Revue archéologique f 1846, p
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face humaine avec des pattes de lion Ces monstres, de dix à douze pieds de hauteur, nous font songer à l’Égypte par la coiffure, et par leur position à l’entrée d’un palais aux taureaux à face humaine de Korsabad et de Persépolis.
Suivons maintenant Hamilton dans une gorge de la Cappadoce. Dépassons cette arche mystérieuse par laquelle on pénètre entre deux rochers qui s’élèvent verticalement à mille pieds de hauteur. Levez la tête, et vous verrez ces murailles prodigieuses criblées d’excavations, ornées de toutes les élégances de l’architecture ; pilastres supportant des frontons, architraves délicatement travaillées, colonnes finement sculptées. Une ouverture au pied du rocher vous donne l’accès d’un passage parallèle aux parois. Là, vous trouverez un nombre considérable de cellules dont les fenêtres , espacées régulièrement, donnent sur la vallée ; une chapelle grecque, et un peu plus loin une grande église byzantine, taillées dans le roc, ajouteront au trouble de vos idées. Il n’est pas impossible de les éclaircir.
Hamilton aurait-il retrouvé ici un exemple des couches successives de la civilisation -dans le cours des âges : l’époque primitive, celle où une race troglodyte se creuse des tanières dans la roche tendre? Puis des traces d’une époque postérieure, celle où hrecs et Romains s’étant avancés au cœur de l’Asie,
1 . Vo^'. sur l’inlerprélalion de ces flgures symboliques, M. de Long* parier. Revue archéolofjiquej 1846, p. 73.
2. U. H. fiartii, Archûologhche Zeitungt juin 1859, adonné le pian de ce palais assyrien.
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se logent à leur tour dans ces grottes qu’ils embellissent; puis enfin une troisième époque, où le christianisme s’implante dans ces rochers ? Ces conjectures sont acceptables en attendant l’examen définitif.
Nous touchons à cette période où l’archéologie de l’Asie Mineure sort du domaine de l’histoire et de la littérature savante, où les monuments transportés des contrées lointaines dans nos musées vont nous parler eux-méines et frapper l’attention des artistes. Une mission scientifique confiée, en 1838, à Raoul-Rochette commence chez nous cette révolution .
Vous avez vu au Louvre cette salle où quelques curieux spécimens du plus vieil art grec, et notamment les bas-reliefs d’Assos, se trouvent réunis; c’e.stau zèle de Raoul-Rochette qu’on les doit. Vous connaissez Âssos et ces bas-reliefs : je ne m’y arrêterai point; or, non loin de cette sculpture maussade se montre un art incorrect mais plein de fougue, cet art est gréco-asiatique. Les longues frises du temple d’Artémis Leucophryne, frises rapportées de Magnésie, en 1842, sous les auspices de Texier, nous le montrent amplement.
Cette date (1838) est bien significative dans les études dont j’esquisse rapidement Thistoire : elle marque une grande découverte, celle d’un filon d’or pur. Comment a-t-il été exploité? C’est ce que je voudrais faire connaître à mes lecteurs, et c’est de la Lycie que je vais leur parler.
Placée au sud de la Péninsule asiatique et regardant l’île de Rhodes, la Lycie se présente comme une presqu’île demi-circulaire, dont le pourtour maritime est fortifié par un épais rempart de montagnes. Des neiges éclatantes brillent au sommet de ces masses gigantesques dont les flots bleus baignent le pied. Nous admirons la beauté de la Lycie. Les anciens admiraient son organisation politique : c’était en effet un des types les plus remarquables du pouvoir fédératif dans l’antiquité; vingt-trois villes, dont les plus importantes avaient trois représentants, envoyaient des députés au congrès lycien : nomination du magistrat chargé du pouvoir exécutif dans la confédération , nomination des fonctionnaires , la guerre et la paix, telles étaient les graves questions sur lesquelles on délibérait dans l’assemblée lycienne. Malheureusement la Lycie était une trop belle proie, et malgré son com’age elle ne put échapper aux conquérants et aux despotes. Cyrus ouvre la liste; ensuite paraît Alexandre ; puis viennent les Ptolémées et les Séleucides, en dernier les Romains. Brutus détruit Xanthe, la ville principale; Antoine la rebâtit. Elle tombe enfin du temps de Claude, cette noble Lycie ; l’époux de Messaline lui enlève un reste de liberté.
Xanthe, depuis des siècles, dormait du sommeil des morts au fond de sa vallée; nul œil curieux ne s’était fixé sur elle, lorsqu’un voyageur, quittant la frêle embarcation sur laquelle il côtoyait la rive méri-
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dionale do la Péninsule asiatique, se décida à remonter le cours du Xauthns. A peine avait-il parcouru quelques milles au milieu d’une nature grandiose, qu’un amas de ruines vint frapper ses regards. Ce jour-là, Charles Fellows' eut l’heureuse fortune de faire une des plus belles découvertes dont un ami de l’antiquité puisse s’enorgueillir.
Xanthe , comme toutes les villes antiques, se divisait en deux parties : une ville haute (l’acropole) consacrée à la défense, et une ville basse pour les habitants. L’acropole de Xanthe est assise sur un étroit plateau, haut de deux cents pieds, situé sur la rive orientale du fleuve. Les ruines de la ville basse s’éparpillent sur la rive occidentale, à quelque distance du Xanthus.
C’est dans cette acropole entourée de murailles de l’époque romaine, murailles formées avec des débris de sculpture et d’architecture provenant des édifices voisins, que M. Fellows a trouvé des témoignages aussi curieux qu’inattendus en faveur de la civilisation lycienne : je parle de trois monuments dont l’ancienneté et le caractère commandent l’attention. Le premier, placé près des gradins d’un théâtre en ruine, est connu aujourd’hui sous le nom de tombe des Harpies ; le second pourrait s’appeler le tombeau gothique; l’obélisque, c’est ainsi qu’on désigne le troisième. On va voir ce qui peut justifier ces dénominations.
Le tombeau des Harpies est le plus célèbre, et mérite au plus haut point l’attention des antiquaires.
1. Ejccursion in Àsia Uinor; London, 1839 ; elÀn Account of diacoverics in Lycia; London, 1840.
Qu’on se figure un pilier quadrangulaire de quinze pieds de hauteur. Un dé de pierre le surmonte, et par sa forte saillie abrite une frise ou bande de trois pieds de large, couverte de sculptures dont la singularité et la finesse ont fait la réputation du monument. Yingtcinq figures du relief le plus doux semblent se mouvoir sur cette frise. L’art étrusque, des miroirs et des scarabées, voilà ce que rappellent des contours délicats dont le galbe, anciennement, était rehaussé par la couleur. Pauofka', Émile Braun M. Curtius’, se sont appliqués à chercher le sens de cette sculpture énigmatique; voyons donc quelles seront leurs conjectures.
• Sur la frise du côté oriental (celui par où l’on entre dans la chambre sépulcrale), deux déesses sont assises en face l’une de l’autre sur leurs sièges richement ornés. L’une tient une patère, l’autre la Heur et le fruit du grenadier. Trois jeunes femmes, pareilles aux vierges des Panathénées, s’avancent vers la déesse à la grenade. De longues tresses de cheveux couvrent leurs épaules. La stola orientale enveloppe leur beau corps dans des milliers de plis. Écartant son voile, relevant modestement sa robe, comme l’Espérance dans l’art grec, telle se présente la première de ces femmes. Sa compagne tient une grenade, et la dernière un œuf. N’oublions pas une vache allaitant son veau, placée au-dessus de la porte.
Les trois autres côtés ne sont pas moins mystérieux.