CHAPITRE XI
Velâzquez et Rubens.
a faveur dent jouissaient auprès de Velâzquez les œuvres du Titien et celles de Rubens, l'importance qu'elles avaient à ses yeux, la place qu'elles occupèrent dans son admiration sont significatives, et elles méritent qu’on s’y arrête un instant, avant de terminer l’étude des œuvres du maître espagnol.
Nous avons relevé déjà le jugement, rapporté par Boschini, de Velâzquez sur le Titien : le Titien mis au-dessus de tous les maîtres italiens, au-dessus de Raphaël, « qui ne lui plaisait guère » : - — Clie nol me piase niente, disait-il. Quand Velâzquez se rend en Italie pour acquérir, sur l’ordre du roi, des tableaux, les meilleurs et les plus précieux qu’il puisse trouver, il en rapporte surtout des Tintoret, des Véronèse... et des Titien ; ces Vénitiens ont toutes ses préférences; ce qu’il loue surtout en eux, ce sont leurs qualités de vérité et de nature, celles qu’il possède lui-même et qu’il est heureux de rechercher dans les autres h Ses choix et ses appréciations ne doivent pas nous être indifférents. Avant cette époque, 1-e Titien régnait, dans les galeries royales et princières, parmi les plus illustres; c'est son nom qu’on voit partout briller au premier rang, dans les collections particulières; il remplit les palais de son éclat. Et, à côté de lui, un autre nom se lit, chanté par toutes les bouches, celui de Rubens. Ces deux noms-là se disputent tous les enthousiasmes, tous les dithyrambes, et il n’est pas étonnant que Velâzquez encourageât ces dilections. Nous doutons
i. Voyez à ce propos le catalogue, rédigé par Velâzquez, des 41 toiles, qui furent placées, sous sa direction, dans les dépendances du couvent de l’Escorial et qui avaient été acquises, soit par lui-même en Italie, soit à la vente de la galerie de Charles I°r : Memoria de las pinturas que la Majestad Catholica dal Rey maestro senor don Philipe IV embia al monastario de San Laurencio el Real del Escortai , este ano de M.D.C.LVI. Descriptas y colocadas por Diego de Sylva Velaqqueç, caballero del orden di Santiago, etc. — Réimprimé, avec traduction et notes, par le baron Ch. Davillier; Paris, Aubry, 1874.