‹ L'Art et l'archéologieChapitre 99 sur 102 · LE DOC DE LUYNES · texte numérisé non relu

LE DOC DE LUYNES

le duc de Luynes sur son véritable terrain, le terrain classique, remontons aux dernières années de la Restauration. A cette époque (1824), une grande douleur vint le frapper ; il perdit la jeune duchesse de Luynes, fille du marquis de Dauvet. Soit pour apaiser la violence de ses regrets, soit, comme on me le suggère, pour se rendre complètement digne du titre de directeur honoraire du musée Charles X, titre qui venait de lui être donné, il partit en 182.^ pour l’Italie. Un homme qui ne l’a jamais quitté, et qui, avec un savant modeste, M. Gory, est resté jusqu’à la fin en possession de toute sa confiance, M. Debacq fut du voyage, et devait y rendre des services en sa qualité d’architecte et de très-hahile dessinateur. Conduit dans la Fouille, où il possédait un vaste domaine, la curiosité du duc de Luynes s’éveilla singulièrement à la vue des restes de Métaponte, la ville de Pythagore ; néanmoins ce ne fut cette fois qu’une reconnaissance, l’examen du terrain et du pays. Le duc revint en 1828, toujours avec M. Debacq, et là commencent les fouilles. Je ne vous en ferai pas l’histoire. Ce que je tiens à noter, e’est que ces fouilles indiquent d’une façon très-nette le premier pas dans la carrière, le moment où le duc de Luynes songe à faire profiter du fruit de ces études le public sérieux.

Avec ce luxe de bon goût qui distingue tout ce qu’il a publié, le duc de Luynes, en 1833, fit paraître son travail sur Métaponte, dans lequel, avec une clarté, une méthode très-remarquées alors, il présentait le résultat de ses recherches. Mais ce qui frappa surtout, ce furent les planches où se trouvent supé-

i-7<i BIOGRAPHIES ET PORTRAITS.

rieurement reproduits certains ornements d’architecture en terre cuite coloriée du style grec le plus pur. Cette archéologie était nouvelle, élégante ; elle fit sensation. Le livre sur Métaponte devint une des pièces les plus importantes du dossier des défenseurs de la polychromie antique, opinion combattue à cette date comme un paradoxe étrange et comme l’indice d’un goût barbare, par les notabilités de la science et de l’art. La polychromie aujourd’hui, soit dit en passant, ne rencontre plus que de rares adversaires ; elle triomphe, mais son triomphe devient excessif, il faut bien l’avouer.

La fondation de l’Institut de correspondance archéologique (Rome, 1829), fondation dont j’ai parlé ici même ‘, est un fait grave dans la vie scientifique du duc de Luynes. Collaborateur de ce recueil, il fut contraint de payer de sa personne, je veux dire de tailler ses matériaux, de leur donner un cadre, et de fixer sur des points déterminés un esprit un peu enclin à se disperser et à se répandre. Devenu le collègue et le confrère de Bunsen, d’Édouard Gerhard, de Panofka et de vingt autres, tous membres de l’aristocratie du savoir, il fut au milieu d’eux plus particulièrement le connaisseur versé dans la pratique de l’art et de l’industrie des anciens.

En 1836, bien plus pour l’avantage de nos antiquaires que pour remédier à la lenteur des publications de l’Institut archéologique, le duc de Luynes créait à Paris une section distincte, dont les publica-

J. Journal des Débats du 12 janvier ISfiO.

Page 1