PEINTURES DE SAINT-GERMAIN DES PRÉS. 4M
M. Flandrin a commencé l’oeuvre de restauration qu’il termine aujourd’hui. Ce chœur, tout éclatant de dorures comme une église vénitienne , était alors nu et délabré. Ce fut pour ainsi dire à l’insu du public que l’artiste, dans toute la verdeur de la jeunesse, couvrit ce sanctuaire de peintures selon le goût byzantin. Jésus portant sa croix ( composition pathétique ), V Entrée du Christ à Jérusalem; des évangélistes, des saints d’un style grandiose et du dessin le plus correct, se détachant sur un fond d’or, révélèrent qu’un homme nouveau et convaincu, qu’un vrai peintre catholique, rareté bien grande, promettait d’honorer l’art français. Des travaux de cet ordre ne pouvaient rester inachevés; le conseil municipal le sentait à merveille. Toutefois rien ne se faisait; mais un beau jour la ville décide que la nef de Saint-Germain des Prés sera décorée. De là les nouvelles peintures, dont il est temps de parler.
Ces peintures sont l’expression d’une idée théologique fondamentale, dont l’art ne s’était point encore emparé avec autant d’intensité et de persévérance. Leur auteur a voulu montrer « Jésus-Christ dévoilé pour les chrétiens après avoir été voilé pour les patriarches et pour les Juifs. » En d’autres termes, il a représenté sur les vieilles murailles de l’église de Childebertle mystère de la Rédemption apparaissant déjà sous les voiles du symbole dans l’Ancien Testament. A-t-il interprété dignement des paroles d’esprit et de vie? Comment son talent élevé s’est-il rendu maître d’un sujet si auguste et si mystérieux? Voilà ce que nous allons examiner.
LES TEMPS MODERNES
La frise dont nous avons parlé offre des divisions architecturales que M. Flandrin a mises à profit, car elles forment naturellement les sections ou chapitres du livre sacré qu’il déroule sous nos regards. Ainsi, dans l’espace- compris entre chacun des piliers sur lesquels retombe chaque arcade, piliers s’élançant jusqu’aux voûtes, cette frise renferme deux compositions qui ne sauraient être séparées sans perdre leur signification et par là de leur importance et de leur beauté. La première représente toujours quelque événement de la vie mortelle du Rédempteur ; la seconde la complète et l’éclaire en nous montrant le fait capital et la prophétie qui longtemps à l’avance l’annoncèrent aux Juifs. Grâce à une combinaison des plus simples, nous pouvons voir d’un coup d’œil comment les patriarches et les prophètes étaient, selon ce qu’on nous enseigne, la figure de Jésus-Christ, et comment les promesses de l’antique alliance se sont accomplies dans la nouvelle.
Moïse prosterné devant le buisson ardent est le tableau complémentaire de l’Annonciation ; la désobéissance d’Adam et d’Ève se voit à côté de la naissance de Celui qui répara leur faute. Près de l’Adoration des Mages, Balaam prophétise qu’un astre s’élèvera au milieu d’Israël. Le Baptême du Sauveur se he au passage de la mer Rouge. L’institution de l’Eucharistie et Melchisédech, figure du pontife éternel, sont réunis dans la même travée. Deux grandes trahisons se trouvent représentées sur la muraille qui fait face : l’éminent artiste nous montre Joseph vendu par ses frères, et le crime de Judas. L’oblation de Jésus-Christ sur la