Édit, de Vérard ; Paris, H'J3, t. III
3. J. Grimm, Deutsche Mythologie; GüU., 1 644, p. 791. — Grimm s’est trompé lorsqu’il dit que c’est le corps de Lancelot que la demoisi’lle d'Lscalot place dans la barque. M. Paulin Paris, si versé dans la liltéralurcdu moyen âge, me signale d’autres légendes chevaleresques parfaitement analogues : exemples, la Quite du saint Graal et le roman de Tristan.
dez la profondeur qui sépare le mythe grec du mythe celtique, certaines analogies fondamentales qui tiennent à l’esprit humain se retrouveront toujours, en dépit de la différence des temps et des mœurs. Exemple : la légende de saint Brandan, que Ton dirait empruntée à la fable des îles Fortunées. On connaît ce pieux odyssée d’un moine hibernais à travers l’Océan occidental. Maintenant, substituez à un peuple hardi, sensuel, ingénieux, ami des vagues et des lointains périls, une race aventureuse aimant aussi la mer, les arbres et les fleurs, et dont la sereine et chaste mélancolie s’harmonise singulièrement avec le côté rêveur, mystique et tendre du christianisme; remplacez le rapsode ou le poète par le moine ou le trouvère, et au lieu de l’Avcrne, de Polyqihème, de Scylla, des troupeaux du soleil, etc., vous aurez l’enfer chrétien sous forme de volcan, une forge de cyclopes, des monstres consumés dans les flots, des brebis grosses comme des génisses, des oiseaux qui chantent matines dans l’herbe fleurie, l’île délicieuse, paradis hyperboréen, fermé à la maladie et à là tristesse; enfin, dans le plus lointain occident, la terre de promission qui doit recevoir les .saints le jour où la foi aura subjugué l’univers, terre éclairée d’une douce lumière comme le paradis de Pindare et semée de pierres précieuses comme celui de Platon. Seraient-ce quelques souvenirs classiques importés en Irlande? Nous n’osons le dire; tout au contraire, la critique moderne incline en faveur d’une réaction du Nord sur le Midi. Mais ce que nous retrouvons ici, c’est l’éternelle tendance à placer par delà les mers les vrais trésors de l’homme, le bon.
L’ANTIQDITÉ.
le beau, l'idéal, le saint : telle est l'influence secrète qui fait courir, en prenant la foi et l'espérance pour boussole et pour pilote, à la recherche de ce bonheur stable qu’on n'atteint, hélas ! qu'en passant par le tombeau.
La chute de Rome et le triomphe du christianisme renouvellent le monde. L'Europe retrouve une seconde jeunesse. Cependant les souvenirs du polythéisme grec et romain sont toujours vivants, toujours prêts à défrayer la superstition vulgaire. La dévotion du temps s’alimente d’une foule de récits où l’on retrouve, sous la barbarie du moyen âge, la légende antique. Le pur-, gatoire de saint Patrice, ce voyage des vivants dans l’autre monde, peut devoir son origine à la crédulité celtique ; mais, d’un autre côté, comment se refuser à comparer ce goulTre, ouvert dans une île, au milieu d’un lac d’Irlande, avec l’antre de Trophonius, le purgatoire de la Béolie ! La ressemblance des pratiques dévotes suffirait pour frapper d’étonnement : quand ce ne serait que cette tristesse profonde qui , en Béutie comme en Irlande, s’empare pour quelques années ou même pour toujours de ceux qui osent pénétrer avant l’heure dans les domaines de l’autre vie. On connaît le mythe du prêtre Jehan. Prince et pontife, comme le pape ou le grand Lama, et vieux comme un llyperboréen, car il est âgé de plus de cinq cent soixante ans, le prêtre Jehan demeure à une journée de chemin du paradis terrestre dont les fleuves arrosent le pays qu’il gouverne. Cette terre regorge de pierres précieuses, émeraudes, saphirs, rubis, escarboucles, et, qui plus est, elle possède la fontaine de Jouvence. Plongez-vous
dans cette eau merveilleuse, et vous redeviendrez aussi jeune que si vous aviez été vous baigner dans ce fleuve de joie dont parle le Grec Théopompe. C'est dabs les domaines du prêtre Jehan que croît l’arbre de vie que jour et nuit un serpent surveille. Ce serpent est sans doute de la famille du dragon des Ilespérides, car satyres, pygmées, centaures, griffons, umazones, en un mot tout le fretin de la mythologie s’est donné rendezvous dans les États du prêtre Jehan ; on y trouve même le phénix.
Ce moyen âge si grossier et si subtil à la fois, si sensuel et si mystique, comprit donc à sa manière, en dehors de l’orthodoxie, la contrée idéale que l’antiquité avait rêvée. A la renaissance , le royaume du prêtre Jehan céda la place à l’Eldorado. Désormais, ce mythe américain ne périra plus. Un immortel sarcasme de Voltaire l’a sauvé de l’oubli. U restera comme notre vieux pays de cocagne, paradis des moines, où la malice gauloise prit si longtemps ses ébats. Si l’on eût dit au trouvère qui rima le fabliau de la Court du paradis, qu’il ressuscitait les quolibets de Cratès ou de Téléclide', quel n’eût pas été son étonnement? Ce mot de l’auteur de Faust, que si l’humanité s’avance, c’est en spirale, ce mot, soufflé par Méphistophélès , n’est que trop vrai.
Au moment où le moyen âge s’enfuit, où les temps