‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 42 sur 122 · PORTRAIT DE MARIE TUDOR, REINE D ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE MARIE TUDOR, REINE D ANGLETERRE

(Musée du Prado, à Madrid.)

L’ART ESPAGNOL

riches colorations de sa patrie. Or, on peut naître coloriste, mais je crois bien plutôt qu'on le devient et que cela tient beaucoup plus à l'éducation des yeux qu'au sang que l'on a dans les veines. Les dons naturels, pour qu'ils se développent, ont besoin d'être cultivés, avec des soins capables de les faire éclore utilement. On apprend à voir comme on apprend toute chose ; l'instinct, les dispositions, le tempérament sont à coup sûr une aide puissante; mais ils ne suffisent pas. L'œil s'exerce, absolument comme s'exercent les muscles du corps : ceux qui sont le plus souvent en mouvement deviennent les plus forts. Et il y a des façons diverses de voir les choses, et des choses même auxquelles l'œil s’habitue; les bons et les mauvais exemples ont pour l'œil une énorme importance. Au xviii® siècle, Philippe de Champagne eut beau être Flamand; tout son sang flamand n’empêcha pas que, implanté en France de très bonne heure, il ne fût un piètre coloriste, simple imitateur de François-Eustache Le Sueur et Nicolas Poussin '.

Le sort de Pedro Campana ne fut pas différent de celui de Philippe de Champagne. Ce qui reste de son œuvre, notamment sa page capitale, la Descente de croix de la cathédrale de Séville — Madrid ne possède rien de lui — n’est qu’une sorte de pastiche assez habile du style de Michel-Ange, tempéré de style de Raphaël et de style d’Albert Diirer. Le temps fit défaut à Campana pour apprendre autre chose et se former à une autre école. A l'influence de Diirer, qu’il connut peut-être quand celui-ci passa par Bruxelles, au mois d'août 020 (Campana n'avait alors que dix-sept ans), ou qu’il étudia en Italie, où les rapports de Diirer avec Raphaël étaient ceux d'une mutuelle est très vive admiration 2, vint s’ajouter aussitôt l’influence plus marquée de Michel-Ange; et, toute sa vie, il s’y complut.

On a beaucoup vanté la Descente de croix de Pedro Campana; on ne lui a épargné aucune forme de lyrisme. Pachéco dit qu’elle remplit

1. On a prétendu que Philippe de Champagne descendait de Pedro Campana. Or, ceux qui ont traduit Campana par de Champagne et ont basé là-dessus leur opinion ont fort mal traduit. Campana, ou Campaniensis, veut dire le Campinois, ou de Campine, et nullement de Champagne. La différence est énorme.

2. Voir Albert Diirer et ses dessins, par Ch. Ephrussi (Paris, 1882, p. 281), et Albert Diirer, sa vie et ses œuvres, par Moriz Thausing, traduit par G. Gruyer (Paris, 1878, p. 36o et suiv.).

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