‹ L'Art et l'archéologieChapitre 41 sur 102 · Archdolog. Zeitnng^ janvier · texte numérisé non relu

Archdolog. Zeitnng^ janvier

Une même idée, sous trois formes différentes, semble y être reproduite. Trois hommes d'un âge mûr, trois hommes armés d'un long sceptre, reçoivent le premier un coq, le second une colombe, le troisième un casque. Un enfant présente le coq, un jeune homme la colombe, un guerrier le casque.

Quatre figures ailées placées symétriquement complètent ces sculptures. L’artiste les a représentées fendant les airs avec un jeune enfant dans leurs bras.Belle tête, ceinte d’un large bandeau, cheveux coquettement tressés, puissantes mamelles, corps d’oiseau, pattes nerveuses, les voilà ces Harpies d’où le monument que je décris tire son nom. Elles ajoutent au caractère bizarre de cette sculpture, sur laquelle se reflète un rayon du symbolique Orient.

Nourris de la mythologie hellénique, Émile Braun et Théodore Panofka n’ont vu dans la frise de Xanthe que la Grèce religieuse et ses traditions. Ils ont vu Gérés, Proserpine, les Parques, les Grâces, Junon, Jupiter et les Harpies enlevant les filles de Pandarus. M. Curtius a été plus hardi et peut-être plus heureux.

Selon ce savant, l’idée qui règne ici n’est autre que celle du lien qui unit la vie à la mort. Pour lui la déesse à la grenade, c’est la vie; les trois vierges, les trois périodes de la vie ; la vache qui allaite, la vie ; la déesse qui tient la coupe où elle reçoit l’obole des enfers, la mort; c’est pour cela qu’elle est à la porte du tombeau. Résurrection, voilà ce que disent ces harpies, qui, le sein gonflé de lait, emportent de jeunes enfants. D’un côté elles proclament l’effrayant pouvoir

de la mort; de l’autre elles nous apprennent que c’est des flancs de la mort que sort la vie.

Mais ce triple personnage salué par trois adorateurs, quel est-il? Le dieu de la lumière, l’éponyme de la Lycie, l’Apollon lycien. C’est un dieu en trois personnes, l’analogue du Jupiter triopas adoré en Grèce.

Je ne pénétrerai pas plus avant dans ces profondeurs ; je me borne à une seule réflexion — elle est de M. Curtius. Entre l’art lycien hiératique et l’art grec hiératique, la parenté est étroite. Mais en Grèce la pensée symbolique se voile de plus en plus sous les séductions de la forme. Eu Orient elle reste immuable, tel est le point de séparation.

Quel est ce tombeau d’apparence gothique sous le ciel de l’Asie ? C’est le type d’une certaine classe de monuments funéraires lyciens. Solidement assis sur sa base haute et allongée, il se termine par une voûte . ogivale surmontée d’un dé de pierre. Ainsi placé, cet appendice produit l’effet d’un cimier. Enlevez les belles sculptures qui décorent cette tombe, et vous croirez presque qu’elle a été transportée des rives de la Tamise sur celles du Xanthus.

Tout autre est le genre d’intérêt que présente l’obélisque. Ici l’art n’a rien à voir: il s’agit de philologie. Cette stèle — le nom d’obélisque est impropre — se trouve couverte d’inscriptions qui ont tenu et tiennent encore eu éveil la haute curiosité des érudits. La qualification de Roi des Rois, le nom d’Ormuzd; ces mots : le fils d'Harpagus et quelques indications géographiques, voilà tout ce que la sagacité des in-

tcrprètes a pu extraire de moins incertain dans ces inscriptions presque indéchiffrables. Cependant Daniel Scharpe* croit pouvoir y reconnaître plusieurs décrets rendus par les Perses, après la prise de Xanthe, cinq cents ans avant l’ère chrétienne, par Ilarpagus, général de Cyrus. Telle est l’opinion d’un savant anglais; voyons celle d’un savant allemand ^ que nous ne devons pas oublier.

Appuyé sur une habile restitution des douze lignes de grec qui figurent sur cette stèle, restitution de laquelle il résulte que c’est en commémoration des victoires remportées par le fils d’Harpagus que l’on a érigé ce monument, M. Franz explique que ce personnage, l’un des descendants du général de Cyrus, est devenu roi de Lycie, sous la protection du roi de Perse. Mais contre qui s’est-il battu? Quelle est cette guerre? Quelles sont ces victoires? M. Franz suppose que ces événements sont autant d’épisodes de la grande guerre qui éclata, vers 390 avant J. -C., entre le roi de Salamine (en Chypre), Evagoras, et le roi de Perse, Artaxercès, guerre dans laquelle se trouvaient intéressés tous les Grecs d’Asie, et à laquelle auraitpris partce rejeton d’Harpagus, comme vassal d’ Artaxercès.

Au fond nous ne savons rien de cette langue dont l’excellent Robert Cockerell a rapporté en Europe les premières notions*. Est-elle sémitique ou indo-germanique? Est-ce un des idiomes de l’Asie centrale,

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