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ARCUKOLOGIE CEASSIQOE.
vertes, uae masse de matériaux encombrait le champ de l’antiquité figurée; celte masse a été soulevée, triée, et ses diverses parties ont été mises en leur lieu et place. Toutefois, ce grand travail n’a pu réussir qu’avec le concours d'une foule d^esprits distingués, conviés à l’œuvre commune par M. Gerhard. Aussi, là même où l’antiquaire trouvait des sentiers inextricables et des fondrières, il peut suivre maintenant de belles et larges avenues au bout desquelles il aperçoit les véritables limites de la science. Il me suffira de rappeler qu’Otlfried Millier s’est singulièrement aidé des travaux de l’Institut de Rome pour faire son Manuel d' archéologie, composition lumineuse dans laquelle son génie synthétique a si bien tracé la carte de l’archéologie.
Treize ans après la création de l’Institut de correspondance, M. Gerhard fondait à Berlin, avec Panofka, une nouvelle Société d’antiquaires, il fondait aussi l’utile journal de cette Société, publication dont il n’a pas cessé d’être l’âme.
Le journal de Berlin est au journal de l’Institut de Rome ce que les tirailleurs sont au corps d’armée. Toujours en avant sur le terrain des découvertes, toujours à l’affût des nouveautés, V Archaologische Zeitung ne laisse rien échapper. Acquisitions faites par les grands musées, énumération des collections particulières, procès-verbaux des séances de l’Institut de Rome et de la Société de Berlin, il tient note de chaque chose, offrant à des lecteurs sérieux ce que Jious pourrions appeler les faits divers de l’érudition dans le monde entier ; chaque année, en janvier, dans une
revue des ouvrages publiés pendant les douze mois qui précèdent, M. Gerhard dresse le bilan de la littérature archéologique. Malgré d’estimables efforts, nous sommes loin d’avoir aujourd’hui en France un recueil qui soutienne dignement la concurrence avec le journal archéologique de Berlin*. Mais c’est au public qu’il faut le reprocher, à son indifférence, et non aux savants.
Plus on étudie l’homme remarquable que je cherche à faire connaître, plus on admire cette fécondité prodigieuse qui lui assure aujourd'hui une des premières places parmi les savants de l’Europe. Les grands ouvrages que j'ai signalés, les fonctions de secrétaire de l'Institut de Rome, la direction du journal de Berlin, auraient suffi pour employer tous les instants des plus forts, des plus habiles. Bien loin de fléchir sous un tel poids, il semble que M. Gerhard se soit fait un jeu de verser le trop-plein de son érudition dans une foule de monographies. Les mémoires de l’Académie de Berlin renferment un grand nombre de dissertations qui offrent chacune l’application de sa méthode archéologique. Nous citerons les recherches sur les Hermès, sur les Idoles de Vénus, sur les Représentations archaïques de Minerve, sur les Divinités ailées.
Dans ses divers écrits, M. Gerhard procède différem-
I. En disant ceci, je fais des réserves. Loin de moi la pensée de méconnaître Ica louables efTorls des esprils distingués qui dirigent aujourd’hui la Revue archéologique.
ment de ses devanciers : ceux-ci employaient l’analyse, U emploie la synthèse; ils n’étudiaient qu’un monument à la fois, 51. Gerhard eu explique vingt, et il les rattache à un principe dont ils ne sont que les manifestations diverses. Un exemple fera mieux saisir ma pensée. Un jour, Yisconti entreprend d’illustrer un camée qui représente .Tupiter couvert de l’égide de Pallas. « Ingénieux et complet pour tout ce qui concerne l’art, la pose et les analogies, il se montre concis et presque superficiel (je cite les paroles de M. Lenormant) pour ce qui regarde les problèmes que soulèvent l’origine et l’intention de l’égide chez les anciens. »
Que fera M. Gerhard en pareille circonstance? Je vais le dire en peu de mots.
