CHAPITRE XI
Murillo.
ans les environs de l'année 1 635 , un élève de Juan del Castillo, qui professait à Séville, en même temps que Herrera le Vieux, et peignait mal¬
heureusement beaucoup plus mal qu'il n’enseignait, déserta subitement l’atelier et, assoiffé d’aventures, dégoûté du tous-les-jours banal où il moisissait, partit pour les Flandres. Pedro de Moya —
c’était son nom — n’avait pas un maravédis en poche; il s’engagea dans un régiment quelconque, qui s'en allait là-bas. Mieux valait,
songeait-il, la vie de soldat que les ennuyeuses leçons du Castillo; celui-ci, tout doucement, lui eût fait prendre l'art en exécration.
Peut-être aussi une envie folle de voir autre chose que les tableaux de son maître, jointe, qui sait? à quelque équipée d’amour qui réclamait, pour se calmer, une absence prudente, l’avait-elle poussé à ce volontaire et temporaire exil. Quand il arriva en Flandre, il eut bien vite déposé ses armes et repris ses pinceaux. La vue des chefs-d’œuvre de l’école flamande dont regorgeaient les églises, les hôtels de ville et les maisons de corporations l’éblouit; il sentit remuer en lui quelque chose d'inconnu; pour la première fois il comprenait, il était ému... Tout ce qu'il voyait là était si nouveau, si séduisant, si différent surtout de la froide peinture du Castillo ! Quelle vie et quelle passion ! Comme cela était jeune, ardent, baigné de vraie lumière !
Van Dyck, alors en pleine réputation, l’enthousiasma. Un jour, ayant appris que l’auteur de Saint Martin était à Londres, il sembarqua, alla frapper à sa porte, et sollicita l’honneur d'être admis parmi ses élèves. Van Dyck l’accueillit. L’Espagnol et le Flamand ne se quittèrent plus. Mais hélas ! au bout de quelques années, Van Dyck mourut; et alors Pedro de Moya, n’ayant plus rien qui le retînt là où