‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 40 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

des profanes, serviteurs et défenseurs de l’Église : c'était là aussi en quelque sorte être agréable à Dieu. Quant à l’Église, lorsqu’elle s’adressait, elle, aux artistes, ses raisons n’étaient guère différentes au point de vue du mobile qui la faisait agir. Gomme les princes et mieux qu’eux, elle possédait la puissance, l’argent, l’autorité matérielle autant que morale, toutes les conditions nécessaires pour être la plus somptueuse des Mécènes. Il fallait aller à elle, car c’était d’elle que * venaient tout appui et toute force de vivre, en même temps que tout abandon et toute chance de mourir si on la dédaignait. Seulement, l’art pour elle n’était pas simplement une chose de luxe et de bon £OÛt. Les théories de Francisco Pachéco nous ont démontré clairement le contraire. Et personne, encore une fois, ne songeait à trouver cela excessif ou déplacé. Le soin que le clergé prenait à orner ses temples de tableaux religieux était bien moins la conséquence d’un désir louable de posséder de belles oeuvres, que la preuve qu’il tenait à mettre sans cesse sous les yeux des fidèles tout ce qui pouvait entretenir dans leur âme une ferveur constante. Il lui souciait bien moins d’avoir des images admirablement peintes ou sculptées que des images qui pussent passer aux yeux du public pour faire des miracles. Et les artistes se conformaient à ces exigences, sans difficulté; au besoin, on les y aidait, et alors leur imagination surexcitée obéissait avec empressement. On parlait de Vierges qui étaient venues poser devant des peintres, ou qui leur avaient donné des instructions spéciales pour l’exécution des œuvres dont ils s’occupaient. Puis, on citait toutes sortes de faveurs insignes dont les artistes étaient l’objet de la part du ciel reconnaissant, en général, et des saints dont ils célébraient les louanges, en particulier. Les uns, tombés d’échafaudages, ne s’étaient fait aucun mal; d’autres, dans leur chute, avaient été rattrapés par le bras de madones auxquelles ils travaillaient et qui, sortant de la toile, les avaient obligeamment soutenus en l'air jusqu’à ce qu’on fût venu les délivrer1. Tout cela était on ne peut plus encourageant.

i. Pachéco a consacré un long chapitre (chap. IX) de son livre au récit de ces faits merveilleux. — On peut consulter aussi : Palomino, Vidas de los pintores y estotuarios civimentes espanoles (1724); Villafane, Compendio historico de los milagrosas imagines (1740); Lope de Vega, Obras, t. V, p. 66, etc.

Les légendes circulaient; la crédulité gagnait chaque jour du terrain. Au besoin, l’Inquisition, qui imposait ses programmes, se chargeait aussi de dissiper les doutes et de convaincre les incrédules1.

i. « Elle (l’Inquisition) rendit un décret défendant de produire, d 'exposer en vente et d e posséder toute image immodeste (tableaux, estampes ou sculptures), sous peine d’excommunication, d’une amende de i,5oo ducats et d’un exil d’une année. Des inspecteurs ou censeurs furent établis dans les principales villes pour veiller à l’exécution de cet édit et pour instruire le Saint-Office de toutes les transgressions qui viendraient à leur connaissance. Pachéco fut, en 1618, investi à Séville de ces fonctions qu’il remplit pendant de longues années; plus tard, Palomino obtint à Madrid un emploi pareil et le regarda comme fort honorable. » (W. Stirling, Velaqqueq et ses œuvres, traduit de l’anglais par G. Brunet, p. ai; Paris, 1 865.)

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