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LES PROJECTIONS

vaient absorbés et ne venaient plus agir, en retour, sur la surface sensible. Donc, la photocopie diapositive gagnera, du coup, en transparence, en brillant et en finesse.

Cet anti-halo formé de parties égales d'ocre rouge et d'eau, d'une demi-partie de dextrine et d'un dixième de partie de glycérine, s'étend, sur le dos de la plaque diapositive, avec un large pinceau et en évitant de former les stries.

Pour ne pas maculer votre châssis-presse avec de l'antihalo qui ne sèche pas instantanément, prenez donc un morceau de papier buvard rouge, et appliquez-le au dos de la plaque recouverte dudit anti-halo.

Ceci fait, introduisez votre phototype dans le châssis, gélatine en dedans, mettez dessus la plaque ocrée, gélatine contre la gélatine du phototype, refermez votre châssis et glissez-le dans votre poche.

Enlevez alors le verre rouge et, à 1 mètre du verre dépoli blanc, présentez votre châssis à la lumière, durant un temps qui variera entre 45 secondes et 2 ou 3 minutes, suivant l'intensité du phototype employé. Nous reparlerons, tout à l'heure, de la durée de l'exposition.

L'exposition terminée, glissez de nouveau votre châssis dans votre poche, replacez le verre, rouge ou jaune, dans les glissières de la lanterne et enlevez tout d'abord l'anti-halo. C'est la chose du monde la plus simple. Avec les doigts vous arrachez la feuille de papier buvard, puis de la main gauche, vous prendrez la plaque et vous la tiendrez horizontalement, gélatine en l'air, au-dessus d'une cuvette remplie d'eau. Avec un chiffon ou une éponge, constamment retrempé dans cette eau, vous enlèverez la mixture, vous essuierez avec un linge fin et vous immergerez la plaque, parfaitement propre, dans le bain de développement. C'est certainement beaucoup moins long à faire qu'à indiquer.

Quel est le révélateur employé?... Tous ceux, en somme, qui servent au développement du phototype. Cependant, comme il s'agit ici d'une épreuve transparente, ceux qui laisseront le plus de transparence aux noirs de l'image devront être préférés. Dans tous les cas, il sera bon que le bain de développement que Ton forme avec l'un quelconque des révélateurs pour les phototypes, soit, pour les photocopies diapositives, assez sensiblement additionuné 4'eau.

Puisque je vous ai indiqué de préférence pour les phototypes le développement l'acide pyrogallique, prenons l'acide pyrogallique pour le développement des diapositives. Les solutions seront les mêmes que celles déjà données au chapitre du développement artistique, sous la rubrique : pyrosulfite carbonate.

Mettez dans la cuvette 40 cm3 d'eau, 16 cm3 de la solution de sulfite de soude, 4 cm3 de la solution d'acide pyrogallique, 2 cm3 de la solution de bromure à 10 pour 100 et 3 cm3 de la solution de carbonate. Toutefois, j'estime préférable, pour des raisons dont nous aurons à parler tout à ' l'heure, que la solution de bromure soit faite avec du bromure d'ammonium au lieu et place du bromure de potassium.

Quand l'image est très nettement visible au dos de la plaque, dans toutes ses parties, vous pouvez considérer le développement comme poussé à fond, et par conséquent fixer, comme à l'ordinaire, dans un bain neutre d'abord, dans un bain acide ensuite. Le renforcement étant pratique mauvaise en matière de projection, et comme mieux vaut toujours recommencer une épreuve qui aurait besoin d'être renforcée, vous pouvez, sans inconvénient alors et même avec avantage, passer la diapositive dans un bain d'alun.

Avant d'aller plus loin, je vais aborder les deux points que j'ai laissés en réserve : c'est-à-dire la durée d'exposition et l'emploi du bromure d'ammonium de préférence au bromure de potassium. Au demeurant les deux questions sont connexes.

