‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 21 sur 122 · DE I.’EMPEREUR CHARLES-QU1N · texte numérisé non relu

DE I.’EMPEREUR CHARLES-QU1N

d-,p,È, le morbre de Leone Leoni. IMdfée du Pr.d. à M.dnd d

L’ART ESPAGNOL

du Sud. Son fils, Enrique ou Henri de Egas, prit à son tour, après la mort de Annequin, la direction des travaux, de iqgS à i53q, et fit le tombeau du cardinal de Mendoza. D'autres encore : François de Arenas (Van de Sande), Nicolas de Vergara, ses fils Juan et Nicolas, Pierre Guas ou Was, et Juan Guas, l’auteur de l'église et du merveilleux cloître de Saint-Jean des Rois, tous Flamands F Plus d’une fois môme, Charles-Quint eut à supporter les reproches qu'on lui faisait d’employer avec trop de complaisance ces étrangers, dont les services étaient de nature à porter ombrage aux artistes du pays.

Ees sculpteurs proprement dits étaient arrivés, bientôt après, aussi nombreux : Philippe de Bourgogne, dont nous avons parlé plus haut, de son vrai nom Philippe Vigarni, venu de Bourgogne, selon les uns, mais né en France, selon les autres, — le Flamand de Jonghe, qui collabora avec l’Espagnol Gregorio Hernandez au calvaire de Valladolid, — Pompeio Leoni, fils du Milanais Feone Feoni, et Juani de Juni, tous deux Italiens, et jusqu'au célèbre Torrignano, célèbre surtout par le formidable coup de poing qu'il appliqua, au début de sa carrière, sur le nez de son trop heureux rival Michel- Ange. On sait comment ce Torrignano, arrivé en Espagne, après de longues pérégrinations, y mourut misérablement en prison, victime de l’Inquisition,

i. M. Alphonse Wauters, dans une intéressante étude intitule'e : A propos de l'Exposition nationale d'architecture (Bruxelles, 1 883), donne les renseignements suivants sur Juan Guas : « Ce fut à lui que la reine Isabelle de Castille et son mari, le roi Ferdinand d’Aragon, s’adressèrent, en 1477, pour avoir le plan du temple qu’ils avaient l’intention d’élever en l’honneur de saint Jean, comme souvenir de leur victoire de Toro sur les Portugais. Lorsque l’architecte présenta ses dessins à Isabelle, elle n’en fut pas satisfaite et, ajouta-t-on, elle adressa à l’artiste cette observation désobligeante : « La « belle merveille que vous m’avez faite là! ». C’est alors que Guas, outré de dépit, aurait conçu l’idée magnifique qu’il mit à exécution dans le temple dédié à Saint-Jean des Rois ( San Juan de Los Reyes). Isabelle en pressa l’achèvement avec ardeur et, si l’on en croit une allégation évidemment exagérée, y fit travailler jusqu’à 1,226 maîtres tailleurs de pierre. »

Ce chiffre est, en effet, inexact. 11 faut lire 122, au lieu de 1,226.

Une inscription qui se lit dans une des chapelles de l’église Saint-Juste rappelle en termes précis l’œuvre de Juan Guas, en mémoire de qui cette chapelle fut élevée : « Cette chapelle fut faite « par l’ordre d’honoré sieur Jean Guas, maître principal de la première église de Tolède et maître « mineur (ou en second) des œuvres du roi don Ferdinand et de la reine dona Isabelle, lequel fit San ( Juan de Los Reyes, et cette chapelle fit construire Marine Juarès, sa femme. » « La chapelle, dite autrefois de la Purification et depuis de la Trinité, avait, ajoute M. Wauters, un bénéfice qui était à la collation de la famille de la fondatrice. Sa petite-fille Anne, fille de François Guas, légua cette collation à un habitant de Madrid, dont le nom trahit l’origine flamande, don Francisco de Rosas Van Onchem. En mourant, en 1697, cette dame fonda trois messes par semaine, que disait le titulaire du bénéfice de Jésus à la Colonne. »

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Dessin de L.i.use, d'apris le brous, de Le.,,. Leoni. (Musée du Prado, à Madrid.)

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pour avoir brisé de colère une statue de la Madone qu'un duc d'Arcos, par raillerie, s'était amusé à lui payer en maravédis. Crime énorme ! C était plus mal finir encore que mal commencer. Le bris du nez de Michel- Ange avait amené son exil, mais un exil fécond en oeuvres de haute valeur, non indignes de celui qu'il avait, par dépit, si fort maltraité ; le bris de la Madone était plus grave, paraît-il ; on le lui fit bien voir. 11 est bon d'ajouter que le chagrin de perdre le travail d'un artiste aussi distingué ne fut pas la raison déterminante des rigueurs de la sainte Inquisition, mais bien plutôt l’émotion qu'avait causée l'impiété de cet acte, jugé sacrilège au plus haut point.

Tandis que les artistes étrangers, sculpteurs, architectes et, bientôt après, peintres aussi, comme nous le constaterons plus loin, étaient, avant et après la Renaissance, en haute faveur en Espagne, où ils donnaient à la fois la leçon et l'exemple, les artistes espagnols s’en allaient, eux, à l'étranger, exécuter des travaux importants. Le fait est qu'ils ont laissé dans l'art des nations qu'ils visitèrent des traces souvent considérables. Je parle exclusivement ici des architectes et des sculpteurs. L'organisation spéciale, franc-maçonnique, des arts et métiers au Moyen-Age supprimait les frontières et transportait partout où il y avait une aune de pierre et de granit à élever ceux qu’unissait la fraternité du travail. Ainsi s’expliquent tout naturellement cette espèce d’échange mutuel de bons services, ces influences réciproques qui sont frappantes çà et là, dans l’architecture de l’Espagne et des Pays-Bas. C’est par l’Espagne, et non par l'Italie, comme on le croit généralement, que la Renaissance pénétra directement, à la fin du xv° siècle, dans les Pays-Bas, où elle s’implanta avant de s’implanter en France et en Allemagne. Et ce qui le prouve, ce ne sont pas seulement les dates, mais c’est aussi le style des premières constructions de cette époque, élevées dans ces provinces soumises au sceptre de Charles-Quint et de Philippe IL

En s’emparant, comme venait de le faire l'Italie, des traditions gréco-romaines, l'Espagne avait su tout d’abord, dans son architecture, ne pas s’en inspirer servilement. Elle les avait combinées avec la fantaisie et la richesse des traditions arabes, dont elle avait sous les

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