L’ÉCOLE FRANÇAISE D’ATHENES
création d’une institution dont « la France seule, jusqu’à présent, a conçu et réalisé la pensée, » on se méprend tellement sur les faits et les dates, que j’ai cru devoir insister.
L’idée d’établir à Athènes une colonie savante, d’y envoyer pour plusieurs années quelques-uns des plus distingués parmi nos jeunes universitaires, est une idée si naturelle et si heureuse, qu’on reste surpris quand on songe à l’espèce de froideur qui l’accueillit à l’époque où elle commençait à être en voie d’exécution, S’il est un nom qui rappelle à l’imagination charmée les sources les plus pures du génie littéraire et des chefs-d’œuvre d’une supériorité souveraine que l’art des modernes ne saurait égaler, Athènes est ce nom assurément. Cette terre de Grèce, toujours favorisée des dieux, abonde en inspirations hautes et franches, en excitations puissantes qui raniment l’esprit, le retrempent et lui donnent une nouvelle vie. Où trouver ailleurs une empreinte aussi nette, aussi fraîche de la belle antiquité? L’illustre Otfried Müller ‘ l’a bien senti ; aussi disait-il en décrivant cette Hellade où il est allé mourir : « Ici l’on pénètre dans les profondeurs d’une antiquité bien plus vivante que celle de l’Italie, malgré ses monuments et ses musées. » Ce qui plaisait surtout à ce grand antiquaire, c’était que le présent de la Grèce était si peu de chose, qu’il laisse la place libre au passé ; oui, et je me plais à le répéter^our établir cette institution libérale (une autre
i^rcljyitomsc^^iltheilungeit oi« Griechentand, nach Karl OtieUJlijher^f^Jiîat^oifenen Papieren heraïugegebea von Adolf SchSll.
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)ÜÜ ARCHKOI-OGIE CLASSIQUE.
Académie de France), ce centre d’érudition et d’incessantes recherches dont l’Université et la science ont bien plus profité qu’on ne se l’imagine, il était impossible de mieux choisir que cette Athènes éf^irnelle comme Rome, ville incomparable, chère à tous les gens d’esprit, à tous les cœurs d’artistes, car tout y est douceur et beauté, le ciel, l’art, les souvenirs.
Il est encore difficile à cette heure, pour un critique sincère, d’embrasser dans leur ensemble les travaux de l’École française, surtout depuis sa fondation. Les uns sont publiés dans divers recueils ' ; les autres, et
1. Je saisis l'occasion do donner ici une liste du ces pulilications, liste que j’aurais voulu rendre plus complÈle : — About. Mémoire sur l’île d'Épine, Archives des missions scient ifiques et Uuéraires, l, III, p. 481. — Barbier (ËdouardJ. Saint Cliristodule et la rërorme des couvents grecs au oniièmc siècle. Hachette, 18G3. — Benoit (Charles). Fragment d'un voyage, en 1847, dans l’Archipel grec; Archives, 1. 1, p. G09 ; ibid., t. 11, p. Î8G. — Berlrand, Fragment d’un voyage dans le Péloponèse en 1880; ibid., t.lll, p. 389. Kssai sur les dieux protecteurs des héros grecs et troyens dans l'Iliade; Rennes, 1888. Études de mythologie et d’ Archéologie grecques d'Athènes à Argos ; Rennes, 1858. — Beulé. Mémoire sur trois inscriptions d’OIympio; Archives, t. Il, p. 589. l"^ et S” rapport sur l'Acropole ; ibid., t. III, p. 389 et 397. Les Monnaies d’Athènes ; Paris, Ruilin, 1858, 1 vol. in-4. Les Monnaies d’or d’Athènes; Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XXIII. An viilynris lingiia tipud veieres Grxcos exslileril, lhesim proponehat; Paris, 1883. La statuaire d'or et d’ivoire, et la Minerve de Phidias ; Stevue des Deux Mondes, 1850. — Bontan. Sur la topographie et l’histoire de Lesbos ; Archives, t. V, p. 373. — Burnouf (Ëiiiile). Le vieux Poix à Athènes ; Archives, 1. 1, p. 11. Les Propylées, ibid.,p. s. Le lac Copaïs, p. 123; Notice pour le plan d’Athènes anlique, ibid., t. V, p. 40. Le Parthénon ; Mente des Deux Mondes, 1 847, t, IV, p. 834. — Coulonclie (de ia). Mémoire sur le berceau de la puissance macédonienne des bords de l’Haliacmon à ceux de l’Axius; Revue des Sociétés savantes, t. IV et 4, 1858. — Fustel do Coulanges. Rapport sur l’île de Chio; Archives, t. V,p. 481.Polybo, ou la Grèce conquise par les Romains : Amiens,
— DigitizBd byiîoGgle
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c’esl le plus grand nombre, ne peuvent être appréciés que dans les rapports adressés à l’Académie par la commission chargée de l’examen de ces travaux. Ce manque de publicité est un inconvénient très-grave, et la réputation de 1a jeune École en souffre. Le public, qui n’est point régulièrement informé, et qui ne peut savoir par lui-même ce qu’il y a là de zèle soutenu, de force intellectuelle, demeure indifférent et de notre École française ne connaît en général que le nom. Puisqu’on ne l’a point encore tenté, je voudrais, me bornant à indiquer les masses principales, essayer de faire entrevoir cet ensemble à mes lecteurs.
