‹ L'art Espagnol, précédé d'une introduction sur l'Espagne et les EspagnolsChapitre 86 sur 122 · ALONSO CANO. — LE CHRIST MORT · texte numérisé non relu

ALONSO CANO. — LE CHRIST MORT

(Musée du Prado, à Madrid.)

plaies hideuses comme autrefois ; son visage n’exprime plus les affres de l’agonie. Encore un instant, et, avec Murillo, toute trace de terreur aura disparu pour faire place à des béatitudes nouvelles. Mais, en

L’ART ESPAGNOL

même temps, le sombre et parfois grandiose caractère de l’art espagnol s’efface... 11 va mourir; il meurt.

En attendant, l'influence de Velâzquez se propage. Un excellent professeur de Madrid, Pedro de las Cuevas, forme une nichée d'élèves, qui tous.se prennent de passion pour le maître, ne voient que par ses yeux, n'ont de repos qu’ils n'aient produit quelque chose qui lui ressemble. L’un d'eux, Jusepe Leonardo (i6i6-i656), va, dans son enthousiasme, jusqu’à peindre à son tour une Reddition de Bréda, et non certes pour réussir la scène mieux que Velâzquez, mais pour prouver d'une façon éclatante son attachement et sa ferveur, et dans l'espoir sans doute de se mieux rapprocher du modèle en traitant un sujet déjà traité par lui. Lolle ambition! Singulier état d'esprit, qui élevait un simple plagiat à la hauteur d’un hommage ! La comparaison entre les deux tableaux est curieuse ; les rencontres, calculées, sont nombreuses : même composition, même arrangement des groupes, si ce n’est que les fameuses « lances » hérissées, au lieu d’être à droite, sont à gauche dans le tableau de Leonardo, que Spinola est à cheval au lieu d'être à pied, et qu'au lieu de recevoir avec une feinte bienveillance les clefs des mains du vaincu, il les reçoit avec froideur. L'imitateur a souligné là où Velâzquez s'était contenté d’indiquer seulement ; il a exagéré l’humilité du prince de Nassau, à genoux, presque suppliant. Son tableau est une œuvre déclamatoire et partiale, d’orgueil castillan, à côté de celle de Velâzquez, qui, plus digne, plane en des régions d'art plus élevées.

Carreno de Miranda (i6iq-i685), un autre élève de Pedro de Las Cuevas, mais qui avait fréquenté également l'atelier de Bartolome Roman, formé lui-même aux leçons de Velâzquez, a des portraits très empreints du style de ce dernier, un peu noirs, avec un mélange d’influence flamande, peu à peu reconnaissable dans les productions de presque tous les peintres, à partir de cette époque; il a même au Prado (n° 6g i) une Naine , continuant la série de grotesques inaugurée par le maître, qu'elle rappelle dans sa couleur et dans son exécution ; il a surtout le portrait bien connu de Charles II (n° 687), dernier rejeton d’une lignée royale épuisée et avilie, visage amaigri et veule, sans

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