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L'ART CHRÉTIEN

{Journal des Débats, 18 uoTembre 1861.)

Ce livre est Tœuvre d'un homme de goût, d’un homme instruit et d’un enthousiaste. L’ardeur religieuse anime toutes ses pages. M. Rio s’y montre admirateur sincère, apologiste passionné de cet idéal chrétien dont les précieux restes disparaissent chaque jour des vieilles murailles de l’Italie.

Élever un monument à l’art du moyen âge, dresser un inventaire complet de la peinture catholique, surtout à l’époque où son jet fut le plus vigoureux, tel est le but que M. Rio s’est proposé d’atteindre. Or voilà plus d’un quart de siècle qu’il poursuit la réali-

1. De l'atl chrétien, par M. Rio; nouvelle édition, entièrement refondue et considérablement augmentée. Paris, Haehette, 18(11. — 3 vol. in-8“.

yili; LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE.

salion de celte idée. Voyageur infatigable, il a tout vu, tout examiné. Il n’est point en Italie de basilique, d’église souterraine, de couvent, de chapelle, de monument religieux, si éloigné, si isolé qu’il puisse être, qu’il n’ait visité, étudié scrupuleusement, cherchant avec des yeux de lynx les vestiges de cet art des treizième, quatorzième et quinzième siècles, cruellement mutilé par le temps, mais plus encore par le goût détestable du siècle dernier. Si de véritables traits de lumière s’échappent de son livre, c’est qu’il n’est pas fait seulement avec des livres, mais qu’il nous associe aux vivantes impressions d’un pèlerin guidé par l’amour des arts.

Il n’est pas facile d’écrire sur l’art chrétien. Deux écueils attendent ici la critique : l’un est l’excès de dévotion qui fait fermer les yeux sur les fautes les plus intolérables, pourvu que l’éme soit satisfaite ; l’autre est cette séeheresse de sentiment, ce dédain philosophique qui enlèvent toute intelligence d’un art fondé sur le principe religieux.

Certes, ce n’est pas le dédain philosophique que nous reprocherons à M. Rio. Catholique fervent, ultracatholique même, à l’exemple de Jean de Doraenici, le précurseur de Savonarole, il voit surtout dans la peinture un puissant moyen d’élever les âmes et de développer les saintes pensées du cœur. Saisir avec talent les types offerts par la théologie mystique lui paraît être le but suprême de l’art. « Une fois lancé, dit-il, dans cette voie, les intuitions de l’artiste ont quelque chose d’analogue à ce qu’on appelle dans la langue des saints la vision béatifique, et les procédés

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