La durée de l'exposition a une grande influence sur la valeur finale de l'image. En général, les manuels de projection enseignent qu'il faut faire cette durée d'exposition la plus courte possible. Dans quel but? Pour obtenir des épreuves dépourvues de tout voile, donc brillantes et limpides. Mais à ce jeu-là on court les risques de constater que les diapositives ne présentent pas les demi-teintes légères du phototype, ou si elles les présentent, ce sera avec une si mince épaisseur qu'elles seront trop vivement transpercées par la lumière de la lanterne et ne donneront pas sur l'écran récepteur de traces suffisamment sensibles. De là, cette impression, presque constante, que nous donne la projec-

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tion : Images formées de noirs et de blancs qui ne sont pas reliés entre eux par des modelés suffisants. Impression bien faite pour permettre à tous ceux qui ont le plus petit sentiment artistique de déclarer que la projection n'est qu'un vulgaire effet de lanterne magique. De fait, avec cette méthode d'exposition courte, les meilleures œuvres perdent à la projection le meilleur de leurs qualités.

Or pourquoi une exposition courte empêche-t-elle le voile et donne-t-elle des diapositives brillantes? Parce qu'elle ne laisse pas à l'irradiation photographique le temps de se produire. Mais nous avons vu que nous pouvions justement empêcher l'irradiation par l'emploi de l'anti-halo. Donc si, avec l'anti-halo, l'irradiation ne se produit pas, nous pourrons augmenter sensiblement la durée de l'exposition, avec la certitude de conserver nos diapositives sans voile, brillantes et limpides. Par conséquent nous pourrons aussi obtenir, sur lesdites diapositives, les teintes les plus menues du phototype en valeur telle que la lumière de la lanterne ne les absorbera pas, et qu'elles apparaîtront très nettement sur l'écran récepteur.

C'est sur cette augmentation de la durée d'exposition que vous devez porter toute votre attention. A durée courte, deux diapositives d'un même phototype sont sensiblement égales en valeur, que l'une ait été recouverte d'anti-halo et que l'autre n'ait pas subi cette opération. Augmentez la durée : Vous verrez cette égalité disparaître et devenir la plus parfaite des dissemblances.

Donc, l'anti-halo nous permet d'augmenter franchement durée de l'exposition et l'image finale s'en présente plus parfaite.

C'est quelque chose, beaucoup même, pas tout cependant. La durée a encore une influence très caractérisée sur la coloration de l'argent déposé constituant l'image diapositive. Cette coloration se montre toujours variable d'un phototype à l'autre. Vous savez que même dans le tirage des photocopies sur papier, même avec le secours d'un virage à l'or, le ton final de l'image dépend beaucoup du ton du phototype employé1. Cette variation se présente encore plus sen-

t» Voir : La Pratique en photographie*

sible dans les photocopies obtenues par développement. Ce qui est le cas des photocopies diapositives.

Donc, modification de la teinte finale suivant le phototype employé, modification aussi suivant la durée de l'exposition, et nous sommes très maîtres, avec l'anti-halo, de

Lanterne de projection avec bec Auër.

faire varier celte durée. Employons par exemple une plaque pour diapositive, dite à tons noirs, donnons à l'exposition une durée nécessaire et suffisante, l'image positive se présentera en tons noirs. Répétons la même expérience dans les mômes conditions, mais décuplons la durée de l'exposition, ce que nous pouvons tenter sans crainte avec l'antihalo : l'image positive apparaîtra en tons rouges, tons qu'elle gardera si on ne la laisse dans le bain d'hyposulfite que le temps strictement nécessaire pour la débromuration. Il est, en effet, bon de remarquer que si nous prolongeons l'immersion dans le bain d'hyposulfite, l'image, roupie par

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excès de pose, tendra à revenir à la coloration noire. Je suis obligé d'avouer humblement que je ne connais pas de théorie expliquant ce phénomène. Il reste donc, pour l'instant, un simple fait d'observation.

