INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE DE ROME
ses longs travaux lui méritaient dans le souvenir de ses compatriotes un rang plus élevé. Nous avons le duc de Luynes , zélateur déclaré de l’archéologie, et par son vaste savoir et le sens exquis des monuments, habile à la faire avancer dans toutes les voies, surtout dans l’étude des religions. h'Elite des monumenls céramographiques de M. Lenormant et de son persévérant et fidèle collaborateur, M. de Witte, par la profondeur, l’exactitude et l’ingénieuse direction des recherches , peut servir de pendant aux travaux de M. Gerhard sur la céramographie. Je me tais sur la numismatique, l’archéologie orientale, l’égyptologie, dans lesquelles la France est au premier rang. Que nous manque-t-il donc pour faire prospérer, sous notre latitude scientifique , l’étude des religions , pour qu’elle prenne un bel essor? Ce qui nous manque, c’est un public.
Oui, le public et le siècle lui -même en France semblent se détourner de l’antiquité figurée dans ses plus hautes applications. L’ombre s’abaisse. Nul doute qu’eu s’associant dans un assez court espace de temps, deux des représentants les plus célèbres de l’archéologie allemande , en faisant asseoir d’une voix unanime H. Gerhard à côté de M. Welcker, une illustre compagnie n’ait voulu nous montrer tout le prix qu’elle attachait à ces nobles études, et nous faire sortir de notre eugourdissemeut.
ARCHEOLOGIE CLASSIQUE.
AKNAI.es et bulletin de LT.NSTITUT AKCHÉOLOGIQUE DE HOME
{Journal des D^baU, 22 janvier 1860.)
Cet ouvrage, écrit moitié eu français, moitié en italien, a sa place marquée parmi les livres les plus utiles et les plus beaux de la bibliothèque du savant et de l’artiste. Depuis treute ans cette publication est commencée et se compose maintenant de trente volumes. Un atlas considérable en fait partie, et sous ce titre ; Monumenti inediti, renferme de nombreuses planches qui reproduisent avec une fidélité bien rare la plupart des monuments remarquables provenant des fouilles pratiquées depuis plus d’un quart de siècle dans toutes les contrées classiques, et particulièrement en Italie. Le texte est une mer d’érudition. Sans ce recueil, il serait impossible d’embrasser l’ensemble des études archéologiques et de suivre leurs progrès. Voilà bien des titres à la renommée; cependant, et nous le disons non sans étonnement et sans regret, cette vaste, cette précieuse publication est signalée pour la première fois aujourd'hui dans un journal français.
La spéculation n’a pas créé les Annales; la librairie n’y a pas mis la main. La pensée qu’elles réalisent si heureusement vient de plus haut. Quelques fervents adorateurs de l’antiquité, quelques grands personnages tenant aux deux aristocraties, celle du sang et celle de l'intelligence, l'héritier présomptif d’une cou-
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l’onrie, voilà quels furent ses fondateurs. Il faut tenir compte également de l'ardente initiative de M. Gerhard, membre de l’Académie de Berlin et l’un des plus dignes représentants de la science allemande.
L’idée d’une publication réunissant en un faisceau les recherches contemporaines sur l’archéologie n’est pas une idée neuve. Trois archéologues d’un grand mérite, Boettiger, Schorn, M. Welcker, et le célèbre antiquaire Guattani, de très-bonne heure et séparément, sont entrés dans cette voie. Toutefois une direction trop exclusive, des moyens d’information trop limités, mais surtout l’extrême difficulté pour l’érudition et le talent eux-mêmes de soutenir une pareille entreprise, quand ils sont isolés, vinrent mettre obstacle au succès complet de ces publications. Et cependant quand on songe à l’état des études archéologiques, on voit combien une création de ce genre était nécessaire.