On découvre, aux environs de Rome, un vase couvert de peintures. Ce vase représente le buste d’Apollon, entouré de rayons dont l’éclat semble frapper d’étonnement un groupe de satyres plein de cette vivacité, de cette heureuse liberté, le propre de l’art antique. M. Gerhard saisit l’occasion pour grouper autour de cette peinture toutes les représentations relatives au soleil, tous les symboles relatifs à son lever et à sou coucher, toutes les personnifications de la lune et des étoiles'. Il remarque la rareté de ces images. Le roi des astres, l’Hélios des Grecs, les divinités qui lui servent de cortège, pourquoi les artistes les ont-ils presque oubliés? En serait-il ainsi dans une pure religion de la nature? Nullement. Mais dans la
1. Voy. le Mémoire but les Divinités de la lumière {über die Licht-’ goltheiten auf Kunstdenkmûlern). Berlin, 1840.
LES ÉTODES ARCHÉOLOGIQUES EN ALLEMAGNE. 7t
mythologie, dans ce monde dont les pbëtes ont réglé les mouvements, les pouvoirs cosmiques ont été subordonnés aux dieux de l’Olympe, et même aux personnages héroïques. Homère réduit le rôle du soleil à celui d’un espion paresseux. Quels étaient donc les liens qui unissaient Hélios et Apollon? quelles étaient enfin, et voici une grande question devant laquelle l’auteur s’arrête, les limites de la poésie et de l’art? On sent avec quel esprit philosophique M. Gerhard aborde toutes ces études , et comme il emploie toutes les ressources de la critique pour faire sortir la connaissance des monuments du domaine de la pure curiosité.
A la suite du grand mouvement de rénovation donné à l’étude des religions antiques en Allemagne, sous la puissante influence de Creuzer, d’O. Müller, et d’un maître que personne n’a encore égalé dans l’intelligence de la poésie grecque, je parle de M. Welcker ; à cette époque vraiment mémorable dans l’histoire de la pensée et de la philologie, deux Systèmes se sont trouvés en présence. Le premier cherche l’explication de la mythologie dans la comparaison des paysages de la Grèce avec les inventions des poètes. Le second demande aux œuvres de l’art le secret que le premier veut pénétrer en étudiant le climat, le cours des fleuves ou la situation des montagnes. M. Gerhard est à nos • yeux celui qui a le mieux assis le second système et démontré par quels moyens on pouvait tirer de l’étude des monuments le sens profond du passé. Cependant sa manière n’est point assez exclusive pour qu’il se soit interdit d’emprunter à la géographie mytholo-
gique de l’école, dont jM. Forchhammer est le chef, certaines parties utiles, certaines observations vraies. Les doctrines négatives, comme celles de Letronne, par exemple, sont souvent plus nuisibles qu’utiles dans des études où il faut apporter cette part d’imagination dont manquait totalement notre merveilleux érudit. Un éclectisme modéré et prudent est parfois le chemin le plus court pour atteindre la vérité.
Toutefois, le système de iM. Forchhammer, dont l’Allemagne s’est préoccupée, me suggère une réflexion, et je demande à l’exprimer ici en terminant. Chez un peuple aussi enclin que les Grecs à voir la nature à travers rhumariité, à revêtir le symbole de cette forme précise et limitée que l’art seul peut donner, l’étude des monuments doit être, sans contredit, considérée comme la base même de toute mythologie scientifique et son plus ferme appui.
La science des religions se naturalisera-t-elle enfin dans notre pays? Lui verrons-nous prendre le beau développement des sciences positives? Les talents capables de faire fleurir cette étude ne manquent pas chez nous. Nous avons M. Guigniaut qui, dans ses savantes recherches sur les mystères de la Grèce, a su trouver un juste milieu entre le voltairianisme philologique de M. Lobeck et le mysticisme presque italien de M. Creuzer. Nous avons des penseurs : M. Ernest Renan , trop avare de ses aperçus sur la mythologie * grecque; M. Alfred Mapry, si versé dans la connaissance des cultes helléniques, et auquel on doit une appréciation très-neuve de la morale religieuse des anciens. Nous avons eu Raoul Rochette : son érudition.