acétique contenu dans le bain d'alun.

Aussitôt après on lave le phototype sous le robinet, jusqu'à ce que l'eau coule uniformément sur la gélatine sans former de stries, et on le met dans la cuve de lavage, où on l'y laisse à l'eau courante pendant une heure ou deux, ou cinq à six heures si on ne renouvelle pas l'eau de la cuve.

On procède alors, comme d'ordinaire, au séchage.

Il va de soi que si l'on peut développer un chargement complet de photo-jumelle dans le développement constitué comme il vient d'être dit, on peut également y développer un nombre inférieur de plaques. Toutefois, après développement, le bain ne pourra être mis en réserve pour une autre opération, attendu que les révélateurs très dilués ne se conservent pas. Donc, pour chaque opération, il faut employer un bain neuf.

Les posées se développent de la même façon que les instantanées. La durée d'immersion dans le bain de développement est moins longue, voilà tout. On peut donc, sans inquiétude, mettre dans le même bain toutes les plaques que l'on a exposées, quelle que soit la durée de leur exposition. Les moins exposées exigeront une plus longue immersion, les plus exposées une plus courte.

On remarquera cependant que Y apparition totale a lieu dès le début du développement, attendu que l'image se révèle en même temps dans toute l'épaisseur de la couche, ce qui est la principale cause de sa douceur, de son harmonie et de sa finesse. La venue totale consiste donc à surveiller et à ne pas dépasser un bon degré d'intensité, nécessaire au tirage des photocopies.

Si l'on ne veut pas laisser agir le bain d'une façon automatique, ce qui au point de vue de l'art est toujours préférable on fait, dans une cuvette horizontale, un bain semblable au premier, mais dans lequel il n'entrera que 80 cm3 d'eau de dilution au lieu de 3 litres environ. Alors dans ce second

LE DÉVELOPPEMENT ARTISTIQUE

bain, dit normal, on plongera la plaque dès Y apparition totale de l'image, et Ton continuera le développement comme on a l'habitude de le faire, par la méthode ordinaire.

Vous pouvez parfaitement, au lieu d'employer le pyrogallol carbonate, faire usage du pyrogallo-iconogène en remplaçant, dans les constituants du bain, les quantités indiquées pour la solution de sulfite de soude anhydre par égales quantités de la solution d'iconogène et en diminuant de moitié les quantités indiquées pour la solution d'acide pyrogallique. Du reste en suivant les règles que je vous ai tracées, il vous est facile de composer un bain lent avec le révélateur que vous voudrez.

Je terminerai en vous engageant à ne jamais développer vos instantanées qu'environ quarante-huit heures après les avoir prises. Les vibrations moléculaires de la matière sensible ne s'arrêtent pas ric-à-ric au moment où l'obturateur se ferme. Elles continuent pendant un certain temps encore.

Non seulement les instantanées traitées de la sorte sont remarquablement fouillées dans les ombres, mais leur point typique est de ne présenter aucun empâtement dans les noirs du phototype. Il en résulte, par conséquent, une harmonie beaucoup plus grande entre les ombres et les lumières, qui, par le fait même d'une courte impression seraient, sans cela, nécessairement heurtées. De plus vous arrivez ainsi à obtenir, en excellente valeur pour un bon tirage, tous les ciels et tous les effets de lumière qui accompagnent ou forment la base de vos motifs.

Ainsi, ce développement a cela de particulier qu'il conserve admirablement les ciels et tous les effets de lumière, et donne un phototype à la fois vigoureux et transparent, donc éminemment propre pour l'agrandissement. Or l'agrandissement est un des meilleurs moyens d'arriver à l'Art photographique.

LES TIRAGES ARTISTIQUES

Nécessité des tirages à la fois artistiques et indélébiles. Les papiers qui s'y prêtent le mieux. — Le gélatino-bromure d'argent. — Coup d'oeil sur les révélateurs à employer. — Le pyrogallol avec ou sans alcali. — Exposition. — Une palette d'un nouveau genre. — Développement artistique des papiers. — Fixage et lavage. — Virages à i'or. — Virages en couleurs aux i'errocyanures d'urane. — Virage noir au bichlorure de mercure. — Virages en couleurs à l'azotate de plomb. — Virage sanguine au cuivre. — Virages colorés des papiers au platine. — La kallitypie. — Doit-on employer la photocollographie?

Il ne suffit pas de constater que l'Art photographique existe, ni d'établir la pratique et l'esthétique générales de cet art. Pour être complet, je dois passer en revue, au moins succinctement, les meilleurs moyens que nous ayons pour atteindre à l'art. Tout d'abord notre attention doit se porter sur l'obtention d'épreuves à la fois artistiques et indélébiles. Ce dernier point a son importance, car il demeure, en effet, parfaitement indéniable que l'autour d'une œuvre quelconque doive chercher à la mettre autant que possible à l'abri des injures du temps.

