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Journal des Débats, 30 octobre

2. Je signalerai en première ligne M. Robert Cockerell. Éciairè par la découverle de M. Nowlon, l’habile archilecle, dès 1858, s’est remis à l’œuvre.

3. Publié depuis sous co titre : A Uiswry of discoveries al Halicaniassus, Cnide and Branchida ; London, 1628-03, 2 vol. in-8 et allas In-l'oI.

On ne fait pas toujours des miracles; tôt ou tard k veine se tarit. Que M. Newton se console donc de ne pouvoir dire avec certitude qu’il a retrouvé les restes du temple de la déesse de Gnide, de cette Vénus si provoquante ; n’a-t-il point recueilli, et même après Texier, une abondante moisson dans cette ville célèbre? N’y a-t-il pas trouvé des marbres dont le style, à ce qu’il assure, rappelle la Vénus de Milo?Sa bonne étoile ne lui a-t-elle pas fait découvrir à quelques lieues de Gnide, sur un cap qui s’élève à plus de trois cents pieds au-dessus de la mer, une tombe toute semblable au fameux trésor d’Atrée? Le lion colossal qui la couronnait gisait à côté, et semblait garder, comme un chien fidèle, ce tombeau d’une date reculée (400-350 av..l.-C.).

Aidé par le crayon et la photographie, M. Newton nous fera connaître sans doute ces figures assises sur des trônes, les mains sur les genoux; figures qui bordaient la voie sacrée par laquelle les pèlerins montaient du petit port des Branchides au temple d’Apollon. Chandler a Vu cinq de ces figures enterrées jusqu’au cou. Grâce aux foftilles de M. Newton dans le sol où passait cette voie Sacrée, le Musée Britannique possède aujourd’hid dix de ces statues. On sait qu’O. Millier les tenait pour les plus vieux spécimens de l’art grec.

Vieilles elles sont en effet, ces images couvertes d’inscriptions où se lisent les noms de ceux qui les ont offertes à Apollon Didymœus. Chandler décrit ainsi quelque part le temple de ce dieu :

« Il est situé sur une colline en pente douce, et il

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« s’aperçoit de loin parce que la terre, du côté de la « mer, n’offre aucune inégalité. Son souvenir restera « gravé dans ma mémoire. Rien de plus admirable que « les colonnes qui se sont conservées tout entières. « Elles sont toutes d’un seul morceau de marbre, et « si hautes et si nobles qu’il est impossible de con- « cevoir des ruines d’une beauté plus parfaite et plus « imposante. Sur le soir, je vis un nombreux troupeau « de chèvres. Elles regagnaient l’étable, faisant sonner « la clochette suspendue à leur cou. Elles se répan- « dirent au milieu des ruines, grimpant sur les arbris- « seaux et les arbres qui croissaient, à notre grand « étonnement, parmi des blocs énormes. Le soleil U couchant éclairait cette scène de ses derniers rayons. « La mer, aii loin, paraissait unie et brillante. Une « côte montueuse et plusieurs îlots formaient ses li- « mites. Ce tableau était enchanteur. »

Enchanteur ! On le voit, l’émotion gagne l’helléniste anglais.

Quel ravissant spectacle, en effet, que celui des ruines sous un ciel magnifique, en face de ces pittoresques rivages auxquels les plus grands, les plus doux souvenirs de la race humaine resteront attachés ! Entourée d’une nature splendide qui ajoute à sa propre beauté, la noble antiquité s’offre ici à notre amour, à notre culte, parée des plus touchants attraits. Dans cet air libre et pur, et loin de toutes les vulgarités d’une civilisation matérielle, le cœur s'élargit, l’esprit s’anime et s’élève. L’érudition elle-même se sent des ailes ; elle monte jusque dans ces hautes sphères où règne la poésie.

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LE TEMPLE D’ÉPHÉSE'

(Journal drs Débats, 19 scplcmlirc 186!.)

