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CROQUIS PRIS A TOLEDE par Franz Meerts.
et vaincus; des analogies frappantes subsistent dans la plastique, dans la physionomie, dans les allures. L’Andalousie, bien plus que les provinces du Nord, se ressent de ces alliances, et bien des coutumes se sont conservées dont l’origine remonte jusqu’à elles. Les chants et les danses andalous ont très exactement le caractère et la couleur des chants et des danses arabes, leurs rythmes, leurs accents mélancoliques et monotones. Les salons cantantes de Séville ne diffèrent pas beaucoup des cafés de Tanger pour ce qu’on y entend, sinon pour ce qu’on y voit. La civilisation européenne a simplement vêtu les chanteurs de pantalons collants, et les chanteuses de robes à la dernière mode de Paris.
Souvent aussi les chants ont une sauvagerie capiteuse, toute locale, faite de sons gutturaux, de gargarismes rudes, de modulations exaspérées, avec l’accompagnement habituel de claquements de mains, en guise de casta-.
gnettes, et de cris furieux : Olle !
Anda ! Gracia ! à perdre haleine , tandis que le danseur, rein cambré et jarret tendu, se tortille en des poses équivoques, et que la danseuse, provocante, le ventre en avant, la lèvre rouge, tournoie, époumonée.
Dans ces rendez-vous de chaque soir, que le cosmopolitisme n’a pas respectés et d’où tend même à disparaître peu à peu la piquante saveur des choses originales, tout n’est pas pur, hélas ! d’alliage suspect ; la guitare se compromet souvent en de singuliers commerces de chansonnettes et de refrains parisiens, et volontiers confondrait-on le Jaleo national avec la gigue anglaise, si l’on ne retenait quand même ses illusions prêtes à s’envoler. Mais il faut savoir chercher, il faut aller chez le peuple, dans ses réunions et dans ses fêtes à lui, loin des grandes agglomérations urbaines, pour découvrir cette originalité qui nous séduit. Là, dans les faubourgs peuplés de gitanos, à Triana,
CROQUIS PRIS A TOLÈDE par Franz Meerts.
L’ART ESPAGNOL
près de Séville, et sur F Albaycin, près de Grenade, voire même en pleine ville quelquefois, dans les coins obscurs où des aveugles, implorant la caritad, grattent désespérément les cordes fausses de leur guitare, là seulement la musique et la poésie populaires s’épanouissent encore, librement, dans l’atmosphère inoubliée d’un Orient que l’imagination ressuscite sans efforts.
Ce ne serait pas un paradoxe de démontrer l'influence du chaud et du froid sur l'éducation musicale des peuples. On pourrait traiter le sujet à différents points de vue, et toujours on arriverait sans peine à la même conclusion, qui n’aurait rien d’absurde.
11 est certain, pour ne prendre qu’un des côtés de la question, que les variétés de climat ont une importance considérable en cette matière. La musique des nations septentrionales n’est pas la même que la musique des nations méridionales, et, de toute évidence, cette différence tient exclusivement à des conditions atmosphériques. Au Midi, règne en souveraine la musique populaire, celle qui se chante dans la rue, dans la campagne, en plein air, à la belle étoile, celle qui se répète de génération en génération, comme l’expression d’une joie ou d’une douleur qui s’exhale en une forme typique, humaine et touchante, — d’autant plus humaine et plus touchante qu’elle est la simplicité même. Point de raffinements, point de complications ; l’art y est en quelque sorte étranger ; et cependant rien n’est souvent plus artistiquement beau, tant on y sent l’inspiration profonde de la nature et de la vie. Au Nord, en revanche, la musique populaire se tait ; car je ne crois pas qu’on puisse décemment appliquer ce nom aux chansons égrillardes, plus ou moins spirituelles, qui courent les rues après avoir pris naissance dans les cafés-concerts. Allez donc chanter des sérénades par une température de dix degrés au-dessous de zéro, ou par une averse, sous des parapluies ! Il faut à la musique populaire la liberté, le plein air, le ciel étoilé. Ce n’est pas dans le Nord qu’elle peut trouver tout cela commodément. La musique des pays du Nord aime les intérieurs bien fermés des salons, des théâtres ou des concerts; par cela même, elle s’adresse surtout aux dilettantes, en tous cas, à d’autres gens qu'à des gens sans instruction et sans goûts