‹ L'Art et l'archéologieChapitre 10 sur 102 · INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE DE ROME. SI · texte numérisé non relu

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étrusques ; que sur ces hydries, ces coupes , ces amphores blanchies par la poussière dans les cabinets des curieux; que sur cette poterie d’aspect si monotone, les mythes héroïques et religieux de la Grèce se déroulent avec une richesse incroyable! Souvent ces lignes si pures, cet abandon plein de grâce, ce caprice ravissant , toute cette fleur de beauté et do jeunesse voilent aux regards peu exercés les libres créations du panthéisme et les idées des anciens sur les forces de la nature et sur la mort.

Dans ces simples esquisses échappées à un crayon mercantile, l’école symbolique et le docte et doux Creuzer, son illustre chef, plus d’une fois ont cherché la trace légère du spiritualisme païen. Les figures énigmatiques qui se groupent autour des grands vases de la Fouille et de la Lucanie, ces représentations grandioses et confuses des dieux de l’Erèbe, et des Furies, ont pu leur apparaître comme la formule mystérieuse par laquelle les anciens révélaient leur pensée sur les destinées de l’homme après celte vie, fine quelques tendances empreintes d’un certain mysticisme se soient glissées dans l’exégèse de ces monuments de la sereine antiquité, c’est ce que nous reconnaissons. D’ailleurs elles ont été signalées avec vivacité par une école rivale, dont Voss et M. Lobeck sont les plus illustres représentants. Mais les critiques n’ont-elles pas été trop loin? Si, comme quelques philologues le prétendent, les trésors de l’art grec, cet art si charmant et si pur, n’expriment que des idées puériles; si ces marbres divins ne manifestent que des appétits grossiers, ce désaccord complet entre la

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forme et l’idée, cet éternel contre-^ecns est des plus déplorables; il y a là pour l’esprit humain un véritable déshonneur.

Vers 183.0, la topographie antique vint en première ligne dans les Annales et le Bulletin. Une pensée qui rappelle les beaux jours de la papauté avait fait entres prendre par le gouvernement pontifical, huit annéeauparavant , le déblaiement de cette masse de ruines qui séparent le Capitole du Colysée. Dirigées avec habileté, ces fouilles amenèrent de précieux résultats. Ainsi la découverte du pavé de la voie Sacrée conduisit à reconnaître les limites du Forum. L’étude approfondie de ce lieu , un des plus célèbres du monde , présente de grandes difficultés. Marquer sur ce gazon qui pousse entre des ruines la place où le peuple-roi se pressait pour entendre ses tribuns, et nommer de leur vrai nom tous les décombres illustres que les siècles ont accumulés dans le Campa Vaccina , peut être regardé comme un de ces labeurs que la sagacité la plus courageuse et l’érudition la plus sûre seules peuvent oser entreprendre. Et cependant il faut leur rendre hommage, vingt antiquaires se sont exercés sur ce sujet délicat. Nous citerons Nardini, Féa, N'ibby, Gauina, et plus récemment MM. Becker et llenzen. Aux efforts des savants il faut joindre les efforts des artistes ; de belles restitutions habilement conçues ont été proposées par les architectes. Lorsque d’une main si hardie Niebuhr refaisait l’histoire romaine, ce grand critique songeait à une restauration du Forum. Mais la terre cachait encore en partii' les monuments qui pouvaient le guider. Admirateur et

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ami de Niebuhr, et prompt à profiter d’une heureuse circonstance, M. Bunsen a voulu terminer l’ébauche commencée par une haute intelligence. Cet essai remarquable, l’œuvre d’un esprit aussi large qu’enthousiaste, se résume et s’éclaire dans des plans soigneusement étudiés. Non-seulement il embrasse le Forum de la République : il comprend encore tous les Forum construits par les empereurs. Sans doute il est hypothétique sur plusieurs points ; mais comme il fait autorité sur beaucoup d’autres, comme il occupe un rang élevé dans les Annales, nous devons nous y arrêter.

Le Forum de la République [Forum vêtus), couvert à l’origine d’arbres et de boutiques , se développait dans une vallée fermée par trois mamelons, le Capitole à l’ouest, le Palatin au midi, à l’est la Vélia. Tout l’espace compris entre l’arc de Septime -Sévère placé au pied du Capitole, et le temple de Faustine , situé au bas de la Vélia, que couronne aujourd’hui l’arc de triomphe de Titus, tout cet espace , disons-nous, était rempli par le Forum; assez large à l’ouest, il se resserrait à Test. L’image qu’il offre sur le papier est celle d’une pyramide ti'onquée dont la base serait au pied du Capitole et le sommet au pied de la Vélia. Cette forme lui était donnée par l’écartement de deux rues qui descendaient de la Vélia dans la direction du Capitole. Elles le bornaient au nord et au midi dafis toute sa longueur, à peu près comme la rue de Rivoli borne les places de THôtel-de-Ville et du Louvre. Ces deux rues isolaient le square romain des temples , des basiliques et de la salle du Sénat qui l’entouraient et

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s’aligiiaieiil sur leur façade. La rue du nord s’appelait la voie Sacrée, sumrna via Sacra ; c’était par cette rue que les triomphateurs se rendaient au Capitole ; celle du midi, summa Velia. Elle passait au pied du Palatin. Deux rues transversales croisaient les premières : l’une, k l’est, marquait les limites du Forum à la hauteur du temple de Faustine; l’autre, k l’ouest, et plus rapprochée du Capitole, partageait le Forum ; c’était le Clivas Sacer. Dans la partie comprise entre cette rue et le temple de Faustine, le Forum changeait de nom. 11 s’appelait Comitium. Lk, en effet, se tenaient les comices.