Et maintenant que, dans l'un ou l'autre cas, nous prolongions la durée du développement, en diluant le bain et en lui ajoutant de fortes doses de la solution de bromure, la coloration de l'image tendra de plus en plus vers les tons chauds, embrassant toute une gamme allant du noir jus-

Châssis pour projections.

qu'au rouge cerise, en passant par la sépia naturelle, la sépia colorée et la terre de Sienne brûlée. J'irai plus loin. Les variations de cette gamme se trouvent encore multipliées — au moins dans le cas du développement à l'acide pyrogalliquc — quand le bain de développement contient de l'ammoniaque, soit qu'on emploie celle-ci comme alcali au lieu et place des carbonates de soude et de potasse, soit que l'on substitue à ceux-ci ou à l'un de ceux-ci du carbonate d'ammoniaque, soit encore que l'on remplace le bromure de potassium par du bromure d'ammonium.

Dans ce dernier mode de procéder, notre odorat constate la présence de l'ammoniaque dans le bain, ammoniaque provenant de la décomposition du bromure d'ammonium.

Gomme l'ammoniaque est un agent de développement poussant au voile avec la plus grande facilité, dès qu'il

dépasse certaines limites dans le bain, je préfère, pour ma part, agir avec le bromure d'ammonium, sûr ainsi de ne pas dépasser ni même d'atteindre ces limites.

Yoilà les moyens très faciles et très certains d'obtenir par le développement et par la durée de l'exposition de superbes diapositives à tons chauds.

Au demeurant, les colorations de l'image finale peuvent encore être modifiées par des virages à l'or ou aux ferrocyanures d'urane. Vous n'avez qu'à employer toutes les méthodes que j'ai indiquées pour le papier au gélatino-bromure d'argent dans le chapitre des tirages artistiques.

On peut encore, manuellement, transformer la coloration monochrome en colorations polychromes. Toutefois, dans l'état actuel des choses, c'est-à-dire avec l'emploi du gélatinochlorure d'argent, on ne saurait se servir sûrement de l'aquarelle avec des couleurs à la gomme ou à l'albumine. Autrefois, avec des plaques au collodion ou à l'albumine, l'aquarelle demeurait possible : avec la gélatine, il surgit de grosses difficultés. Dès que l'eau se trouve en contact avec elle, il se forme presque invariablement des ampoules qui gênent et compromettent le travail. Je préfère donc vous conseiller d'opérer avec des couleurs au vernis. Il va de soi que vous vous adresserez, dans l'espèce, à des couleurs éminemment transparentes. Une demi-douzaine de couleurs primaires suffisent. Voici, cependant, l'indication d'une palette très complète :

Indigo — Bleu de Prusse — Terre de Sienne naturelle — Terre de Sienne brûlée — Brun garance — Laque jaune de Gaude — Orange de Chine — Rose d'Italie — Rose brun — Rose garance — Carmin cochenille — Pourpre garance — Laque cramoisie — Teinte neutre — Noir d'ivoire — Bitume de Judée.

Vous pouvez prendre ces couleurs en poudre, les broyer à l'essence et les délayer avec un beau vernis blanc, vernis copal additionné d'essence de térébenthine, par exemple, c'est ce qu'il y a de mieux, ou bien encore vous pourrez vous servir des couleurs en tubes, vendues toutes préparées dans le commerce pour la peinture à l'huile. Vous les délaierez, bien entendu, avec du vernis.

La diapositive doit être plutôt teintée que coloriée, en

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une touche franche mais sobre qui ne puisse, dans aucun cas, enlever le moindre détail à la photocopie. Pour être sûr d'un meilleur rendement sur l'écran de projection, je vous conseille de vous livrer à ce travail le soir seulement, en mettant derrière le verre dépoli du pupitre à retouche, sur lequel vous travaillerez, la lumière dont vous devez vous servir clans la lanterne de projection ou travailler sur l'abatjour opale d'une suspension. Vous aurez ainsi en valeurs et en nuances, les teintes telles qu'elles se présenteront sur l'écran de projection.

Gardez-vous de la poussière. C'est Fennemie jurée de toute peinture au vernis. Elle s'attache à lui avec une facilité désespérante. Invisible à l'œil, elle revêt sur l'écran de projection des proportions désastreuses.

