I.’ART ESPAGNOL
et mieux aimer ». Elle n’en a pas d’autre; le peintre ne doit nourrir d’autre préoccupation que celle « d’être agréable à son Sauveur et à sa sainte Eglise, d’exciter les hommes à la piété et de les élever jusqu’à Dieu : « El fin principal sera persuadir los hombres o la pietad y llevarlos a Bios. » (Chap. XI.)
Et notez que celui qui parle ainsi n’est pas un prédicateur, mais un artiste, que son livre s’adresse aux artistes, qu'il leur enseigne en d'autres chapitres le côté technique du métier, et que son livre n’est, d'ailleurs, exclusivement, qu’un traité didactique et pratique. D’autres que Pachéco, avant et après lui, ont exposé des idées semblables : en Flandres, Van Meulen, ou Molanus [De historia S. S. imaginant et picturarum pro vero earum usa contra abusas, 1570, 1617, etc.); en Espagne, le R. P. Joanne Interian de Ayala ( Pictor cliristianus eruditus sire de erroribus, qui passim admittuntur ' circa pingendas atqae ejfingendas sacras imagines, 1730); en France, l’abbé Méry [la Théologie des peintres, sculpteurs et dessinateurs, 1765, qui n'est qu’une sorte d’abrégé du traité de Molanus, etc.) Mais ces livres-là avaient un but, une portée théologiques, non artistiques; les auteurs, en les publiant, restaient dans leur rôle de prêtres et d’écrivains sacrés; ils voulaient en tirer des enseignements tout à fait spéciaux, démontrer l’utilité des « saintes images » au point de vue essentiellement catholique et les justifier contre les théories des iconoclastes; enfin, ils n’entendaient parler non plus que d’un seul genre de peinture, la peinture religieuse, sans exclure toute autre et sans condamner l’art chaque fois qu’il n’avait point pour objet immédiat d’ « être agréable à Dieu et à sa sainte Eglise ». Ils se bornent à examiner la façon dont il convient que soient représentés la Trinité, les anges, les démons, la Vierge, les saints, les épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament, approuvant ce qui est conforme aux textes bibliques, blâmant ce qui s’écarte des règles de la bienséance, et mêlant beaucoup de naïveté à beaucoup d’érudition. Pachéco, lui aussi, examine ces points-là, et sur ces points-là même il ne se montre pas moins rigoureux que Molanus. Ainsi, par exemple, Molanus recommande aux peintres de ne pas représenter la sainte Vierge grosse et accouchant, — chose,