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ET DE LITTÉRATURE GRECQUES EN FRANCE

plus hardi, du plus célèbre; ce sera le témoignage d’un homme qui, ayant mieux compris qu’un autre les exigences de la société moderne, peut juger en connasisance de cause de ce qu’il faut qu’elle conserve du passé. Or sait-on quelles sont les seules langues et les seules littératures auxquelles M. Stuart-Mill* voudrait consacrer une place dans l'éducation des jeunes gens? Les littératures et les langues des Grecs et des Romains. Et pourquoi? Parce qu’en raison de leur structure régulière et compliquée, ces langues, bien plus que les modernes, offrent une précieuse discipline pour l’intelligence; parce que la grammaire est le commencement de l’analyse des procédés de l’esprit; p^rce que rien ne remplace, comme moyen d’éducation, la valeur des idées dont la littérature classique est le véhicule ; parce que celte littérature renferme les trésors de la sagesse et de l’expérience des premiers âges ; enfin parce qu’il est impossible de s’élever jusqu’au sommet radieux où l’antiquité est assise, avec le seul secours des traductions.

Notez bien que ce défenseur si convaincu des études classiques veut aussi qu’on leur associe l’étude des sciences. Selon M. Stuart-Mill, une bonne éducation doit embrasser l’un et l’autre ordre d’idées. La puissance d’assimilation de l’esprit humain est énorme quand elle est bien dirigée ; seulement il s’agit de la bien diriger. Dégagez, ajoute-t-il, les études fondamentales de quelques études accessoires, et vous aurez

1. Voy. ï\evue des Cours îittéraireSj 13 juillet 1867, l’article înlîlulé : Université de Saint^Âudréy discours de M, J. Stuart-Mill sur Vinstruction moderne.

3o0 RAPPORT SUR LES ÉTUDES DE LANGUE

débarrassé d’une végétation parasite les fondements de l’éducation.

L’admirable élan de l’Âllemagnc doit-il nous décourager? Nullement. La pénétration, la vivacité française n’ont point faibli. Seulement, sous l’influence des nécessités et des penchants qui dominent aujourd’hui, cette pénétration, cette vivacité ont suivi certaines directions très-propres à faire abandonner les lentes et solitaires recherches de l'érudition et ses efforts désintéresses. Les progrès de la philologie orientale dans la première moitié de ce siècle, progrès incomparables et sans précédents, montrent ce dont la France serait capable si elle voulait s’engager, comme jadis, avec résolution, dans la noble voie des études classiques. Quand un pays peut produire des hommes tels que Sylvestre de Sacy, Champollion ou Eugène Burnouf, pour se maintenir au premier rang de l’Europe savante il lui sufflt de le vouloir. Mais la philologie elle-même n’est pas tellement déchue qu’on ne puisse, avec le temps, lui rendre le 'souffle et la vigueur ; elle a pour elle quelques maîtres isolés, mais illustres, quelques jeunes adeptes laborieux. Ce qui lui manque, ce sont les directions et surtout la direction officielle, j’entends une direction fondée sur des principes s’élevant au-dessus du flux et reflux de l’opinion; ce qui lui manque, c’est un public aimant la science pour la science ; c’est le secours d’une presse quotidienne qui, à l’exemple de quelques recueils et du journal où nous publions ces réflexions aujourd’hui même, sache à certaines heures se débarrasser du présent en faveur du passé pour encourager ce rare esprit

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littéraire qui voit et qui verra toujours dans l’autiquité classique le type éternel du beau, du grand et de l’exquis. Eh bien ! je le répète, malgré tant de causes de ruines, la philologie existe; elle est debout ou à peu près. Que serait-ce si elle était protégée? que serait-ce si elle avait seulement les miettes des festins dressés pour l’industrie ! Deux ouvrages publiés hier, deux ouvrages seuls pourraient prouver qu’elle n’a point encore divorcé d’avec nous. Le premier, qui porte le nom d’un des plus habiles paléographes de l’Europe, M. Miller, de l’Institut, renferme plusieurs textes inédits d’une véritable importance, par exemple un complément de YEtymologicum magnum, ce recueil d’une si grande utilité ; le second de ces ouvrages, nous le devons à un jeune et vaillant épigraphiste, savant plein d’avenir et d’ardeur, dont on a parlé ici même au commencement de l’année. En donnant une direction précise à des recherches insuffisantes, en interprétant avec sagacité et dans son entier l’inscription bilingue gravée sur le dernier débris du temple d’Apollon, inscription qui nous montre quelle était la composition normale et définitive du conseil des amphictions avant Auguste, M. C. Wescher a soulevé le voile qui nous dérobait une des plus vieilles et des plus célèbres institutions de la Grèce et fait une belle découverte.

On me reprochera peut-être d’avoir choisi un terrain assez différent de celui sur lequel je me tiens d’habitude ; mais quand l’invasion menace, tous, même les plus faibles, accourent à la défense du territoire. Qui pourrait le nier? Entre les amis des études classiques et ceux qui veulent bannir ces éludes de la république

3o2 RAPPORT S0R LES ÉTUDES, ETC.

des lettres, la guerre est déclarée. Si l'État, qui tient entre ses mains l’éducation de la jeunesse, c’est-à-dire l’avenir du pays, en prêtant trop complaisamment l’oreille à des plaintes inintelligentes, facilitait de la sorte la réussite des novateurs, tout serait perdu. Comme un arbre dont on aurait mutilé les racines, l’enseignement supérieur verrait peu à peu ses plus hautes branches se flétrir; il serait découronné. Avant un grand nombre d’années, le Collège de France et la Sorbonne fermeraient leurs portes, et la série des rapports sur les progrès des lettres savantes, pour le coup, serait close désormais. C’est alors que ce mot d’un ennemi (je l’entendis il n’y a pas longtemps au delà de nos frontières) aurait sa part de vérité : « Ne parlons point du génie de la France, ce n’est plus qu’une nation de marchands et de soldats. »

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