VELAZQUEZ. - MÉNIPPE
Fac-similé d'une lithographie de Vergues. — (Muse'e du Prado.)
L’ART ESPAGNOL
comme Claude Lorrain, des motifs de nobles et savantes ordonnances, ni pour s’attacher à rendre, comme Ruysdael et Salvator Rosa, des impressions pittoresques, calmes ou bien agitées. Tout au plus les deux paysagistes que l'on cite ordinairement avec d’autant plus d'éloges qu’ils sont des exceptions rares, Francisco Colantès (1599-1656), qui fut aussi peintre d'histoire vigoureux, et Ignacio Iriarte (1620-1685), ami et parfois collaborateur de Murillo, rappellent-ils, par une science d'arrangement et d’effet incontestables, les bonnes traditions classiques. Mais, encore une fois, il n’y a là trace que de traditions, non d’émotion et d’originalité ; c’est de la convention et de l’artificiel, inférieurs à la convention et à l'artificiel des maîtres. La raison en est simple : l’Espagne n’offrait rien aux artistes qui pût les inspirer; le paysage n’y a point ce que l’on est convenu d’appeler de « l'intérêt », et il n’en avait point surtout aux yeux des artistes de cette époque, à qui le sens de la nature même sauvage, nue et aride, était encore fermé. On ne comprenait point alors ce qu’une terre désolée ou solitaire peut offrir de poésie, cette compréhension étant d’origine toute moderne. Et encore, la nature du pays d’Espagne, en ses désolations comme en ses luxuriances, telle que nous l’avons décrite en traits rapides dans V Introduction de cette étude, offre réellement peu de thèmes à l'invention du paysagiste : tantôt ces thèmes sont vraiment peu intéressants; tantôt leur intérêt se perd dans une abondance anti-picturale de détails; tantôt encore leur caractère décoratif à l’extrême ne saurait s'accommoder d’une image réduite aux dimensions d’un tableau de chevalet. Ajoutez-y les crudités d’un soleil qui découpe les objets dans la lumière, les accuse avec minutie, déchire partout le voile enveloppant qui, en d’autres régions, a des caresses si douces et des secrets si séduisants.
Les rares tableaux religieux de Velâzquez manquent de sentiment religieux, et l’on n’y retrouve pas le grand coloriste. Je n’en excepte pas même les deux plus beaux, qui sont au Prado, le Couronnement de la Vierge (n° io56) et le Christ en croix (io55). Ce Christ, d’une si étonnante simplicité, les bras étendus, raides, le corps tout droit, le visage caché par la chevelure qui retombe, faisant une large tache