‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 101 sur 122 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

une main lourde d'ouvrier s’est appliquée à donner seulement la parodie de ce sentiment indéfinissable que dégagent les choses vraiment belles et vraiment inspirées. Tous les chefs-d’œuvre connus, en poésie, en musique, dans les arts plastiques, ne sont chefs-d’œuvre que parce que leurs auteurs ont su faire partager à autrui ce qu’euxmêmes ont éprouvé en les enfantant. La beauté froide, correcte ou habile, à fleur de peau, est incompatible avec les œuvres de cette sorte. Les Sept Chefs devant Thèhes, la Divine Comédie, Macbeth, la Descente de croix, la Joconde, le Jugement dernier, sont des œuvres émues. Cette émotion, c’est la flamme, la flamme qui ne s’éteint jamais; là où elle ne brûle pas, il n’y a que cendre et néant.

Giordano avait, pour tout de bon, couché l’art espagnol dans la tombe, et il en avait scellé la pierre solidement. Pendant un long siècle, démesurément vide, les voix qui l’appellent restent sans écho ; l’ombre s’est faite partout, morne et silencieuse, sous le ciel où sa chaude lumière a disparu. Le sol ne donne plus aucun fruit : une stérilité immense le désole. Quand on a besoin d’un peintre, on le fait venir de France; car c'est de la France à présent, non plus de l'Italie, que vient toute lumière. René et Michel Flouasse y transplantent le style pompeux de Le Brun. Un peu plus tard, vers 17^4, le roi Philippe V, désirant faire exécuter chez lui un certain nombre de portraits et de travaux décoratifs, se garde bien de chercher autour de lui : il ne trouverait rien; il s’informe, et demande qu’on lui expédie quelqu’un de Paris, le premier venu, n’importe qui... Michel Van Loo, le neveu de Carie Van Loo, arrive à Madrid; il est inconnu, mais il a de bonnes recommandations ; autant lui qu’un autre. Il se met à l’ouvrage, et l’on est si satisfait de son travail, dont personne en Espagne n’eût été capable, qu’on le garde. Il reste à Madrid pendant vingt-six ans, jusqu’en 1760! Et il ne s’en retourne que parce que Philippe V est mort, et qu'on désire sans doute changer de peintre en même temps que l’on change de roi.

On change de peintre, en effet, sans perdre un instant, tout de suite... On appelle Raphaël Mengs !

Michel Van Loo avait apporté avec lui le langage à la mode des

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