‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 35 sur 122 · MORALES. - PI ETA · texte numérisé non relu

MORALES. - PI ETA

(Académie de San Fernando, à Madrid.)

nement. Elle était l’instrument sinistre et respecté des volontés d’ « en haut » ; elle avait la mission sublime de purger la nation « la plus religieuse de l’univers » du venin fatal de l'hérésie. Elle venait de

détruire les juifs; elle détruisait les protestants. Son bras vengeur

L’ART ESPAGNOL

frappait, n'épargnant aucun suspect, sacrifiant même des milliers d'innocents, par crainte de voir échapper un coupable... C'était Dieu qui sévissait par sa main. Les âmes tremblantes rendaient grâce au ciel d’avoir suscité ce tribunal impitoyable pour dompter l’esprit du mal et sauver la Foi. L’Espagne se sentait fière de cet honneur insigne; elle était la sauvegarde de la papauté et du catholicisme; elle était son plus solide, son plus fidèle rempart. Et chacun secondait de si louables efforts. Les exécutions publiques étaient des fêtes, que l'enthousiasme populaire accompagnait de ses clameurs et que la cour royale ne dédaignait point de présider.

J’ai cité plus haut un admirable tableau attribué à Pedro Berruguete et représentant un auto-da-fé dont le cérémonial est dirigé par saint Dominique de Guzman. Ces sujets-là, on le voit, semblaient aux artistes d’alors mériter les honneurs, toujours précieux, de la reproduction ; ils racontaient, en leur expressif langage, les gloires de la sainte religion. Cent cinquante ans plus tard, ils sont encore en honneur; bien plus, de simplement religieux ils sont devenus officiels. Les peintres en notent les particularités les plus insignifiantes; ils en font des tableaux où, depuis le premier jusqu’au dernier, les acteurs de la scène figurent authentiquement. Un des plus curieux en ce genre est celui que possède le Prado, par Francesco Rizi, le maître du Carducho (i 608-1 685). L 'auto-da-fé qu'il est destiné à immortaliser eut lieu sur la place Mayor de Madrid, le 3o juin 1680, sous le règne de Charles II, ainsi que le témoigne une inscription peinte sur le tableau même, et dura depuis huit heures du matin jusqu’à neuf heures et demie du soir! Au centre, le bûcher; à gauche, un autel dressé pour la célébration de la messe; au fond, un dais sous lequel trône la famille royale, en grand apparat; et, tout autour, partout, en bas, en haut, aux balcons, aux fenêtres, sur des gradins, sur la place, un fourmillement de monde, seigneurs, prêtres, piétons et cavaliers, campés de face, raides et dignes, posant, et ressemblants. Vraiment, la fête devait être bien solennelle pour qu’on ait éprouvé le désir d’en perpétuer le souvenir, et la faveur d’y assister bien considérable pour que tant de gens aient voulu y avoir leur portrait !

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