Quel est donc le mode de tirage qui nous offre une souplesse assez grande pour nous permettre, par des moyens 'purement photographiques, d'obtenir l'épreuve artististique? Quel est donc le support d'images le plus apte à donner à notre œuvre la meilleure chance de durée? Eh bien! j'ai expérimenté tous les papiers dont nous disposons pour nos tirages — ils sont nombreux — et j'en suis arrivé à cette conclusion très nette : nous devons employer des papiers donnant une image latente dcvcloppable. En effet, si, avec un développement bien conduit, truque' même, on peut diriger comme on veut l'arrivée de l'image d'un phototype négatif, on pourra, par la même raison, diriger encore mieux celle de l'image d'une photocopie positive, puisque, pour celle-ci, nous aurons toujours été maître de lui donner la pose convenable, suffisante et nécessaire. Pour atteindre ce but, nous avons les papiers au platine, au charbon, aux gommes bichromatées et même, dans certains cas, au ferroprussiate.

LES TIRAGES ARTISTIQUES

J'en ai suffisamment parlé pour n'avoir pas besoin d'y revenir1. Mais il en est un que j'ai réservé, parce qu'en donnant à l'image pour le moins autant de stabilité que les précédents, il possède sur eux l'avantage primordial de se prêter à l'agrandissement direct. Or, nous allons avoir tout à l'heure à traiter de l'agrandissement, puisque j'ai affirmé que cette méthode présentait la meilleure voie menant à l'art. Nous devons donc étudier plus particulièrement ce papier qui est celui au gélatino-bromure d'argent.

Dans son ensemble complet , cette étude présente bon nombre de points : le révélateur; le développement; le fixage ; la nature de l'image formée ; ses changements de coloration par des virages aux sels d'urane, de fer, de cuivre, de mercure, d'or, de platine, etc.

Nous commencerons par le révélateur.

Bon nombre d'entre vous ont sans doute été, comme moi, étonnés et navrés en voyant que tous les fabricants de papiers au gélatino-bromure d'argent recommandent invariablement pour leur produit l'oxalate ferreux. En effet, quelques modifications que l'on apporte dans les dosages de ce révélateur, on ne modifie que très peu son action. De plus, il nécessite des lavages prolongés à l'eau acidulée. Ceux-ci, encore si abondants qu'ils soient, n'éliminent qu'imparfaitement les sels de fer contenus dans le papier. Or, ces sels jouent un rôle néfaste dans les opérations subséquentes des virages. L'hydroquinone reste dans l'espèce ce qu'elle est toujours : un révélateur brutal, peu maniable, donnant sec et celui qui, comparé à n'importe quel autre révélateur, donne le moins de détails dans les ombres. Le glycin se prête surtout aux reproductions. Le métol, le diamidophénol ou amidol, l'iconogène et le paramidophénol , se valent. Le chlorhydrate de paramidophénol me semble cependant se mettre au premier rang du groupe. Du reste nous les étudierons ultérieurement plus en détail. Pour l'instant, je me contente d'énumérer.

Dans cette nomenclature rapide, nous n'avons pas parlé de l'acide pyrogallique ? Seul le DrEder a, je crois, insinué, un jour, qu'avec ce révélateur les papiers étaient dévelop-

i. Voir : La Pratique en photographie.

pables. Personne n'y a pris garde ! Un révélateur qui jaunit les doigts et les phototypes, pensez donc comme il va jaunir le papier ! Erreur ! J'emploie le pyrogallol à longueur d'année et je déclare bien haut, aussi haut que ma tète peut en porter, qu'un développateur au pyrogallol bien composé reste parfaitement incolore pendant la durée de la révélation. Par conséquent, le développement ne saurait jaunir ni les doigts ni les phototypes. Ceux qui veulent bien suivre mes conseils apprendront vile que je ne les trompe pas, et ceux qui les ont suivi savent que mes affirmations sont toujours fondées sur mes propres expériences.

Ceci dit, j'ai cherché le meilleur mode d'emploi de l'acide pyrogallique pour le développement des papiers au gélatinobromure chargent. Je l'ai employé avec alcali et sans alcali, en opérant sur des papiers de la maison Morgan et Kidd. Dans les deux cas, papier et révélateur m'ont donné des images qui se recommandent par l'éclatante pureté des blancs et la profondeur veloutée des noirs. A telles enseignes qu'une épreuve développée au pyrogallol avec alcali et séchée sur verre dépoli joue, à s'y méprendre, les images données par le papier charbon-velours. Mais, n'oubliez pas ceci : pour arriver à ce point , il faut , comme avec les autres révélateurs , que la réduction de l'argent soit complète. Toutefois, quand elle ne l'est point, les demi-teintes fournies par le pyrogallol sont plutôt gris chaud que noir verdâtre.

