‹ L'Art et l'archéologieChapitre 86 sur 102 · I-A GAZETTE DES BEADX-ARTS · texte numérisé non relu

I-A GAZETTE DES BEADX-ARTS

heure, heure de doute et d’inquiétude où se cache, sous les phrases sonores du prospectus, sous les déclarations de principe, un vif désir de plaire et d’attirer à soi de nombreux lecteurs. Un peu plus tard le succès se manifeste, le succès toujours suivi de l’autorité ou de l’influence. A ce moment les hommes de la tradition, les fervents adorateurs des œuvres immortelles élèvent la voix, et du geste marquent la route à suivre. Ceci n’empêche point qu’à côté d’eux quelques esprits de race différente ne s’empressent d’applaudir aux talents sans consistance, aux innovations sans lendemain, reflétant comme un miroir les erreurs de la foule ou le caprice des salons.

Deux frères aimables etdistingués, les Winckelmann de l’art Pompadour, me fournissent un exemple de ce dernier courant d’idées. Il s’agit de Greuze, tant surfait de nos jours. Voici, à propos des têtes d’enfant peintes par cet artiste, comment MM. de Concourt s’expriment dans la Gazette :

« Rien de plus frais, rien de plus vivement et de « plus légèrement touché : le ton est tendre et comme « tout mouillé d’huile, l’empâtement fleurit la chair « en l’effleurant ; la physionomie naissante, les formes « à peine dégagées semblent, sous le frottis qui badine « avec elles, trembler comme les choses à l’aube. Une « vie grasse anime toutes ces petites figures joufflues « qu’on croit avoir déjà vues animées d’une vie solide « dans les portraits de famille de Van Dyck. »

Est-ce trop s’avancer que de dire que ce joli marivaudage cache, sous ses fleurs artificielles, une idée fausse devenue dangereuse parce qu’elle est très-ré-

LES TEMPS MODERNES

panduc? Beaucoup de critiques ne voient maintenant dans l’art de peindre que la main, mais la main armée de la brosse. Le crayon, ce premier et véritable truchement de la pensée, leur semble quelque chose d’inutile. Et cependant que fallait-il aux anciens, que fallait-il aux vieux maîtres pour créer des types d’une naïveté adorable, des physionomies naissatites ? Quelques couleurs à l’eau.

J’ai indiqué l’un des courants d’idées; voyons maintenant le courant contraire.

Dès l’abord je trouve M. Gruyer, dont notre collaborateur M. Charles Clément a si bien parlé ici même, M. Gruyer marque à merveille l’opposition d’idées que je veux faire connaître. Plein de zèle et de savoir, M. Gruyer a le culte de Raphaël, et un culte enflammé. Ses études sur ce génie extraordinaire sont très-approfondies. Pourquoi donc nous présenter certaines de ses œuvres sous un jour assez faux ? Ainsi, dans la fresque de la Farnésine, composition presque voluptueuse, imaginée pour charmer les yeux d’un financier, il découvre l’empreinte du sentiment chrétien: a Galathée, c’est l’étoile qui sort du sein des eaux pour monter au ciel, et qui, dans sa trajectoire lumineuse, rencontre les passions vulgaires et les appétits grossiers. » Ne serait-ce pas se montrer plus royaliste que le roi?

Un juge excellent, chez lequel l’artiste a préparé les voies au critique, un rehgieux admirateur des maîtres, l’honorable M. Henri Delaborde, se garde bien de pousser aussi loin le spiritualisme. Et cependant nul ne défend le sanctuaire avec plus de courage, nul ne

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