Auserlesaie griechische Vaêciibilder. Rerlin
minosamente disposatd), car bien peu de gens auraient eu le courage d’entreprendre cette étude en suivant la ligne que vous avez choisie. » L’ouvrage dont parle ici M. Bunsen a pour titre : Miroirs étrusques [Etruskische Spiegel).
Mes lecteurs se souviennent d’avoir vu dans les musées certaines plaques de bronze terminées par un manche assez richement décoré. Des figures gravées à la pointe et des inscriptions ornent presque toujours la partie concave de ces plaques assez peu attrayantes d’aspect. Ce sont les miroirs dont faisaient usage les femmes de l’Étrurie. Au revers de ce meuble de toilette, de ce conseiller des dames, la mythologie de l’Italie centrale se trouve représentée dans mille compositions.
Déjà quelques antiquaires italiens, à la tête desquels il faut placer Lanzi, s’étaient occupés avec zèle de cette classe de monuments. Ils n’ont pu arriver cependant au degré atteint par M. Gerhard. Je n’exagère rien en disant que celui-ci a fait pour ces miroirs tout autant que M. Boeckh pour les inscriptions grecques.
Avec lui, en quelques jours de lecture, on peut en apprendre beaucoup plus sur ce monde étrusque qu’on ne le pouvait auparavant en quelques mois. J’invite les linguistes à se procurer ces deux volumes, faciles à manier et qui peuvent servir de dictionnaire, car les mots étrusques sont expliqués par les figures à cété desquelles ils se trouvent. Les mythologues savent déjà tout ce qu’ils doivent de reconnaissance à M. Gerhard pour les avoir fait pénétrer directement dans le
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panthéon étrusque, et les artistes feraient bien de les suivre. Il y a de grandes beautés auxquelles ces derniers seraient sensibles dans les deux cent cinquante miroirs qui ont été gravés sous l’inspection de M. Gerhard. Le connaissent-ils suffisamment, cet art étrusque? Savent-ils à quel point il est puissant et grandiose, tragique même? Savent-ils aussi que lorsqu’il est inspiré par la Grèce, il devient élégant, fleuri, discret? Je n’en veux d’autre preuve que le magnifique miroir de Vulci qui représente Bacchus et Sémélé. Ici la pose du dieu est d’une volupté exquise. C’est l’art de Praxitèle avec toute sa délicatesse et son délicieux abandon.
Nous arrivons à la plus large expansion intellectuelle de M. Gerhard; c’est dans son beau livre sur la mythologie grecque quelle s’est particulièrement manifestée.
Le dernier volume des Religions de l'antiquité a paru il y a neuf ans (I8îi2). Depuis, à l’exception d’une œuvre savante et limpide due à la plume de M. A. Maury, l’un des collaborateurs de M. Guigniaut, à l’excepition de quelques thèses de Sorbonne et surtout d’un éloquent article de M. Renan, notre pays n’a rien publié dans cet ordre d’idées; car nous ne pouvons tenir pour uniquement françaises les précieuses esquisses du baron d’Eckstein, le savant cosmopohte. Mais tournons nos regards vers l’Allemagne : dans l’espace d’une seule année (1854), Franz Lauer, Emile
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Braun, MM. Preller et Gerhard y publient quatre mythûlogies‘?
Certes, je rends justice aux vastes recherches de Lauer sur l’histoire du sentiment religieux ; j’ai lu avec plaisir le livre d’Emile Braun, composé surtout en vue d’attirer à cet ordre d’études les femmes et les demi-savants, ouvrage dont la grâce un peu mondaine cache le plus vif comme le plus fin sentiment de l’art et de la mythologie ; j’admire la précision de M. Preller : quelle clarté, quelle simplicité, quel bon sens exquis caractérisent les travaux de ce savant, l’un des meilleurs esprits de l’Allemagne ! Cependant, pour la solidité et la profondeur, la palme appartient à la mythologie de M. Gerhard.
Dans une vaste Introduction, l’auteur se place au point culminant de son sujet, comme s’il voulait, en regardant de très-haut, embrasser toutes les contrées qu’il se propose de parcourir. Suivons-le pour un instant sur des sommités un peu nuageuses; par là nous pourrons juger plus facilement de l’ensemble du système, car nous l’envisagerons par ses grands côtés.
Le sentiment religieux, dit M. Gerhard, se manifeste sous des formes diverses selon qu’il obéit à l’imagination ou à l’intelligence. Esclave de l’imagination, il s’absorbe dans le panthéisme ; soumis à l’intelligence, il sépare Dieu du monde, soit en l’apercevant sous la forme de deux pouvoirs rivaux, la lumière et les ténèbres, Ormuzd et Ahriman, soit en
1. I3ne ou deux autres mythologies, et notamment celle de M. Welcker, ont paru depuis celte époque.
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admettant un pouvoir unique, maître absolu du inonde et de l'humanité.
Miroir de cette puissance irrésistible, l'univers, dans ses diverses parties, reçoit les hommages de l’homme. Tantôt celui-ci s’agenouille devant les corps célestes ; tantôt il tremble devant les pouvoirs redoutables que recèlent les abîmés de la terre et des eaux ; tantôt enfin il croit que la nature est ressuscitée en la voyant se couvrir de fleurs. Cette religion des éléments, qui touche par divers côtés au fétichisme, se montre à l’origine de la société grecque.