La diapositive obtenue, il faut la monter. Il y a nécessité absolue pour que l'épreuve soit à l'abri de tous les éraillements et puisse être manipulée sans danger. Ce montage consiste à poser sur le côté gélatine un cache de papier noir, fenestré à la demande du motif, c'est-à-dire présentant le meilleur encadrement pour une bonne esthétique. Sur ce cache vous posez un verre mince, blanc et d'une pureté irréprochable, puis vous réunissez immuablement les deux verres, en collant sur leurs rebords une bande de papier noir ou de taffetas gommé.

Lorsqu'on montre à un groupe d'amis ou à un public de conférence des vues projetées sur un écran, il arrive, je puis dire invariablement, de petits accidents qui amènent les spectateurs à rire aux éclats et surexcitent les nerfs de l'opérateur dépité de manquer son effet. Le plus commun de ces accidents est le renversement de l'image. Tout à coup, nous voyons apparaître sur l'écran des personnages, têtes en bas et jambes en l'air, des inscriptions à l'envers, des objets qui, manifestement devraient être à droite et qui se trouvent à gauche. Celui qui regarde peut encore s'amuser, mais celui qui montre no s'amuse plus du tout. Ne s'agit-il pas de son œuvre, par conséquent d'un certain point d'honneur à la bien montrer, à la faire valoir de prime coup. Rien de plus aisé de parer à ces accidents. Soumettez-vous aux résolutions des Congrès photographiques, c'est-à-dire à coller au bas du cache et à droite un petit disque de papier

blanc. Au-dessus de ce disque, collez également sur le cache une petite bande de papier, formant ainsi un I pointé et renversé, et inscrivez sur cette bande la désignation du motif que représente la photocopie. Sur la bordure opposée

Coloriage des photocopies diapositives.

du cache collez encore une autre bande portant le nom de l'auteur du motif. Ce sera seulement lorsque toutes ces choses seront faites que vous achèverez de monter la diapositive par l'apposition du verre protecteur et le collage des bandes sur les rebords.

Encore un mot à ce sujet. Les épreuves de projection.

LES PROJECTIONS

constituent le plus souvent des séries dont les images doivent être mises, dans un certain ordre, sous les yeux des spectateurs. On se donne la peine de les classer soigneusement. Ce classement prend un certain temps. L'opérateur chargé du maniement de la lanterne le boulverse presque toujours de fond en comble. Voici un moyen simple et pratique d'obvier à cet accident.

Après classement, les épreuves sont tenues verticalement les unes contre les autres, en paquet. On trempe alors un

Le multi-saturateur de M. Molteni.

pinceau dans de la gouache blanche et l'on trace un large trait allant du coin gauche de la première photocopie de la de la série au coin droit de la dernière. Ce trait sera aisément visible dans l'obscurité relative d'une pièce de projection. Or, comme il a été tracé en diagonale et qu'il passe sur la tranche de chaque épreuve en un endroit différent, la discontinuité de la ligne fera ressortir, au premier coup d'œil, toute interversion produite dans la série. En reconstituant la diagonale on rétablira l'ordre. Ce moyen de vérification présente encore l'avantage de ne jamais obliger l'opérateur à recommencer le travail minutieux du classement.

Maintenant que vous voilà en possibilité de vous nantir d'autant de belles épreuves diapositives que vous aurez de

beaux phototypes, il ne vous reste plus qu'à tendre sur la muraille un bel écran de calicot d'une blancheur immaculée, encollé ou non, avec addition de blanc d'Espagne. Il importe peu si la trame du calicot est fine et serrée -

Montage des tableaux pour projections.

Quand je dis, il ne vous reste plus, je me trompe car il vous reste encore à allumer la lanterne.