Je fais les solutions suivantes :

Eau chaude ayant bouilli . . . 1,000 cm3.

Sulfite de soude anhydre . . . 150 grammes.

Solution A froide 100 cm11.

Acide pyrogallique 5 grammes.

Eau 100 cm3.

Carbonate de soude 15 grammes.

Carbonate de potasse 31,5 —

Pour une feuille 13 X18, vous prenez : Eau, 100 cm3 : solution A, 15 cm3 ; solution B, 5 cm3; solution G. 2 cm3, et vous y ajoutez 1 cm3 d'une solution de bromure de potas-

LES TIRAGES ARTISTIQUES

sium à 10 pour 100. Avec une pose exacte, le développement est complètement achevé en cinq minutes au plus.

Mais, toutes les fois que vous aurez à traiter très artistiquement une épreuve et que vous voudrez faire varier ultérieurement sa tonalité, je vous engage à composer le bain sans alcali de la manière suivante :

Eau 100 cm3.

Solution A 20 —

Solution B 10 —

Vous augmenterez la durée de la pose. Vous pouvez môme la doubler, ce qui est une grande latitude.

L'image tarde un peu à venir, puis se montre complète mais comme nébuleuse, et monte graduellement, sans la moindre chance de voile, jusqu'au point où vous voudrez l'arrêter. En effet, si l'image est destinée à des virages ultérieurs, il faut la tenir en dessous du ton final. Un développement complet demande de sept à dix minutes.

Pour me permettre de vous décrire, en une seule fois, toutes les opérations qui doivent nous conduire infailliblement à l'épreuve artistique, nous prendrons pour exemple un phototype négatif de paysage, très brillant, d'une bonne densité, présentant un beau ciel chargé de nuages et des avants-plans constitués par les verdures extra-sombres de quelques conifères. Le papier sera encore celui de la maison Morgan et Kidd, puisque c'est surtout avec lui que j'ai mené, pendant plusieurs mois , toutes mes séries d'expériences. Phototype et papier sont mis au clrassis-presse, puis bien et dûment exposés à la lumière du bec de gaz d'une lanterne munie d'un verre dépoli, pendant une durée variant de trente secondes à une ou plusieurs minutes suivant la densité du phototype employé.

L'exposition terminée, le verre rouge ou jaune remis sur la lanterne, vous prenez deux godets et deux pinceaux bien propres, puis aussi une cuvette remplie d'eau. Dans l'un des godets vous mélangez 100 cm3 d'eau à 2 cm3 d'une solution de carbonate (la solution C indiquée plus haut). Dans l'autre, vous mélangez 100 cm3 à 2 cm3 d'eau d'une solution de bromure de potassium à 10 pour 100. Un pinceau est mis dans chaque godet, et vous placez celui contenant le

carbonate à gauche de la cuvette d'eau et celui contenant le bromure à droite. Vous aurez ainsi ce que je nommerai votre palette.

Ges proportions sont absolument modifiables dans le sens que vous jugerez le plus convenable. Ce n'est là qu'une moyenne. En principe, des solutions faibles sont de beaucoup préférables, comme résultat, à des solutions fortes, bien qu'elles exigeront de vous un peu plus de temps dans leur emploi.

Vous remplirez alors d'eau pure votre cuvette à développement et vous immergerez la feuille de papier impressionnée que vous retirerez du châssis-presse. Pendant qu'elle s'y détrempe, vous faites, dans un récipient quelconque, le bain de développement sans alcali tel que je vous l'ai indiqué, et vous agitez vigoureusement le récipient pour obtenir un mélange parfait. Vous rejetez alors l'eau de la cuvette de développement. La feuille de papier reste collée au fond de la cuvette. Vous précipitez dessus le bain de développement et vous attendez la venue de l'image.

Comme je vous l'ai dit, celle-ci tarde un peu de venir, puis se montre complète, mais comme nébuleuse. En admettant même que vous n'ayez jamais tiré d'épreuves sur un papier quelconque, avec le phototype employé, vous vous rendrez facilement compte, à cette première apparition de l'image, des parties qui viendront trop vite et de celles qui viendront trop lentement pour une parfaite harmonie. Vous reversez le bain dans le récipient et, avec le pinceau trempé dans la solution de carbonate, vous touchez plus ou moins, suivant le besoin, les parties lentes et, avec celui trempé dans la solution de bromure, les parties rapides. Puis vous projetez sur le tout votre bain de développement mis de côté.