L’adoration du Ciel et de la Terre [Uranos et Géa) marquera d’abord le premier élan de la pensée religieuse. A ce dualisme hellénique, le polythéisme succède bientôt. Qu’est-ce donc que le polythéisme? C’est la vivante et pittoresque personnification des pouvoirs de la nature. Toutefois, ce besoin d’unité qui est au fond de la conscience humaine va se faire jour. De là cette organisation hiérarchique qui éclate dans la théologie grecque, et qui, livrée à de grossières mains, produira plus tard le syncrétisme, c’est-à-dire une agrégation maladroite des purs éléments du polythéisme, en vue de retourner à l’unité primitive. Deux causesontcontribuéaudéveloppementdu polythéisme: en premier lieu, le besoin de contracter des alliances, et de là cette foule de divinités étrangères auxquelles se sont ouverts les temples de la Grèce ; en second lieu, les vertus nouvelles, les pouvoirs nouveaux que les adorateurs d’un dieu découvraient en lui ; découvertes qui grossissaient sa légende d’enfants, de satellites, de héros personnifiant ses divers mérites. Voilà
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pourquoi Esculape, le dieu de la médecine, estlils d'Apollon, llygie ou la Santé est compagne de Minerve, et l’hobos ou XEffroi, un des suivants de Mars.
C’est avec cette précision dogmatique que M. Gerhard suit les progrès de la pensée religieuse. Bientôt il entreprend l’étude delà langue dans laquelle celle-ci se manifeste chez les peuples que leur organisation porte à exprimer, non par des mots, mais par des images les impressions que la nature excite dans les àme.s. Cette langue nous offre, pour ainsi dire, deux dialectes, le symbole et le mythe. Le symbole, c’est la figure d’une conception de l’esprit; figure rendue visible aux yeux du corps. Le mythe, c’est le symbole développé, mis en action, animé par des personnages divans. Variante du symbole, l’allégorie offre cela de particulier, que chez elle la relation entre l’idée et l’image n’est point absolue. Ce n’est point l’écho delà nature, c'est plutôt un jeu de l’esprit, une abstraction. Symboliques sont les personnages d’IIomère, allégoriques ceux du Dante.
Il faut voir dans l’ouvrage allemand avec quelle sécurité et quelle connaissance approfondie des oeuvres de l’art chez les anciens, M. Gerhard aborde des questions qui tiennent aux origines de l’esprit humain. Les formes, les couleurs, la race, le sexe, le nombre, sont les hiéroglyphes principaux de cette langue primitive; hiéroglyphes qui se décomposentà leur tour en autant de signes empruntés non-seulement à toutes les productions de la nature, mais encore à la civilisation. En voici quelques exemples.
Le poliis, cette vaste coiffure circulaire dont la tète
des plus \ieilles idoles est euvironnée, c’esl l’image de la voûte céleste. Le peplus, ou long voile, indique une de ces divinités créatrices qui, semblables à l’IIermès dans sa gaine, se trouvent encore engagées à moitié dans la nature physique. Une corbeille remplie de fleurs montrait une divinité protectrice de la végétation. Enfin, les couronnes et les colliers, parure habituelle des déesses, faisaient allusion à ces couronnes d’étoiles, à ces joyaux éternels, dont la nuit, surtout dans les contrées méridionales, accroît la paisible splendeur.
Quand on connaîtra définitivement tous les mots de la langue du symbole, ces mots qui font retentir dans nos âmes la poésie simple et sublime des hommes des premiers âges, ces mots charmants inventés par Uart le plus naïf comme par le plus délicat, il nous sera permis de remonter au développement primitif des intuitions religieuses, et d'atteindre aux sources profondes d’où elles sont sorties.
Si jamais il arrive ce résultat désiré par tous les amis des hautes études historiques, dans ce grand effort de pénétration et de science, une part considérable appartient à M. Gerhard. Ce sera son honneur.
M. Gerhard est un homme de fer, me disait il y a quinze années Emile Braun, faisant allusion à l’infatigable activité de son maître et de son ami. M. Gerhard, dois-je ajouter, est aussi un homme du monde qui sait intéresser aux études qu’il aime les heureux
de la terre. Il a trouvé des Mécènes pour l’archéologie.
Vers la fin de 1828, profitant de la présence à Naples du prince de Prusse (aujourd’hui Frédéric-Guillaume IV), M. Gerhard, qui l’avait accompagné, détermina cet illustre compagnon de voyage à se constituer le protecteur d’une vaste association formée par les antiquaires les plus considérables de l’Europe. Tout naturellement, les Hyperboréens romains, M. Bunsen en. tète, composèrent le noyau de cette académie qui reçut le nom d’institut de correspondance archéologique. On nomma président un amateur zélé, le duc de Blacas, l’appui de ChampoUion, et quel beau titre ! Le duc de Luynes, si prompt à venir en aide aux entreprises généreuses, fut chargé de diriger la section française. Deux antiquaires célèbres, Millingen et M. Welcker, représentèrentl’Angleterre et l’Allemagne dans la nouvelle association.
Panofka, durant ce premier travail de création et d’organisation, seconda vigoureusement M. Gerhard. Le cœur chez Panofka était à la hauteur de l’intelligence. L’enthousiasme avec lequel il cultivait la science, son désintéressement et son courage, ont vivement frappé tous ceux qui l’ont connu.
Je ne répéterai point ce que j’ai dit ailleurs’ sur l’influence de l’Institut archéologique de Home dans le monde de l’érudition. Je me bornerai è dire que l’objet de sa fondation a été complètement atteint. Par suite de l’importance et de la multiplicité des décou-