Si vous avez le gaz à votre disposition vous pouvez alors remplacer l'infâme lampe à pétrole à quatre ou cinq mèches, qui empuantit les invités et enfume les lambris dorés des salons par un simple bec de gaz Auër. Il suffit pour cela de se procurer un support, que l'on trouve dans le commerce, pour adapter ledit bec à ladite lanterne. L'éclairage sera au minimum égal à celui donné par la lampe à pétrole. A mon avis même, je le tiens pour supérieur. Dans tous les cas plus de réglage à faire, plus d'enfumement de lambris

LES PROJECTIONS

ni de tableaux, plus d empuantissement des invités, plus de chaleur congestionnante pour le lanterniste.

Désirez-vous une clarté plus grande, vous emploierez la lumière de Drumond dans laquelle le gaz se combine avec l'oxygène. Au cas où vous tiendriez à cette lumière et que vous ne possédiez pas le gaz, vous pourrez remplacer celui-ci par l'étker, en employant, sans le moindre danger, le multisaturateur Molteni.

Quant à l'électricité, je n'en parle pas. Peu d'amateurs l'ont à leur disposition, mais lorsqu'ils ont le bonheur de l'avoir rien ne saurait la remolaccr.

LA PHOTOSTEREOGRAPHIE

Un moyen d'art pour les petites épreuves conservées en vraie grandeur. — La vision binoculaire. — Excellence des chambres noires à main. — De l'écartement des deux objectifs. — Dimension des plaques à employer. — Comment se présentent les images sur une seule et même plaque. — Nécessité de les transposer. — Châssis transposeur. — Le stéréoscope inverseur. — Montage des photocopies diapositives.

Un des bons moyens d'art, surtout lorsqu'il s'agit de petites épreuves que l'on veut conserver dans leur vraie grandeur, est la photostêréographie.

Parmi les questions physiologiques très délicates qui dessinent leurs arabesques de points d'interrogation autour de la nature humaine, les phénomènes de la vision binoculaire ne sont pas les moins importants. Chacun de nos yeux formant une chambre noire spéciale, possède un axe optique particulier. Quand nous regardons un objet les deux axes se dirigent à la fois vers ce même objet. Il va de soi, d'une part, que si l'objet est très rapproché, les axes forment un angle assez grand qui diminue à mesure que l'objet s'éloigne jusqu'au point de devenir nul au moment où l'objet atteint l'infini. D'autre part, nos yeux, à cause de leur position respective et de leur distance mutuelle, regardent forcément de deux stations différentes et ne voient pas exactement le même objet sous le môme aspect. Pourtant nous n'avons pas la sensation de ces deux actions distinctes. Les impressions s'accordent et ne nous signalent qu'un seul et même objet.

C'est là un phénomène physiologique, analogue à celui qui nous fait paraître droites les images renversées que reçoit notre rétine. Toujours est-il que la vision binoculaire existe et qu'on ne saurait la nier. Que l'on ferme alternativement un œil, puis l'autre, en visant le même objet, on se convaincra de plus que, s'il existe deux impressions, elles sont en outre essentiellement différentes, et que ces

LA PHOTOSTEREOGRAPHIE.

différences dépendent de la distance qui sépare l'objet du spectateur.

Ce défaut d'identité dans les impressions, remarqué depuis longtemps déjà par un de nos maîtres qui savait voir, Léonard de Vinci, a été rappelé et démontré, ce siècle-ci, par M. Wheatstone. Une expérience très simple donne facilement la preuve de leurs assertions. Regardez avec un œil seulement un objet placé très près d'an mur. L'objet et le mur paraîtront presque en contact. Au bout de quelques minutes ouvrez brusquement l'autre œil. L'objet semblera se détacher tout à coup et vivement du mur. On aura immédiatement la sensation d'un espace libre existant entre l'objet et le mur. Il y aura relief. Donc le relief s'accuse par la vision binoculaire, c'est-à-dire par deux perspectives juxtaposées d'un même objet. C'est la base du stéréoscope, instrument qui permet de placer sous les yeux d'un observateur deux perspectives d'un même objet, de façon qu'elles se fondent et ne nous donnent que la sensation d'un même objet très accentué en relief.