Il va de soi que vous pourrez recommencer l'opération autant de fois qu'il vous conviendra. Si même vous désirez avoir plus de temps devant vous, vous n'aurez qu'à diluer plus abondamment votre bain de développement.

Cependant, toutes les fois que vous aurez touché l'épreuve positive avec l'un des pinceaux, avant de recommencer un second contact, vous devez laver abondamment le pinceau employé dans la cuvette que vous avez placée entre les deux

LES TIRAGES ARTISTIQUES

verres. Autrement le liquide contenu dans le pinceau pouvant se colorer, vous risqueriez de teinter les parties touchées. Accident d'ailleurs qui peut également vous arriver si les solutions employées sont trop fortes.

Dans le cas du phototype que nous avons choisi, il vous est loisible ainsi, en conservant l'harmonie complète de l'image, de récupérer entièrement tous les détails de votre ciel et d'empêcher l'empâtement des verdures sombres de vos premiers plans. Vous pourrez encore, comme recours, employer un tour de main mis en vigueur pour le développement du phototype et qui consiste à incliner la cuvette pour ne faire agir le bain que sur certaines parties.

La seule chose qu'il y ait à craindre, dans ce mode de procéder, est de ne pas réduire également l'argent sur toutes les parties de l'image, et, par conséquent, de l'empêcher de présenter une franche tonalité noir brun. Yous n'avez aucun souci à avoir de ce résultat. Nous verrons, tout à l'heure, comment il nous sera facile, par voie de virage, de donner à l'épreuve finale une coloration harmonieuse et uniforme.

L'image, une fois venue à point, est légèrement rincée, puis immergée dans une cuvette à fixage contenant :

Eau 120 cm3.

Solution d'hyposulfite de soude à 50 pour 100. 80 — Solution de bisulfite de soude du commerce à

37° Beaumé" 10 —

Vous laissez séjourner l'épreuve dans ce bain pendant le temps que vous mettez à développer une seconde épreuve. Vous la retirez alors pour la mettre, sans la laver, dans une seconde cuvette à fixage, contenant un bain semblable au premier. Ce double fixage a pour but de débarrasser l'image de l'hyposulfite double d'argent, qui est une des vraies causes de détérioration des épreuves en dehors des colles et des cartons. J'appelle votre attention sur le : sans la laver. Le lavage, en eifet, rendrait insoluble l'hyposulfite d'argent et par conséquent le second bain inefficace.

Vous procédez alors au développement de la troisième image, Quand elle est à point, la première est mise dans la cuve à laver, la seconde est immergée dans le deuxième

bain de fixage, et la troisième dans le premier bain de fixage.

Un lavage d'une heure à l'eau courante est amplement suffisant. Les épreuves sont alors égouttées et suspendues pour sécher.

On obtient des résultats analogues en opérant de même avec le développement que j'indique au chapitre suivant : les agrandissements .

H est bon, en été surtout, d'opérer avec de l'eau très froide, pour les fixages et les lavages afin d'éviter tout soulèvement de la gélatine. Je ne saurais, en effet, vous conseiller l'emploi d'un bain d'alun. 11 est nuisible, toujours, pour les virages ultérieurs, et nous pouvons avoir besoin de ces virages pour achever notre œuvre ou certains effets spéciaux.

Dans le cas, par exemple, que je viens de signaler, celui où toutes les parties de l'image ne présentent pas une tonalité égale partout, vous pouvez récupérer le ton noir général par un virage à l'or. Toutefois, tous les bains de virage à l'or ne virent pas des épreuves qui ont été préalablement fixées. Ce qui est le cas des nôtres. Ceux contenant du sulfocyanure d'ammonium permettent seuls d'atteindre ce but. Plus ils contiennent de sulfocyanurc, plus le ton noir de l'image sera bleuté. Une proportion de 4 pour 100 de sulfocyanurc est une bonne moyenne. Donc vous aurez un bain suffisamment énergique avec :

Eau distillée 1,000 cm3.

Sulfocyanure d'ammonium .... 40 grammes.

Chlorure d'or 1 —

L'épreuve une fois sèche est remise à tremper deux ou trois minutes, puis plongée dans le bain de virage. Elle peut exiger, pour atteindre le ton voulu, de un quart d'heure à trois quarts d'heure. Cette durée dépend de causes difficiles à déterminer: état de l'argent réduit, température, etc., etc.. Quand ce virage est achevé, il faut fixer de nouveau et laver abondamment.

Nous pouvons encore obtenir de beaux tons noirs, surtout si l'image est un peu faible, en employant le renforcement

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