Af. Fallcener est le digue émule des Martin Leake, des sir Charles Fellows, des William Hamilton, des Robert Cockerell, des Newton, des Layard, etc., etc., et de tous les Anglais voyageurs qui, dans le cours du siècle, ont puissamment conüâbué à éclairer d’une lumière nouvelle la géographie et les monuments des contrées classiques. L’ouvrage dont je voudrais parler prendra place à côté des leurs. On y trouve tout ce qu’une application persévérante peut apporter de documents, tout ce qu’une érudition ingénieuse peut former de conjectures pour éclaircir et discuter un point d’antiquité. Des plans, des vues, des vignettes, le tout gravé d’après les dessins de l’auteur, enrichissent cette monographie, pour laquelle ou n’a rien négligé. On serait même un peu effrayé des dépenses qu’une publication de cette nature entraîne, si l’on pouvait oublier que l’Angleterre n’est le pays des livres imprimés avec luxe que parce qu’il s’y trouve de nombreux souscripteurs.

Vers la fin de 1844, M. Falkener, qui parcourait l’Asie Mineure en curieux et en artiste, vint a Épiièse.

1 . Ephesus and tlie Temple, etc. Éphèse et le Temple de Diane, par Édouard Éalkener. Londres, 1862; un vol. in-8, avec figures.

LE TEMPLE D'ÉPHÈSE. Üil)

Là, sans idée préconçue, sans autre pensée que d’accroltre son portefeuille, il se mit à lever le plan de cette ville célèbre, je veux dire de ses restes. Quinze jours furent employés à étudier et à mesurer les ruines éparses autour des marais qui remplacent les deux ports d’Ephèse; pendant quinze jours, il rechercha avec ardeur à quels édifices et à quelle période de l’histoire pouvaient appartenir les imposants débris dont cette solitude est anoblie ; du moins autant qu’il est possible quand on n’est point en mesure de pratiquer des fouilles, cet énergique moyen d’information. Telle est l’origine du livre que nous signalons au public sérieux.

Mais si ce livre est né fortuitement et sur les lieux mêmes qu’il a mission de nous donner à connaître, combien de fois n’a-t-il pas dû être fait, défait, refait laborieusement avant de paraître ! Que les lecteurs des œuvres légères se doutent peu de l’énorme labeur et des appréhensions vraiment pénibles de ceux qui gravissent lentement les sentiers ardus de l’érudition!

Voyez M. Falkener ! Après avoir visité Éphèse, dont les ruines ofi'rent l’image du chaos, il a voulu tirer parti de cet amas de décombres et savoir ce qu’il cache. De retour en Angleterre, il s’enferme dans sa bibliothèque; il reprend ses auteurs grecs et latins; il leur donne pour escorte tous les voyageurs, tous les érudits qui ont parlé d’Éphèse; dans le silence du cabinet, il confronte les témoignages et les rapproche des matériaux qu’il a recueillis. Ce n’est pas tout ; il se propose de retourner à Éphèse, afin de s’assurer de la justesse de ses conjectures, pour s’amender, se

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corriger, et recommencer au besoin une tâche bien difücile. Malheureusement, ou peut-être heureusement, les circonstances ne lui permettent point d’accomplir ce projet. Que faire alors? Enfouira-t-il dans un carton son manuscrit et ses dessins? Publiera-t-D un livre ? C’est à ce dernier parti qu’il s’arrête, encouragé par les suffrages de quelques hommes compétents. On ne pourra qu’applaudir à cette résolution, qui a enrichi l’archéologie de l’Asie Mineure d’un ouvrage savant, consciencieux, utile à consulter.

Il y a plusieurs Éphèses, s’il est permis de le dire. D’abord une Ëphèse mythologique ; c’est l’Éphèse des Amazones et d’Hercule, l’Éphèse des races indigènes, dos Cariens et des Léléges. Que savons-nous de cette Éphèse? Rien. L’Èphèse grecque vient après. Celle-ci vient de source attique. Bien que tributaire pendant des siècles des Lydiens et des Perses, elle n’en conserve pas moins ses institutions politiques et ses mœurs. Ses destinées se mêlent souvent à celles de la mère patrie. Cette Éphèse était du nombre des douze cités ioniennes ; elle primait dans la Confédération avec Milet et Phocée. L’Éphèse qui s’offre ensuite, c’est la grande Éphèse; son temple est devenu magnifique. Elle tient le premier rang parmi les villes de l’Asie Mineure; elle en est la métropole : c’est l’Éphèse des Macédoniens et des Romains. La dernière Éphèse, c’est celle de saint Paul et de saint Jean. Là on vit les semences de la foi nouvelle germer rapidement dans les cœurs. Là on montrait la sépulture du disciple bicn-aimé. Mais que ce soit l’Éphèse d’ilercule ou celle de saint Jean, c’est toujours la môme ville.

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