‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 32 sur 122 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

cette invasion semblait une vaste curée, une poussée formidable d’âmes assoiffées de lumière. De même que les ateliers, les universités regorgeaient d’Espagnols. Des poètes avaient suivi cette jeunesse studieuse, avides de renommée, admirés par les seigneurs dont ils accompagnaient volontairement la fortune, ou qui les avaient amenés avec eux, par plaisir ou par orgueil; et, quand ils retournaient dans leur patrie, ils y apportaient les mêmes préoccupations des formes italiennes, apportées par les artistes. Les lettres suivaient une direction identique à celle que suivaient les arts ; Boscan et Garcilaso, au commencement du xvie siècle, la consacraient impérieusement. Spectacle curieux s’il en fût : domination intellectuelle des vaincus politiques sur leurs vainqueurs ; domination irrésistible, s’étendant partout, et à laquelle les vainqueurs, les premiers, aidaient de toutes leurs forces !

Adorable revanche ! Mais qui donc aurait pu y échapper ? Qui donc aurait consenti à ne pas la subir, cette triomphante puissance de la beauté et de l’esprit? Les Llamands, attirés, comme tous les autres, par la chaleur de ce grand foyer universel qui brûlait d’une flamme si ardente, ne la subissaient-ils pas eux-mêmes avec reconnaissance, abandonnant aussi parfois leur patrie pour s’en aller passer plusieurs années sous le ciel bleu de Llorence ou de Naples, oublieux qu’ils étaient du beau ciel gris des Llandres, de son charme et de sa poésie ? Quant à ceux qui, directement ou non, vinrent en Espagne, si on leur attribue l’honneur d’avoir exercé une direction sur la peinture de ce pays si profondément italianisé, cette direction 11e dut pas être, pendant la Renaissance, aussi féconde qu’on veut bien le prétendre, et ne s’exerça, je l’ai dit plus haut, que sur quelques rares natures impressionnables. Ces Llamands, ou bien, tels que Pedro Campana (i5o3-i58o), arrivaient là transformés à leur tour, Italiens dans leur chair et dans leur sang;' — ou bien, tels que Antonio Moro ( 1 5 1 2- 1 58 1 ) , un Hollandais élevé à la même école, mais personnel pourtant, bien loin de répandre autour d’eux l’amour des clartés saines et des savoureuses finesses, ne tardaient pas à s’imprégner de l’atmosphère toute locale de gravité sombre et austère qui les enveloppait.

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