RAPPORT SUR LES ÉTUDES DE LANGUE ET DE LITTÉRATURE GRECQUES EN FRANCE
{Journal dea Débats, 9 août 1868.)
Rien, de nos jours, n’échappe à l’examen et au contrôle. Partout on tient, dans l’ordre des idées comme dans l’ordre matériel, à régler ses comptes avec la vérité. C’est là un des traits les plus caractéristiques de notre siècle, et, peut-être, ce qu’il a de meilleur.
D’accord avec son temps, le devançant parfois, pendant que ses collègues préparaient les lois de finances, M. le ministre de l’instruction publique songeait à établir un budget non moins utile et bien plus intéressant à nos yeux que ceux où s’alignent des milliards. Quels ont été depuis vingt-cinq ans nos progrès dans toutes les branches du savoir? qu’avons-nous fait, que nous reste-t-il à faire ? Voilà ce qu’un esprit ouvert à toutes les améliorations, ce qu’un haut fonctionnaire dont personne ne contestera l’activité brûlante, a cru devoir demander aux hommes les plus compétents dans toutes les spécialités. Chacun sait avec quel empressement les notabilités de la science et des lettres ont répondu à cet appel, car trente-sept ou trente-huit rapports sont là pour l’attester. Au nombre de ces rapports, qui soulèvent tant de questions, et parfois des questions si délicates ou si graves que leur appré-
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ciation exigerait les lumières de plusieurs Académies, il en est trois ou quatre vers lesquels je me suis senti attiré par des affinités d’idées et de goût. Ainsi j’éprouverais très-certainement une vive satisfaction à pouvoir rendre compte de l’excellent Mémoire de M. Alfred Maury sur l’étude de l’archéologie ancienne en France, Mémoire où se retrouve cette critique sûre et particulièrement cette érudition universelle qui étonnent tous ceux qui le lisent ou qui l’approchent. Mais les remarquables rapports de M. Egger ‘ et de M. Gaston Boissier * sur la philologie grecque et latine me semblent mériter avant tout l’attention des lecteurs. En premier lieu, ils touchent de très-près à un des intérêts les plus chers de la société française, à l’éducation de la jeunesse; puis, j’ai hâte de le dire, ils me fournissent l’occasion de parler ici môme d’une lutte qui devient menaçante pour les saines études dans nos collèges, et, par suite, pour la culture générale de l’esprit français.
J’ai lu avec le plus vif intérêt ce double exposé dans lequel deux hommes aussi éclairés que sincères énumèrent avec soin toutes les publications qui, depuis vingt-cinq à trente ans, ont pu contribuer à faire avancer ou seulement faciliter l’étude de la littérature ancienne; mais si j’ai pleinement apprécié une clarté et une méthode qui rachètent la sécheresse de ces sortes de travaux, si je m’incline devant la haute
1 . Rapport sur les études de langue et de littérature grecques en t'rance. Paris, Hachette, 1868, in-8.
2. Rapport sur l'étude des lettres latines et f histoire romaine, Paris, Hachette, 1868, in-8.