‹ L'Art et l'archéologieChapitre 50 sur 102 · LE TEMPLE D’ÉPHÈSE. 2H · texte numérisé non relu

LE TEMPLE D’ÉPHÈSE. 2H

c’est toujours Éphcse, en dépit des changements prodigieux amenés par le cours des choses et des siècles.

Cette ville , qui fit les délices des Romains , se développait entre le mont Pion et le mont Coresus*; assise sur les pentes du mont Pion, elle s’avançait dans la vallée jusqu’aux rives du Caystre, qui se dirige vers la mer en formant mille replis. Quel spectacle devait offrir cette cité tant renommée, quand la masse grandiose de son temple, éclairée des rayons d’un soleil d’Asie, s’offrait comme un splendide frontispice aux yeux du voyageur; quand tous ses édifices, étagés sur les rochers, s’abaissaient graduellement vers la plaine verdoyante, fermée d’un côté par de belles montagnes, et coupée do l’autre par une ligne immense, la ligne brillante de la mer!

Et maintenant, quand on songe que ce temple assez célèbre pour immortaliser celui qui l’avait incendié, que ce monument religieux, sept fois détruit et sept fois relevé, n’avait pas moins de deux cent vingt pieds de longueur sur cent vingt-trois pieds de largeur; qu’une forêt de colonnes ioniennes hautes de soixante pieds devait donner à son architecture une majesté incomparable; que Phidias, Parhasius (un enfant d’Éphèse), Scopas, Polyclète, Timanthe, Euphranor se révélaient ici — avec une foule d’artistes moins célèbres, mais d’un rare talent — par des œuvres exquises; qu’on y voyait des peintures d’Apelle et

1. Dans le premier volume du Voyage en Orient, de MM. Alexandre et Léon de Laborde (Paris, Didot, 1858), on Irouve de belles vues d’Éphèse. M. Falkener reproduit l'une.d’elles.

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des vases de Mentor, ce Benvenuto Cellini de l’antiquité, mais un Cellini d’un ordre supérieur ; quand on songe que les fleurs les plus brillantes du génie grec s’épanouissaient dans cette atmosphère demiorientale et au sein d’une magnificence inouïe, on comprend alors la passion des ruines : soi-même on entend la voix intérieure qui pousse de temps à autre quelques hommes voués aux voyages ou à la science à visiter les marécages où la vieille Éphèse sommeille depuis plus d’un millier d’années.

Je parlais il n’y a qu’un instant du site romantique d’Éphèse ; il nous a été supérieurement rendu par un académicien voyageur qui excelle dans l’art de peindre les paysages au milieu desquels les grands écrivains ont vécu, et à faire sortir de l’impression pittoresque le sentiment littéraire. Voici un coin du tableau que nous trace ce charmant esprit;

« Tandis que nous contemplions d’en bas, nous « dit M. Ampère*, l’hémicycle du théâtre, il était « rempli par un troupeau de chèvres noires, un petit « Chevrier turc sifflait assis sur un débris; une im- « mense volée de corneilles décrivait de longs circuits « dans les airs. Vers la montagne, le ciel était plu- « vieux et grisâtre, et d’un éclatant azur du côté de « la mer. Sur des nuages cuivrés passaient des nuages « blancs comme des spectres ; par momentsune lueur « claire et pâle illuminait des ruines immenses, les « cimes sévères, la plaine déserte. Je n’ai rien vu de « plus sublime ; la campagne romaine elle-même ne

I. Une Course dans l'Asie ttineure. Lettre à M. Sainte-Beuve.

LE TEMPLE U'ÉPilÈSE.

Il m’a jamais apparu plus grande et plus triste. »

Quel cadre pour les ruines de l’antique métropole de l’Asie Mineure 1 Mais il faut que je retourne à M. Falkener.

Patient à la recherche, le voyageur anglais, dans sa monographie d’Éphèse, conduit son lecteur à travers la ville et les faubourgs. Les temples, le théâtre, les gymnases, les deux agora, l’hippodrome, l’odéon, les murailles et les deux ports, rien n’échappe à son investigation. Toutefois, au milieu de ces explorations de détail, il est un point vers lequel M. Falkener fait converger toutes ses recherches : le plan d’Éphèse qu’il s’agit de retrouver. Il appuie ses appréciations sur un fait si important dans l’histoire de l’architecture, que je demande la permission dé m’y. arrêter.

L’usage de construire les villes avec une régularité parfaite remonte à près d’un siècle avant Alexandre. A cette époque Hippodamus de Milet, l’architecte à la mode, lit succéder, dans plusieurs villes grecques, au pêle-mêle des constructions, une symétrie respectable. Le pittoresque disparut. Des rues larges et bien alignées, se coupant à angle droit, remplacèrent les ruelles tortueuses. Thurium, Rhodes, Smyrne furent rebâties d’après un système bien plus conforme à ce goût violent pour le bien-être et la magnificence qui commençait à régner. Il est assez piquant de voir que ces boulevards, que ces rues nouvelles tirées au cordeau, grand sujet de deuil pour nos archéologues parisiens, rappellent moins l’Amérique et l’Angleterre que la Grèce et l’Ionie. Il est consolant de penser que nos édiles peuvent invoquer contre la critique l’au-

torilé d’un grand ami de la ligne droite, d’Hippodamus de Milet.

Mais ce que je recommande surtout, cesontleschapitres dans lesquels l’auteur traite du temple de Diane. Où était-elle, cette septième merveille du monde! Ouüi ! pas une pierre, pas un débris ne sont venus révéler l’emplacement de ce sanctuaire respecté des conquérants et môme de Xerxès, ce fou couronné? A-t-il été détruit jusque dans ses fondements? Per- . sonne encore n’a pu se vanter d’en avoir retrouvé les traces. Quel problème difficile, et comme il enflamme la curiosité !

La plupart des voyageurs ont cru, ils ne sont pas moins de dix-sept, que quelques débris placés à l’extrémité d’un marais que l’on tient généralement pour avoir été l’ancien port de la ville, que ces débris, disons-nous, pouvaient être des vestiges du temple de Diane. Plrreur, nous dit M. Falkener, erreur. Ces ruines appartiennent au grand Gymnase. M. Falkener suppose que cet admirable temple s’élevait entre le faubourg occidental d’Éphèse et le Panormits, c’està-dire le port extérieur alimenté principalement par le Gaystre, qui le mettait en communication avec la mer. Cette assiette donnée au temple de Diane, qui aurait été ainsi placé en avant de la ville, dont il était l’origine et l’orgueil, cette situation vraiment magistrale, répondent convenablement aux indications données par les anciens.

Je n’ai point été à Éphèse, ni même à Corinthe. Aussi Dieu me garde d’avoir une opinion sur un point si obscur et si controversé; seulement je crois pouvoir

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