L'exactitude nécessaire entre ces deux images ne peut s'atteindre dans le dessin direct que par une application mathématique des lois de la perspective. Aussi est-il tout naturel qu'on ait cherché à l'obtenir par la photographie. De là la chambre noire stéréoscopique, c'est-à-dire munie de deux objectifs disposés de telle sorte, qu'ils constituent, pour ladite chambre noire, une véritable vision binoculaire.

Les images obtenues ainsi, placées dans un stéréoscope, ne peuvent manquer de nous donner l'impression de l'enveloppement atmosphérique. Aussi ne me semble-t-il pas douteux que la photographie stéréoscopique ne soit, aussi bien au point de vue de l'amusement que de l'art, un des termes de la photographie de l'avenir en tant que petites épreuves conservées en vraie grandeur.

La difficulté consiste à obtenir des objectifs rigoureusement bien appariés, écartés d'une façon rationnelle, pouvant être obturés exactement dans les mêmes conditions de temps et dans les mêmes parties à la fois. Ajoutez encore que pour obtenir le mieux dans les effets de lumière ou de mouvement, il faut que les constructeurs adaptent ces objectifs à

des chambres à main permettant l'instantanéité et la mise au point immédiate.

Depuis quelque temps la question s'étudie chaque jour et déjà s'accroît le nombre des chambres noires à main stéréographiques et pratiques.

Toutefois on n'est pas encore nettement d'accord en ce qui concerne l' écartement des deux objectifs. La longueur de cet écartement présente, en effet, toutes les proportions d'une question capitale. L'écart moyen des yeux de l'homme mesure 0m,065 à 0m,070. Il semblerait donc tout naturel que les épreuves stéréoscopiques dussent être faites avec des objec-

Effet de la vision binoculaire.

tifs présentant ce même rapport dans leur écartement et possédant une distance focale proportionnée au grossissement du stéréoscope employé pour regarder ces épreuves. Toutefois cette vérité stricte ne nous donne pas toujours entière satisfaction. Gomme dans toute question d'art il faut allier, dans une certaine mesure, la réalité rigoureuse avec un peu d'exagération dans un sens ou dans l'autre. Ces sortes de compromissions s'imposent presque constamment à l'artiste. Or, enphotostéréographic d'aucuns se refusent à admettre un écartement des objectifs supérieur à celui des yeux de l'homme, soit donc 0m,065 à 0m,070. D'autres, au contraire, sous prétexte d'augmenter l'effet de relief réclament un écartement beaucoup plus grand. Quelques-uns vont même jusqu'à demander à cet écartement de varier proportionnellement à la distance qui sépare les objectifs du sujet à reproduire !

A mon sens, les uns et les autres se trompent. Je ne saurais trop le répéter, la loi du juste milieu doit toujours primer toutes les autres en matière d'art. A quoi bon demander

LA PHOTOSTÉRÉOGRAPHIE.

un écartement variable suivant l'éloignement du sujet? La vision binoculaire normale superpose, sans différence appréciable, tous les objets situés au delà de 200 mètres. Le

Chambre photosléréographique Monti. — Ouverte.

relief ne peut plus exister. Pourquoi chercherions-nous à donner aux lointains de notre œuvre un effet stéréoscopique que notre vision n'est pas habituée à percevoir? D'ail-

Cliambre photostereographique Poulenc.

leurs la photostéréographie, comme le stéréoscope dont elle relève, convient réellement aux sujets rapprochés ou tout au moins dont les premiers plans se trouvent à quelques mètres seulement de l'opérateur, Voilà un principe qu'on

devrait écrire en grosses lettres sur le verre dépoli de la chambre noire afin de ne pas le perdre de vue dans le choix du motif.