Ce Comitium, qu’un grand épigraphiste, M. Momsen, met au pied du Capitole {Annales, 1844), nous n’en dirons pas ici la raison, ce Comitium constituait la partie la plus importante du Forum de la République, ou, pour mieux dire, c’était un second Forum, tandis que le premier, le L’orum des plébéiens, n’était qu’un marché. Le Comitium appartenait aux patriciens. 11 fut pendant des siècles le sanctuaire politique et religieux du peuple romain. Le Forum des plébéiens, il est vrai, eut aussi ses jours de gloire. La vigne, l’olivier, le figuier que les laboureurs romains y avaient plantés jadis, ces heureux symboles de la culture en Italie, ombragèrent plus lard d’orageuses discussions.

Quelques degrés élevaient le Comitium , ouvert de tbus les côtés; en revanche un immense velarium le protégeait contre le soleil et la pluie. Le tribunal du préteur et la tribune aux harangues caractérisaient le Comitium. Ils rappelaient ici que la justice et l’éloquence étaient les pivots de la République. Une

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estrade demi-circulaire avec le siège du juge au fond, tel était le tribunal. Quant à la tribune, sa forme rappelait l’ambon, paisible chaire où, dans les basiliques chrétiennes, on lisait au peuple , pendant la messe, l’Épître et l’Évangile. Cette tribune, selon M. Bunsen , offrait l’aspect d’un petit temple dont la façade serait ornée de six rostres ou proues de vaisseau. Une plate-forme la surmontait, et cette plate-forme était assez spacieuse pour que l’orateur eût la facilité d'y faire quelques pas. C’est à l’extrémité du Comitium, sur le bord du Clivus Sacer, en face du Capitole, que la tribune aux harangues devait être placée. La raison en est simple : de cet endroit la voix de l’orateur pouvait être entendue des plébéiens qui l’écoutaient dans le Forum.

Un jour, à l’époque la plus florissante de son aristocratie, Rome vit à cette tribune un spectacle nouveau. Loin de s’adresser, selon l’usage, aux sénateurs qui d’un balcon voisin, celui de la Curie, assistaient aux débats, un orateur, Licinius Crassus, voulant faire passer un projet de loi démocratique, se tourna vers le peuple, réuni dans le Forum, comme si le peuple en cette affaire devait seul se prononcer. Ce léger nuage dans un horizon si pur annonçait la tempête, c’était le présage des effroyables convulsions qui devaient déchirer la République. Vingt ans plus tard, un homme supérieur par le talent, mais que la fougue entraînait au delà de toutes limites, s’agitait dans la tribune du Comitium, tenant sous sa parole de feu tout un peuple frémissant : c’était Caïus (îracchus! Dans les derniers temps des guerres civiles, au mo-

ment où l’horreur de cette lutte entre des factions colossales était au comble, Antoine fit accrocher aui rostres la tète et les mains de Cicéron. Heureusement pour le Comitium, la tribune avait changé de place; dans ses projets d’anéantissement des formes républicaines, César l’avait fait transporter au Forum, qu’il voulait renouveler, trois mois avant sa mort.

Sur de pareilles questions, sur l’histoire de l’art, sur cent autres sujets, les publications de l’Institut archéologique répandent une vive lumière : spirituelles discussions de Letronne, cet esprit net et fin; polémique de Raoul Rochette, féconde en renseignements ; remarquables travaux de MM. Rorghesi et Cavedoni, Philippe Lebas et Rathgeber, Canina et Lepsius ; investigations continuelles de l’infatigable Émile Braun, si versé dans l’étude de l’archéologie comparée, voilà ce qu’on trouve accumulé dans ce vaste recueil que nous recommandons vivement à tous les hommes studieux. Ils y trouveront aussi les philosophiques recherches d’un grand philologue, M. Welcker, et les aperçus osés, mais ingénieux, d’un savant enlevé trop tôt à l’archéologie, je parle de Panofka (mort à Berlin le 20 juin 1858); ils y trouveront plus d’un témoignage de la perspicacité heureuse de MM. de Saulcy et de Lqngpérier; ils y trouveront enfin les consciencieuses descriptions de M. de Witte. Que cette curiosité si vaste, cette philologie si haute, ce mouvement considérable des esprits dans les voies nouvelles de la critique n’aient pas pénétré plus avant dans la partie éclairée du public français, voilà qui est fait pour exciter un grand étonnement. Quant à ceux

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