Quelqu’un a déjà dit que l’Ecole française n’était autre qu’une mission scientifique permanente. Ce mot paraîtra d’une justesse parfaite pour peu qu’on réfléchisse à celte longue série d’explorations accomplies sans interruption aucune pendant quinze années : exploration permanente, je maintiens le mot, qui embrasse déjà l’Archipel, les grandes îles grecques et tout le continent, depuis l’extrémité méridionale du
1858, in-8. — Girard. M<?moire sur l’Eubéc; ArchiveSy t. Il, p, 635. “ Guérin (Viclor). Description de Pile de Patmos et de l’île de Samos; Paris, Durand, 1856, in-8. Élude sur l’ile de Hhodes, thèse présentée à la Faculté des lettres de Paris ; Durand, 1856. — Henriol. Sur la topographie des dOmes de rAllfque; Aichivest l. IV, p. 419. — Heuiey. Le mont Olympe et l’Acarnanie; Paris, 1863, in-8. — Lacroix. Les Iles de U mer Égée; Wttivers piitotesquCf t. XXXVll], — Lévêque (Charles). Les monumenis d’Athènes et les études archéologiques en Grèce; Revue des Deux Mondes (15 août 1851). — Mézières. Mémoires sur le Pélionel î’Ossa; Arckires^i. III, p. I SO. — Thénon. Inscription archaïque de Gorlyne ; Jîm/e archéohgUjue^ novembre 1863. — Wescher. Le moiiuineiil de Dexiléos à Athènes ; /{cvKc archéolotjiquey octobre 1863.
royaume hellénique, jusque dans les provinces du Nord que régit encore la Turquie, sans compter certaines promenades scientifiques en Ëgypte et sur les côtes de l’Asie Mineure. Ce qui me surprend, c’est de voir que, parmi les trente et quelques sujets de recherches proposés depuis 1851 par l’Académie de.s inscriptions, la plupart aient été l’objet d’une étude sérieuse. Quand je me reporte à cette somme d’investigations savantes, parfois non sans danger, et toujours difficiles et délicates, investigations exécutées à si peu de frais par des voyageurs encore novices, j’admire ce résultat, et je m’empresse de reconnaître combien l’Académie des inscriptions et belles-lettres a le droit de s'en féliciter.
Représentez-vous quelques jeunes gens d’un esprit distingué, qu’une forte et saine éducation sous des maîtres illustres a bien préparés à combattre les obstacles, parcourant sans cesse et dans toutes les directions, Pausanias à la main, le sol hellénique. Tantôt ce sont des contrées entières qu’ils explorent ; tantôt une seule ville devient l’objet d’une investigation profonde. Ils ont des opinions à eux, ils y tiennent, ils les défendent, et les autorités les plus graves ne leur enlèvent pas la liberté d’appréciation. Gell, Clarke, Ulrich, Forchammer, Leake, Ross, Otfricd Miillcr et Curtius, ainsi, que les travaux de la commission de Morée, sont par eux commentés, discutés, parfois réfutés. C’est un large complément des explorations scientifiques dont la Grèce a été l’objet, surtout depuis soixante années, complément dont l’importance s’accroît chaque jour. 11 y a plus : avec cette vive in-