Du reste, pour en finir avec cette question, l'expérience démontre que les meilleurs résultats sont obtenus avec un écartement des objectifs n'excédant pas les deux tiers de la distance focale de ceux-ci. Or si l'on considère : 1° que la distance moyenne de la vue distincte est de 0m,30; 2° qu'une épreuve n'est vue clans ses proportions vraies qu'autant qu'on la regarde d'une distance égale à la longueur focale de l'objectif qui a servi à l'obtenir; 3° que l'effet grossissant

Stéréoscope de Brewster.

des lentilles du stéréoscope est d'environ 2,5, on en déduit cette conclusion : Pour obtenir des épreuves photographiques conformes aux règles de la perspective nous devons employer des objectifs présentant une distance focale de 0m,30 : 2,5 = 0m,12. Un léger excès en plus ou en moins demeure admissible sans compromettre le résultat, puisqu'il n'est tenu compte, dans ce calcul, que d'une moyenne de la vision. En effet, des objectifs de 0n,,10 répondraient à une vision de 0ra,25; d'autres de 0m,14 à une vision de 0m,35. Or, 0m,25 et 0m,35 peuvent être considérés comme les deux points extrêmes delà vision distincte; par conséquent 0m,10 et 0m,14 comme les deux points extrêmes de la distance focale des objectifs destinés à la photostêréographie. Donc en prenant les deux tiers des objectifs moyens, nous devons avoir entre les axes des objectifs un écartement * de

LA PHOTOSTEREOGRAPHIE.

0m,12 : 2/3 = 0m,08, ce qui dépasse de peu l'écartement maximum des yeux humains. Mais retenez-le bien : On ne saurait, au point de vue de la vérité ni de l'art, le dépasser beaucoup plus, soit par exemple, 0m,09 pour allier, dans une bonne compromission, la réalité rigoureuse avec une exagération restant artistique.

Quant aux dimensions des plaques à employer en photostéréographie, on peut admettre sans grand inconvénient celles qui mesurent 9x18. Alors, dans ce cas, j'admettrai encore, comme je viens de le dire, que l'on force encore un peu l'écartement des objectifs pour le porter à 0m,09, pour que chaque objectif soit nettement au centre de l'élément correspondant. Les résolutions du Congrès de 1891 fixent, en effet, à 0m,085 sur 0m, 170 le format des épreuves montées. Elles adoptent les dimensions 0m,066 sur 0,n,070 pour les vues élémentaires comprenant, par leur réunion, l'épreuve stéréoscopique, en laissant entre ces vues un intervalle de 0m,004 de façon à obtenir un écartementde 0m,070 pour les centres des deux images. Avec la grandeur maxima 9x 18, toutes ces dimensions peuvent être obtenues sans un sacrifice par trop considérable d'une partie de l'image.

Ceci posé, voyons comment ces images se présentent dans l'appareil photostéréographique. Prenons des bateaux en pleine mer. Notre figure 1 nous les montre tels qu'ils apparaissent à nos yeux. L'image 1 marquée G est vue par notre œil gauche ; l'image 2 marquée D par notre œil droit Chaque objectif de la chambre photostéréographique renverse l'image qu'il reçoit. Par conséquent les images seront perçues sur le verre dépoli, ainsi que l'indique la figure 2. Nous devons remarquer toutefois que l'image perçue ne se trouve pas absolument identique à l'image reçue. La glace sensible se substituant à la glace dépolie, l'image sera, en effet, reçue en avant du verre sur la face gélatinée. Il faudra, pour avoir réellement cette image, et l'avoir redressée, rabattre de haut en bas la plaque sur son grand axe inférieur. Les bateaux nous apparaîtront alors avec leur proue dirigée vers la droite, alors que dans la perception directe elle est dirigée vers la gauche. Mais si nous rabattons de nouveau la plaque, en la faisant pivoter cette fois de droile à gauche sur son petit axe, nous la percevrons par trans-

parence et telle quelle sera sur la photocopie positive, comme l'indique la figure 3. Nous voyons que les images

Châssis transposeur de M. Ch. Monti.

en ayant été renversées dans la chambre noire ont été aussi transposées. En d'autres termes, la vue de gauche G nous

Châssis transposeur de M. Ch. Monti.

apparaît de face comme étant l'image perçue par l'œil droit ; la vue de droite D comme étant celle perçue par l'œil gauche. Pour que ces images se retrouvent dans leur posi-*

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