Depuis le jour où un charmant enthousiaste, dans les murs de cette Rome qu’il adorait, conçut YBistowe de l'art, et les Monumenli mediti, fondement de deux études récentes, l’esthétique et l’interprétation des monuments figurés, depuis cette époque mémorable dans l’histoire littéraire, les matériaux de l’archéologie se sont décuplés ; les trésors que recèlent les cendres du Vésuve n’ont cessé de s’accumuler dans le musée de Naples ; les beaux principes de l’architecture antique ont été mis dans tout leur jour. A l’Europe artiste et libérale, l’Angleterre a révélé Phidias ; d’habiles antiquaires ont parcouru la Grèce, marquant avec un soin pieux, sur celte terre semée de
ruines, la place de tant de villes célèbres aujourd’hui disparues; d’autres ont visité l’Asie Mineure, retrouvant partout le goût hellénique, mais sous des aspects inattendus ; en nous donnant la clef des écritures de l’Égypte, en soulevant le voile dont s’enveloppe une civilisation qui semble n’avoir pas eu d’enfance, un philologue de génie a conquis, au nom de la science française, le royaume des Pharaons. L’Assyrie, cette autre énigme, nous a laissé voir des palais aussi vieux que la Bible, et dont les murs sont couverts d’une écriture qui attend un Champollion; enfin l’Italie païenne nous a livré son âme en nous livrant le secret de ses tombeaux.
C’est au moment même où ce grand mouvement scientifique, inauguré par Winckelmann, était dans toute sa force, c’est à Rome, entre 1825 et 1828, que la création àes, Annales fut projetée par M. Gerhard et ses amis. Grâce â eux, pour la première fois, la lumière s’est répandue dans toutes les parties de l'antiquité figurée ; grâce à eux, la publicité, si difficile et si restreinte dans cet ordre de travaux, est devenue large et facile. A peine leur projet était-il connu, que déjà les hautes célébrités de la grande érudition se groupaient autour de cette pléiade d’antiquaires : aussi la fondation de l'Institut de Rome fut-elle le résultat immédiat de ce noble empressement.
Aimales et Bulletin de correspondance archéologique, tel fut le titre de ce nouveau recueil, dès lors dirigé, alimenté par toute une académie, ou plutôt par l’FAirope savante, à laquelle il demandait chaque jour un fait, un texte, une idée. Enregistrer les résul-
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lats (les fouilles fut le premier objet; le second fut de discuter les monuments anciennement découverts, mais mal interprétés, ou bien encore de décrire brièvement tous ceux que le sol classique livrait chaque jour à la critique des antiquaires, sauf à les étudier sérieusement plus tard. Une branche de ces études, jusque-là fort négligée, la topographie archéologique, et une étude non moins intéressante, à laquelle un grand philologue, M. Boeckh, venait de donner un brillant essor, l’épigraphie, enfin la numismatique et la glyptique, c’est-à-dire tout un monde de détails et de petits problèmes, trouvèrent place dans les Annales. On n’a point oublié la vive impulsion qu’elles reçurent. Chaque mois le Bulletin vint instruire le lecteur du mouvement quotidien de la science, marquant, à tous les anniversaires de la naissance de Winckelmarin, la route parcourue. Chaque année, les Annales vinrent discuter devant le public érudit quelque point délicat avec celte sollicitude majestueuse si parfaitement reproduite dans le Peseiir d'or do Gérard Dow.
Je relisais dernièrement la première liste des membres de l’Institut de correspondance, la liste de nos anciens confrères. En tête se trouve le nom de Frédéric-Guillaume, alors prince de Prusse et protecteur de l’Institut. Combien ce nom témoigne ici des goûts élevés et libéraux des familles régnantes en Allemagne! K.-Oltfried Miillcr et Letronne, Boettiger, Ilirt et Millingen, sir William Gell, Raoul Rochette, Thiersch et Quatremère de Quincy, Dodwell et Brônsied, Nibby, Schorn et Panolka, enfin M.M. Boeckh, Welcker et Guigniaut figurent au nombre des membres de cette
AUCIIKOLOGIR CRASSIQUK.
Académie ultramontaine. Deux artistes, grands appréeiateurs des anciens, Thorwaldsen et M. Ilittorff, sont placés également sur cette liste où l’on regrette de ne pas voir un plus grand nombre de leurs émules. Parmi les membres honoraires, trois noms m’ont frappé de respect ; les noms de Guillaume de llumboldt, de Guillaume Schlegel et de Chateaubriand.
Rome où le souffle de l’antiquité remue si violemment les âmes devint le siège définitif de la nouvelle Académie. C’est sur la roche Tarpéienne que l’Institut archéologique établit ses pénates. Là tous ceux qui aiment la science les saluent depuis trente ans.
