‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 46 sur 122 · PORTRAIT D UNE INFANTE · texte numérisé non relu

PORTRAIT D UNE INFANTE

L’ART ESPAGNOL

d'un dessin ferme, est à peu près tout ce qui nous permet de juger ce qu’était le talent de ce Pablo de Cespédès, né en 1 538, mort en 1608, et qui fut plus érudit encore que peintre. L'école romaine s'y fait sentir souverainement, gâtée encore par les lourdeurs dont les peintres espagnols, dans leurs imitations, sont rarement exempts. Je ne fais pas même d’exception pour cet autre fervent disciple de Rome, Juan de Joanès ( 1 523- 1 379), ou plus exactement Vicente Juan Macip, bien qu’on le connaisse peu sous ce nom, qui est son véritable; lui aussi, lui surtout semble n’avoir eu d’autre idéal que celui de ressembler à Raphaël, à qui on a été jusqu’à l’égaler. Cependant, entre les deux, il y a de la marge. Si la Vie de saint Etienne , qu’il a peinte en une suite de six panneaux, une Cène et son Martyre de sainte Agnès , qui sont au Prado, ont quelque chose du style, de l’expression et du mouvement de l'auteur des « Chambres », ils sont loin d’avoir sa sublime élégance et sa brosse onctueuse. Tout au plus, un reflet d'originalité, un instinct de race pour les choses brutalement, voluptueusement cruelles, apparaissent-ils çà et là, dans certains détails de la mise en scène : le glaive du bourreau enfoncé dans la gorge, à demi jugulée et toute saignante, de sainte Agnès; la rage avec laquelle les bourreaux de saint Etienne lancent des pierres sur son crâne fracassé ; d'autres détails encore, bien typiques, dont tout autre qu’un Espagnol se serait probablement abstenu. A part cela, l’imitation est presque servile ; elle éclate jusque dans le décor et dans les physionomies souvent charmantes des personnages. Et l'on est tenté de s'en étonner de la part d’un peintre aussi profondément religieux, aussi pénétré de sa mission, aussi croyant que l’était Joanès. Cénobite plutôt qu'artiste, il ne commençait, dit-on, ses travaux qu’après avoir reçu les sacrements et imploré l’assistance du Ciel. On aurait pu s'attendre à le voir tirer de lui-même, de sa foi si vive, de son âme si exaltée, la force nécessaire pour traduire ses sentiments chrétiens d’une manière originale. Mais la foi seule ne suffit pas plus pour être un grand peintre, même religieux, que pour être sauvé. Son Ecce homo, qui est aussi au musée, traité dans un sentiment plus espagnol, rappelant un peu Moralès, est cependant bien loin d’avoir le sombre

DE JOANES.

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