‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 7 sur 122 · UNE RUE A TOLÈDE · texte numérisé non relu

UNE RUE A TOLÈDE

Croquis de Dario de Regoyos.

andalouses, et ce cœur bat toujours dans plus d’une mâle poitrine.

On sent bien cependant que, quelle que fût l’intimité de cette cohabitation, l’art véritablement espagnol, cet art que nous cherchons,

L’ART ESPAGNOL

dont nous allons poursuivre la trace, que nous connaissons tous déjà pour l'avoir entrevu ailleurs, n'a et ne saurait avoir aucune parenté avec l'art musulman. Il est né, après lui, d’autres aspirations; il n’a rien de son immaculée clarté, de sa sereine finesse, de son éblouissante fantaisie. 11 est fils de la décadence, conçu dans les douleurs, au milieu de ténèbres ensanglantées. Il n'a point connu le sourire ; à peine s’il a connu le ciel bleu. L’art espagnol est d'essence toute moderne, catholique, réaliste et coloriste; il a les yeux tournés vers le Nord, instinctivement. L’art musulman, au contraire, a la douceur papillotante des soleils méridionaux; il vit dans la lumière dorée de ses songes, sans attaches avec le réel, et n’ayant pour guide que son caprice. Aussi ne devons-nous pas songer à découvrir quelque lien commun, dans les restes de la magnificence de l’art arabe en Espagne, entre cet art-là et l'art espagnol, ni espérer qu'ils nous fourniront quelque explication sur la genèse de ce dernier, quelle qu’ait été l’action réciproque et inévitable, encore aujourd’hui manifeste, de ces deux mondes si étrangers l’un à l'autre. Les oeuvres elles-mêmes protesteraient. Comment concevoir que des toiles signées Velâzquez, Herrera, Zurbaran, eussent pu naître, par exemple, dans une atmosphère de ville toute en blancheur, vive, éclatante, sans mystère, sans repos pour les yeux, telle que Cordoue... Cordoue, qui, mieux que les autres villes, a conservé d’une façon très prononcée son primitif cachet arabe, avec ses jardins d'orangers, de citronniers et de palmiers, le silence de ses rues étroites, et ses patios, qu’on entrevoit, tout embaumés, à travers le grillage des portes ajourées, dans une paix somnolente, troublée seulement par le gazouillis des jets d’eau dans des bassins de marbre? Et Tolède, et Séville, et Valence, en certains de leurs quartiers, évoquent le même souvenir d’une civilisation toute spéciale, jadis florissante, et dont il n'est resté que la tombe, toujours vide.

L’âme manque seule à ces dépouilles amoindries, mais cependant fidèles et intactes. Pour en bien saisir l’aspect vrai et les compléter en imagination, il faut avoir vu quelque chose du pays immédiatement voisin, où cette même civilisation se continue encore dans son originalité et sa liberté ; il faut jeter un coup d’œil sur le Maroc, sur

Tanger, d’où les anciens conquérants partirent et où ils rentrèrent quand leur étoile vint à s’éteindre. Et alors, cet inextricable dédale

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