L'ÉCOLE FRANÇAISE D’ATHÈNES
a été tel que l’attention publique, concentrée sur un seul point, ne s’est pas fixée d’une manière aussi vive sur l’ensemble du monument littéraire élevé, par M. Beulé. En effet, c’est un monument qu’un bon livre, et celui qui porte ce titre, F Acropole ' , et où il a résumé tous les Mémoires adressés par lui à l’Académie, restera comme le meilleur inventaire des trésors que renferma jadis la reine des citadelles : inventaire dressé par un homme de tact et d’un goût délicat, épris de la beauté antique; par un universitaire qui aime, qui sent Phidias, qui en parle élég.amment, mais qui en parle en artiste et non en rhétoricien.
Si je ne me bornais à marquer ici les grandes lignes, j’aurais beaucoup de noms et de travaux à citer ; il est certain que pendant les dix années (l8o2-62) qui suivent les fouilles de M. Beulé, l’Ecole semble redoubler d’activité et d’entrain scientifique. Ainsi j’aurais à signaler le zèle d’un observateur instruit, de M. Girard, auquel on doit un bon travail sur la géographie, l’histoire et les antiquités de l'Eubée ; j’aurais à montrer M. About visitant Égine, et nous donnant, même après Otfried Millier, d’intéressants résultats, sous cette forme agréable où son libre esprit se joue. J’aurais fait voir MM. Bénoît, Lacroix, Gandar, étudiant les îles de la mer Égée et les îles Ioniennes; j’aurais signalé MM. Victor Guérin, Bontan, Fustel de Coulanges, Perrot, Dugit, Thenon, explorant à leur tour Rhodes, Lesbos, Chio, Tasos, Naxos et la Crète ; j’aurais indiqué ces
1. I/Àcropùle d’Àtkènes, publié sous les auspices du ministre de rinstruction publique. Paris, Didot, 1854; 2 voi. in-8. L'éditeur vient de mettre en vente la seconde édition, en un volume.
ARCHEOLOGIE CLASSIQUE.
éléments divers d’une belle et vaste monographie sur la Grèce insulaire. Retournant ensuite vers la presqu’île, j’aurais suivi en Arcadie (l’Auvergne du Péloponèse) M. de la Coulonche demandant à une nature agreste le secret de l’indépendance des Arcadiens; enfin, remontant vers le Nord, après avoir côtoyé avec M. Mézières les rives du Pénée, après m’être égaré sous les épais ombrages de la vallée de Tempé, j’aurais gravi derrière lui les sommets du Pélion et de l’Ossa.
Il me reste bien peu d’espace, et cependant comment ne pas signaler le remarquable travail de M. lleuzey sur l’Acarnanie? Dans ce pays, l’antiquité semble encore vivante, elle se trouve partout : et dans les mœurs et dans les monuments; dans ses enceintes helléniques cachées au fond des bois, car le temps a respecté leurs murailles, leurs portes et leurs forts détachés. Je ne puis oublier non plus la courageuse exploration de M. Gaultier de Claubry, dans la partie la plus .sauvage de l’Kpire, dans la Thesprotie et jusqu’au lac de Janina, près duquel on suppose que s’élevait jadis l'antique Dodone, ce centre religieux des Pélasges du nord de la Grèce et où relleurit à une époque des plus reculées un vigoureux rameau de la religion des Arias. Le Mémoire inédit de M. Bazin sur l’Étolie, où il détermine la position de plusieurs villes antiques, et fixe les limites de divers cantons, complète cet ensemble de recherches sur la géographie du nordouest de rilellade; recherches généralement neuves, bien présentées, qui portent sur des régions plus ou moins négligées par les voyageurs , quoique bien