L’année même où cette société entrait dans une voie parcourue si honorablement et au prix d’énormes sacrifices, la fortune lui réservait une admirable découverte que l’on a comparée aux fouilles d’Herculanum et de Pompéi. Non loin de Corneto, dans une plaine empestée que traverse un torrent qui fuit avec rapidité vers la mer Tyrrbénienne, près d’un pont vénérable jeté sur deux rives sauvages, ponte délia Badia, de 1 828 à 1829, un grand nombre de tombeaux étrusques ont été ouverts. Dire tout ce qui a été trouvé dans la nécropole de Vulci nous serait impossible. Des bronzes, des bijoux d’un travail exquis s'étalaient au milieu des ossements dans ces asiles funèbres, épargnés par miracle. Quatre mille vases qui attestent cet immense désir des anciens de parer la demeure des morts; oui, quatre mille vases! aussi beaux pour la plupart que les gracieuses amphores de Nola, ont été rendus à la lumièi'e. Argile fin, vernis délicat, forme élégante et variée, rien ne manquait à ces fragiles chefs-
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d’œuvre animés par des milliers de figures. Dans ces compositions se reflétaient des époques et des styles divers ; mais les dieux et les héros de l' Attique jouaient ici sans partage un rôle important.
Le beau Mémoire de M. Gerhard sur les vases de * Vulci, Rapporta intorno i vasi Volcenti {Annales, 1831) produisit dans le monde savant une sensation profonde. Par quel prodige, se demanda-t-on, quatre mille vases couverts d’inscriptions grecques se trouvent-ils enfouis dans le cimetière d’une ville de l’Étrurie, ville à peine connue dans l’histoire ? A l’exception de quelques antiquaires italiens pour lesquels ces trésors de la céramique grecque représentaient « les plus anciens monuments du culte des Etrusco-Pélasges » , c’est ainsi que s’exprime le prince de Canino ; tous les maîtres de la science constatèrent le caractère hellénique des vases de Vulci. Toutefois, sur la question d’origine on fut loin d’être d’accord. La présence de ces vases impliquait-elle l’établissement d’une population grecque vivant à l’athénienne dans les murs de Vulci, ou bien l’existence dans cette ville d’une colonie de potiers athéniens, ou bien encore était-ce l’indice du goût très-vif de l’aristocratie étrusque pour les vases peints qu’elle aurait fait venir de la Grèce et de l’Italie méridionale, devançant de la sorte dans les voies du luxe des choses lointaines nos amateurs de porcelaine de Chine ou du .lapon? K.-O. Müller, Haoul Rochette, Millingen, MM. Gerhard, Boeckh, Welcker et d’autres antiquaires prirent part à cette discussion chaudement débattue dans les Annales et le Bulletin. De pareilles questions paraîtront oiseuses
SÜ AllCHKOI.oaiR CLASSIQUE.
aux gens (lu monde, aux amateurs de salon, surtout eu France, et surtout à cette heure ; mais les savants ont vu ici quelque chose de plus instructif qu’un délai! secondaire ; ils y ont vu de curieuses révélations sur • l’état économique et social de l’ancien monde ; révélations incomplètes, divergentes, précieuses cependant, car elles touchent à des questions sur lesquelles les textes gardent le silence le plus absolu; mais lorsque la science des monuments figurés aura fait des progrès nouveaux, qui nous dit que ces révélations ne deviendront pas lumineuses ? La vérité veut être longtemps cherchée, et la critique a pénétré dans bien d’autres mystères.
Par cette belle découverte de Vulci, les imagina- |
lions étaient excitées : aussi l’attention des rédacteurs i
des Annales se dirigea-t-elle pendant plusieurs années (
principalement sur les vases peints. Quel vaste champ j
d’étude que celui de la céramographie ! Comme il s’est 1
agrandi sous une double influence, celle de l’esprit I
scientifique et de l’avidité commerciale ! Leurs efforts i
se sont réunis pour fouiller toutes les nécropoles de (
l’Étrurie, de l’Italie méridionale, de la Sicile et du ^
continent grec. <( Désormais, écrivait M. Bunsen, am- i
bassadcur de la Prusse près du Saint-Siège et en ,
même temps le savant secrétaire de l’Institut de Borne ,
et le digne successeur de M. Gerhard, désormais per- ,
sonne n’aura le droit d’étudier avec fruit cette classe de monuments et d'en parler en connaissance de cause s’il ne consulte notre recueil, » Combien de gens sont loin de se douter que sur les cinquante mille vases retrouvés depuis un siècle, et inexactement appelés
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