PEINTURES BE SAINT-QERMAIN DES PRÉS
cinq ans qu’il excite et encourage les artistes à aborder ces travaux d’un ordre supérieur. Si la grande peinture fleurit encore en France, c’est lui qu’il faut remercier. Avec une générosité de prince, il s’est hâté d’ouvrir un vaste champ à ceux dont l’inspiration a besoin d’air et d’espace. 11 est venu en aide à ces talents dont l’énergie productrice se déploie surtout dans la sphère élevée des sujets sacrés. Oui, le conseil municipal a sauvé le grand art si fortement atteint par la mesquinerie de nos mœurs et de nos fortunes. 11 l’a rendu indépendant du public, qui ne s’éprend d’ordinaire que pour ce qui l’amuse ou flatte ses passions. Décorer les monuments, tel a été le premier objet de la peinture, tel est son noble emploi. Non-seulement la peinture murale enrichit un édifice, le caractérise, mais elle lui donne la vie, elle le fait parler. Les Grecs l’avaient bien vu. Pour les faire concourir à un but commun, ils réunirent les trois arts par le lien le plus étroit, trinité charmante d’où jaillirent des effets d’une beauté inouïe. Guidé par quelques traditions classiques échappées au naufrage, le moyen âge prit feu pour la peinture murale. En Allemagne, en France, en Italie, églises, chapelles, oratoires et monastères, tout fut couvert de peintures qui remplacèrent les mosaïques ou vinrent les compléter. Une église nue paraissait à nos pères une œuvre morne, insipide ou muette. Nous les appelons barbares ! Ah ! ils l’étaient bien moins que ceux qui, dans des siècles policés et savants, nous ont dérobé, par un affreux badigeon, les naïves, les poétiques inventions des siècles d’enthousiasme et de foi.
HO LES TEMPS MODERNES
Malgré sa révolte contre le moyen âge, la Renaissance est entrée dans la voie qu’il avait suivie. Et de même que les fresques d’ Assise et du Campo-Santo nous font voir comment la peinture murale régénérée en Italie annonça, dès son éclosion, qu’elle serait la gloire de l’art, de même la Cène, par Léonard de Vinci, les Loges, les Stanze, au Vatican, et la chapelle Siitine, productions immortelles, nous la montrent à son apogée, et par cela même voisine de son déclin.
Nulle église ne pouvait mieux que Saint-Germain des Prés présenter une belle page à remplir au pinceau chaste et grave de M. Hippolyte Flandrin. Beaucoup de Parisiens n’ont visité et ne visiteront de leur vie cet édifice, dont les constructions accusent deux dates différentes, car il est moitié roman et moitié gothique. Dix piliers, cinq de chaque côté, formés de quatre colonnes engagées sur lesquelles retombent des arcades à plein cintre, séparent la nef romane de ses bas-côtés, tandis qu’au rond-point du chœur gothique les arches en ogive reposent sur des colonnes isolées. Rehaussée par des couleurs, grâce au talent sérieux de M. Victor Baltard, cette architecture, redevenue ce qu’elle était, c’est-à-dire polychrome, ressort merveilleusement. Tout renaît, tout revit dans la décoration de cette église nommée jadis Saint-Germain le Doré. Longtemps inaperçus, les détails de l’ornementation ressortent maintenant avec une netteté admirable. Imaginez un heureux mélange de simplicité et de richesse, de sévérité et de grâce, de noblesse et de force, et vous connaîtrez Saint-Germain des Prés.
11 y a déjà vingt ans que pour la première fois