RIBERA. - LE MARTYRE DE SAINT BARTHÉLEMY
(Musée du Prado, à Madrid.)
L’ART ESPAGNOL
des Italiens, c’est-à-dire à la surface : soit, comme Ribera, par leur culte des oppositions violentes; soit, comme bien d'autres, par la vivacité de leurs gammes habituelles et leur dextérité à colorier. Ce n’est pas de cette façon que procèdent les vrais coloristes. Velâzquez n'a ni ces éclats, ni ces violences dans sa palette, prodigieuse en tonalités grises et sourdes; et pourtant, si jamais l'Espagne eut un coloriste, le plus grand de tous, le seul peut-être , 'ce fut bien Velâzquez.
Ouvrier merveilleux, praticien incomparable, voilà tout Ribera; — tempérament grossier et sensuel, ne connaissant de l’art que les énergies, non les subtilités; — réaliste ou naturaliste, — ignorant de l’âme, savant consommé du corps, anatomiste jusqu’au bout des ongles, disséquant son « sujet » d’une main preste, et avec cela sans cesse respectueux d’un style, qui est le sien, toujours caractéristique et noble dans ses pires vulgarités. C'est l’homme du peuple, le modèle d’atelier, des gueux quelconques qui ont posé pour ses martyres, pour ses anachorètes ; ce sont eux, fidèlement traduits par l’artiste, ressemblants, vivants ; des portraits, des études, nullement embellies, nullement idéalisées, tels que le Saint Barthélemy, en buste (n° 963), et le Saint Paul dans sa grotte (n° g85). Mais ces traits, bas et communs, voyez comme la brosse du peintre les a interprétés ! comme ces gueux, tout en restant gueux, ont de l’allure et de la physionomie!
Morceaux d’exécution plutôt que tableaux véritables, disais-je tout à l’heure, en parlant de ses grandes compositions religieuses... Il faut s’entendre. Ribera a été, soyons juste, plus qu’un ouvrier dans son art : il a été aussi un dramaturge. Seulement, ce n’est pas le drame divin qu’il a traité, c’est le drame humain, et quelques-unes de ses plus belles pages sont réellement émouvantes, d’une émotion toute terrestre, sans doute, effroyable et poignante. Oui, les Martyres de saint Barthélemy et de saint André, la Mort de Sénèque, à Munich, V Ensevelissement du Christ, au Louvre, sont des drames, de vrais drames palpitants ; il n’y a qu’à débaptiser les héros des noms conventionnels que l'auteur leur a donnés, et à l’instant ces œuvres-là, perdant leur portée solennelle et mensongère assurément, revivront d'une autre vie, — la nôtre. Et alors on trouvera encore, dans plus d'une toile